Deux voisins de face, visages génériques et sourire chaleureux, se passant un panier de courses sur le pas d'une porte dans une lumière chaude.

Solidarité de proximité en France : 9,3 millions d’aidants, 21 % de bénévoles, où agir près de chez vous

Le voisin qui donne l'alerte, le proche qui veille chaque jour, le bénévole d'un dimanche : la France de l'entraide existe, et elle se mesure. Notre dossier réunit les chiffres officiels du bénévolat, des proches aidants et des dons, et les pistes concrètes pour agir à votre échelle.

Sommaire
  1. En bref
  2. Solidarité de proximité : de quoi parle-t-on ?
  3. L'entraide de crise : quand le voisin devient le premier secours
  4. L'entraide installée : 9,3 millions de proches aidants
  5. Le bénévolat associatif : 21 %, et une fracture d'accès
  6. Donner du temps ou de l'argent : la générosité en chiffres
  7. Agir près de chez vous : par où commencer
  8. Questions courantes

Dossier

Publié le 25 juillet 2026 · Mis à jour le 3 août 2026 à 10h16

La solidarité de proximité, en France, n’est pas qu’une impression d’été. C’est 21 % des Français qui donnent du temps à une association sur l’année, 9,3 millions de personnes qui aident régulièrement un proche malade, handicapé ou âgé, et des dons qui progressaient encore de 2,1 % en euros courants en 2023. Derrière le geste du voisin qui monte un cabas, il y a une réalité mesurée, chiffrée par les institutions, que personne n’avait réunie côté grand public.

Nous avons rassemblé ici, en un seul parcours, ce que recouvre vraiment l’entraide près de chez vous : l’aide qui surgit dans la crise et celle qui s’installe dans la durée, le bénévolat et ses fractures, l’argent donné, et surtout les moyens concrets d’agir à votre échelle. Chaque section répond à une question simple et renvoie, quand il faut creuser, à nos enquêtes de terrain.

En bref

  • Une synthèse chiffrée de l’entraide de proximité : nous avons réuni les repères officiels du bénévolat, des proches aidants et des dons que les pages éparses ne mettaient jamais bout à bout.
  • 21 % des Français donnent du temps à une association, dont 11 % chaque semaine, soit environ 5 millions de bénévoles réguliers (Recherches et Solidarités).
  • 9,3 millions de proches aidants accompagnent un proche en perte d’autonomie, soit près d’un adulte sur six (DREES, données 2021).
  • +2,1 % de dons en euros courants en 2023, mais un recul des plus petits dons : la générosité française change de forme (France générosités).

Solidarité de proximité : de quoi parle-t-on ?

La solidarité de proximité, c’est l’entraide qui se joue à hauteur de palier, de rue ou de village : un voisin, un proche, un bénévole, plutôt qu’un guichet lointain. Elle prend deux visages que tout semble opposer. Il y a l’entraide de crise, celle qui surgit dans l’urgence d’un incendie, d’une canicule ou d’un malaise. Et il y a l’entraide installée, patiente, presque invisible, celle qui accompagne un parent âgé pendant des années.

Les deux comptent, et les deux se mesurent. C’est même tout l’intérêt de les regarder ensemble : le même pays qui s’émeut d’un sauvetage entre voisins compte des millions de personnes qui aident un proche sans jamais se dire solidaires, simplement parce que c’est devenu leur quotidien. Ce dossier suit ce fil, du geste spectaculaire à l’engagement le plus discret.

L’entraide de crise : quand le voisin devient le premier secours

Une main sur le point de frapper a la porte d'un voisin sur un palier eclaire au crepuscule, evoquant la vigilance entre voisins.
Dans l’urgence, le premier secours est souvent le voisin de palier : celui qui entend, qui alerte, qui a le double des cles.

Dans l’urgence, le premier secours n’est pas toujours en uniforme. C’est souvent le voisin de palier, celui qui entend un bruit anormal, qui a le double des clés ou qui connaît les habitudes de la personne d’à côté. En Côte-d’Or, ce réflexe a évité le pire quand des habitants ont donné l’alerte à temps, une histoire que nous avons racontée dans notre reportage sur ces voisins qui sauvent un résident.

La technologie prolonge parfois ce réflexe sans jamais le remplacer. Une sonnette connectée, une caméra de palier ou un simple message dans une boucle de quartier suffisent aujourd’hui à déclencher une chaîne d’entraide, comme nous l’avons vu lorsque des voisins alertés par une sonnette connectée sont sortis à temps. L’outil ne crée pas la solidarité, il la rend seulement plus rapide.

Cette entraide de crise a une vertu rare : elle ne demande ni statut, ni engagement préalable, ni compétence. Elle repose sur une chose simple, connaître un peu ceux qui vivent à côté de vous. C’est le socle sur lequel tout le reste se construit.

La Gironde en a donné la mesure à l’été 2026. Depuis le 22 juillet, 224 000 départs ont été enregistrés, 42 000 hectares ont brûlé et 240 logements ont été détruits. Dix-sept lycées de la région ont ouvert 2 245 places d’hébergement, dont 730 seulement revenaient aux habitants évacués : 1 060 étaient réservées aux pompiers, 455 aux gendarmes. La Protection civile a monté sept centres supplémentaires et 2 500 lits de camp. Ces chiffres décrivent des places ouvertes, pas des lits occupés, et c’est précisément là que l’accueil chez l’habitant, les canapés prêtés et les repas partagés prennent le relais. Nous avons détaillé cette mécanique dans l’accueil des évacués en Gironde.

L’autre visage de l’entraide de crise tient en vingt minutes. Le 13 juillet 2026, au soir, à Suixi, dans l’est de la Chine, Liu Defang, 71 ans, a plongé d’un pont dans cinq mètres d’eau pour ramener un homme d’une trentaine d’années, puis est repartie sans se nommer. Son frère l’a reconnue le lendemain sur une vidéo de surveillance. Elle avait appris à nager après sa retraite. En France métropolitaine, 35,3 % des 65-75 ans déclarent ne pas savoir nager, contre 5,2 % des 15-24 ans : ce sauvetage rappelle que le geste de proximité s’apprend à tout âge.

L’entraide installée : 9,3 millions de proches aidants

Loin des projecteurs, la forme la plus massive d’entraide se joue en silence, à domicile. Selon la DREES, 9,3 millions de personnes déclaraient en 2021 apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie, soit près d’un adulte sur six. Cette aide prend trois visages principaux : le soutien moral, cité par 6,4 millions de personnes, l’aide aux gestes du quotidien, et le soutien financier.

Ces aidants ne se voient pas toujours comme tels. Beaucoup accompagnent un parent vieillissant ou un enfant handicapé sans jamais mettre de mot sur ce rôle, jusqu’à l’épuisement. Nous avons pris la mesure de cette France invisible dans notre dossier sur ces millions de proches aidants en France, un engagement qui culmine autour de 60 ans, l’âge où l’on aide à la fois ses parents et parfois ses propres enfants.

La reconnaissance progresse, lentement. Un congé de proche aidant, indemnisé depuis 2020 par une allocation journalière, et un droit au répit existent désormais, même s’ils restent largement méconnus. Savoir qu’ils existent, c’est déjà pouvoir les réclamer.

Le bénévolat associatif : 21 %, et une fracture d’accès

Donner du temps reste un réflexe français solide. D’après le baromètre La France bénévole de Recherches et Solidarités, 21 % des Français déclarent s’engager auprès d’une association au cours de l’année, et 11 % chaque semaine, soit environ 5 millions de bénévoles réguliers qui assurent la continuité des activités. L’engagement n’est pas réparti également : il grimpe avec l’âge, un quart des plus de 64 ans s’y consacrant sur l’année.

Série AAP

Nous suivions déjà ce chiffre : le 22 juin, AAP mesurait le bénévolat associatif à 21 % des Français. Aujourd’hui, nous le resituons dans l’ensemble de l’entraide de proximité : ces 21 % de donneurs de temps côtoient 9,3 millions de proches aidants.

Derrière ce chiffre stable se cache pourtant une fracture. Le bénévolat régulier reste plus fréquent chez les personnes diplômées et disposant de temps libre, ce qui laisse de côté une partie de la population qui aurait parfois le plus besoin de ces liens. L’engagement des plus jeunes progresse toutefois, signe que le relais se prépare.

Encourager cet engagement, c’est aussi le rendre accessible : des missions courtes, ponctuelles, près de chez soi, plutôt que la seule figure du bénévole disponible tous les week-ends. La disponibilité totale n’est plus la norme, et les associations l’ont compris.

Le bénévolat ne prend pas toujours la forme d’un engagement au long cours. À Glasgow, à l’été 2026, 4 000 bénévoles ont fait tourner les Jeux du Commonwealth, du plus jeune, 16 ans, à Moira Cross, 96 ans, hôtesse d’accueil des athlètes : quatre-vingts ans d’écart sur les mêmes plannings, 500 000 billets écoulés, 9 000 repas servis par jour au pic. L’événementiel reste une porte d’entrée courte et cadrée, souvent la première, comme le montre notre inventaire des Jeux de Glasgow.

Reste l’entraide du quotidien, moins visible et plus fragile. Les conseillers numériques, gratuits pour les usagers, accompagnent les démarches en ligne : leur financement d’État passe d’environ 40 millions d’euros en 2025 à 14 millions en 2026, et leurs effectifs de 4 000 à environ 1 400 fin 2026. En 2025, 41 % des réclamations adressées au Défenseur des droits portaient sur les titres de séjour, dont 77 % liées à des dysfonctionnements de plateforme et non à la maladresse des usagers : nous avons suivi une permanence de conseiller numérique. Côté argent, 500 points conseil budget labellisés couvrent le territoire, gratuits et sans condition de ressources, pour 7,5 millions d’euros par an, soit environ 15 000 euros par structure, quand 148 013 dossiers de surendettement ont été déposés en 2025, en hausse de 9,8 %. Avant la rentrée, une matinée en point conseil budget suffit parfois à rouvrir un dossier.

Donner du temps ou de l’argent : la générosité en chiffres

L’entraide passe aussi par le portefeuille, et là encore les chiffres racontent une transformation. Selon le baromètre de France générosités, les dons des particuliers ont progressé de 2,1 % en euros courants en 2023, mais reculé de 2,4 % une fois corrigés de l’inflation. La générosité tient, mais elle se déforme.

Quatre reperes de l'entraide de proximite en France : benevoles sur l'annee, benevoles chaque semaine, proches aidants et evolution des dons.
Graphique Actu Alt Plus. Quatre reperes heterogenes qui disent, chacun a sa maniere, l’ampleur de l’entraide de proximite en France. Sources : Recherches et Solidarites (La France benevole), DREES (2021), France generosites (Barometre 2023).
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Le mouvement de fond est double. D’un côté, les petits dons s’effritent : les dons inférieurs à 50 euros ont chuté de 8,1 %, signe que les ménages modestes lâchent prise sous la pression du coût de la vie. De l’autre, le don régulier s’installe : le prélèvement automatique représente désormais 45 % de la collecte, et les dons en ligne 30 % des dons ponctuels. La générosité se professionnalise et se numérise, portée par des donateurs plus âgés et plus aisés.

L’échelle de l’entraide de proximité en France : donner du temps, aider un proche, donner de l’argent. Sources : Recherches et Solidarités (La France bénévole), DREES (enquête Vie quotidienne et santé 2021), France générosités (Baromètre de la générosité 2023).
Forme d’entraideRepère chiffréAnnéeSource
Bénévolat sur l’année21 % des Français donnent du temps2025Recherches et Solidarités
Bénévolat chaque semaine11 %, soit environ 5 millions de personnes2025Recherches et Solidarités
Proches aidants9,3 millions, près d’un adulte sur six2021DREES
Soutien moral à un proche6,4 millions de personnes concernées2021DREES
Dons des particuliers+2,1 % en euros courants, -2,4 % en euros constants2023France générosités
Dons par prélèvement automatique45 % de la collecte totale2023France générosités
Dons en ligne30 % des dons ponctuels2023France générosités

Réunis, ces repères dessinent une même carte : celle d’un pays où l’entraide reste vive, mais où elle se concentre sur ceux qui ont le temps, l’âge ou les moyens de la porter. Comprendre cette bascule, c’est savoir où l’effort collectif doit désormais se déplacer.

Agir près de chez vous : par où commencer

Reste la question la plus utile : comment passer du constat au geste ? Bonne nouvelle, agir ne demande ni argent ni compétence particulière, seulement un peu de temps et de la régularité. Des dispositifs comme Voisins Solidaires ou L’Heure Civique proposent de donner une heure par mois près de chez soi, pour rompre l’isolement d’un voisin âgé ou rendre un service simple.

Un bénévole de face, visage générique souriant, remplit une feuille d'inscription à une table d'accueil associative, avec dépliants et panneau d'affichage.
Passer du constat au geste : une mission courte, une association pres de chez soi, quelques heures par mois suffisent pour commencer.

L’engagement peut aussi se choisir par cause. Les refuges cherchent en permanence des familles d’accueil et des bénévoles, comme nous l’avons montré en suivant une chienne sortie d’un refuge de la SPA. L’aide à la jeunesse, elle, s’est fragilisée là où des dispositifs publics reculent, comme nous l’avons constaté après la suppression des colos apprenantes, qui laissait des milliers d’enfants sans départ en vacances.

Trois pistes simples pour commencer : repérez une association près de chez vous via le site officiel de votre commune ou de votre département, proposez une mission courte plutôt qu’un engagement flou, et parlez à vos voisins avant qu’une crise ne vous y oblige. La solidarité de proximité ne se décrète pas, elle se pratique.

Questions courantes

Qu’est-ce que la solidarité de proximité ?
C’est l’entraide qui se joue à l’échelle du quartier, de l’immeuble ou du village, entre voisins, proches et bénévoles, plutôt qu’à travers une institution lointaine. Elle recouvre deux réalités complémentaires : l’aide de crise, qui surgit dans l’urgence, et l’aide installée, qui accompagne une personne fragile dans la durée. Les deux existent partout en France et se mesurent par des chiffres officiels.

Combien y a-t-il de bénévoles en France ?
Selon le baromètre La France bénévole de Recherches et Solidarités, 21 % des Français déclarent donner du temps à une association au cours de l’année. Parmi eux, 11 % s’engagent chaque semaine, soit environ 5 millions de bénévoles réguliers. L’engagement augmente avec l’âge, mais reste plus fréquent chez les personnes diplômées et disposant de temps libre.

Qu’est-ce qu’un proche aidant, et combien sont-ils ?
Un proche aidant accompagne régulièrement un membre de son entourage en situation de handicap ou de perte d’autonomie, sans être un professionnel rémunéré pour cela. La DREES en dénombrait 9,3 millions en 2021, soit près d’un adulte sur six. L’aide la plus fréquente est le soutien moral, cité par 6,4 millions de personnes, devant l’aide aux gestes du quotidien et le soutien financier.

Comment devenir bénévole près de chez soi ?
Le plus simple est de partir d’une cause qui vous touche, puis de repérer une association locale via le site de votre commune, de votre département ou une plateforme d’engagement. Privilégiez une mission courte et précise pour commencer, plutôt qu’un engagement vague. Beaucoup d’associations proposent désormais des missions ponctuelles, quelques heures par mois, adaptées aux emplois du temps chargés.

Les dons des Français baissent-ils ?
Pas globalement, mais leur forme change. En 2023, les dons des particuliers ont progressé de 2,1 % en euros courants, tout en reculant de 2,4 % une fois l’inflation prise en compte. Les plus petits dons, inférieurs à 50 euros, ont chuté de 8,1 %, tandis que le don régulier par prélèvement automatique atteint 45 % de la collecte. La générosité se concentre sur des donateurs plus âgés et plus aisés.

Comment aider un voisin âgé ou isolé sans être intrusif ?
Commencez par des gestes simples et réguliers : un bonjour, une proposition ponctuelle de faire une course, un numéro laissé en cas de besoin. L’important est la constance, pas l’intensité. Des dispositifs comme Voisins Solidaires aident à structurer ces liens à l’échelle d’un immeuble ou d’une rue, sans transformer l’entraide en surveillance.

Existe-t-il des aides pour les proches aidants ?
Oui. Depuis 2020, un congé de proche aidant peut être indemnisé par une allocation journalière, et un droit au répit permet de financer un accueil temporaire de la personne aidée. Ces dispositifs restent méconnus et sous-utilisés. Se renseigner auprès de sa caisse d’allocations familiales ou du point d’information local dédié à l’autonomie est un bon premier réflexe.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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