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Mise en perspective
Osaka a arraché les arbustes devant sa gare centrale et scellé des blocs de béton à la place. L’opération date du début juillet et porte sur une soixantaine de mètres carrés de dalle blanche, sous la passerelle piétonne qui relie la sortie sud de la gare JR au grand magasin Hankyu Umeda. Motif officiel : empêcher l’intrusion et le stationnement sauvage des vélos. À la mi-août, la mairie avait reçu plus de 120 réclamations.
Le maire Hideyuki Yokoyama assume : « C’était une décision nécessaire pour empêcher les gens d’entrer et de garer illégalement leurs vélos », rapporte Japan Today. Les réclamations, elles, parlent de danger et de risque de trébucher. Et d’architecture hostile.
Trop tard : la photo était déjà partie. Un utilisateur de X l’a publiée le 21 juillet en parlant d’« art d’exclusion », et le message a récolté 34 000 mentions J’aime pour 26,5 millions de vues. On a tous reçu ce genre de cliché un jour, avec un « c’est quoi ce délire ? » en légende, et la France entretient la même conversation depuis des années, avec des pics, des accoudoirs et des jardinières à la place des blocs.

À Osaka, la télévision locale est allée filmer la dalle et interroger les passants.
Le fait
Le bureau des travaux publics de la ville a posé les blocs entre le 9 et le 13 juillet, détaille Unseen Japan : de petites protubérances en forme de brique, qui dépassent du sol de quelques centimètres seulement. Le site en a compté environ 150 sur 58 mètres carrés, soit 2,6 blocs par mètre carré.
La bande de dalle n’est d’ailleurs pas juridiquement un trottoir mais une intersection, où des taxis déposaient leurs clients en infraction. La ville invoque aussi les dépôts sauvages, les vélos abandonnés et les campements de personnes sans abri. Le 24 juillet, le maire précisait qu’une clôture classique aurait exigé des fondations impossibles à couler sous la passerelle, et demandait à ses services d’étudier l’installation d’une œuvre d’art à la place.
Notre regard
Ce qui frappe dans cette affaire n’est pas le béton, c’est le vocabulaire : le japonais dispose de deux mots pour désigner ce qu’Osaka vient de faire, et l’un des deux a mille ans.
Le récent, c’est 排除アート, haijo āto, l’« art d’exclusion », répandu avec la vague d’aménagements défensifs de la fin des années 1990 et des années 2000, dans le climat sécuritaire qui suit l’attaque au gaz sarin du métro de Tokyo en 1995 et l’attaque au couteau de l’école d’Ikeda en 2001. L’ancien, c’est いけず石, ikezu-ishi, les « pierres impolies » de l’époque de Heian, entre le VIIIe et le XIIe siècle : des cailloux posés à l’angle des rues du Kansai, et de Kyoto surtout, pour empêcher les charrettes de couper le virage et les passants de s’attarder.
Un pays qui nomme le procédé depuis Heian ne l’a pas inventé cet été, et c’est précisément le reproche de Taro Igarashi. Le professeur de théorie de l’architecture urbaine à l’université du Tohoku juge que ces aménagements « réduisent la fonction des espaces publics » et reflètent « une société japonaise intolérante ». Son argument technique pèse autant que son jugement : le dispositif finit par gêner tout le monde, pas seulement la personne qu’il vise.
La nuance
Au Japon, l’opinion s’est coupée en deux selon l’endroit où on la mesure. Les réseaux sociaux ont condamné l’installation presque d’une seule voix ; les commentaires sous les articles de Yahoo! News l’ont largement approuvée. Le plus soutenu d’entre eux, plus de 1 100 mentions J’aime, tient en une phrase : « une fois qu’un endroit est abrité et confortable, ils ne partent plus. » Et le problème que la ville dit régler existe : il y avait bien des dépôts, des vélos et des taxis en infraction.
« Le mobilier anti-sdf, c’est la fausse solution à un vrai problème », répond le designer-chercheur Joffrey Paillard, juré des Pics d’Or, la cérémonie satirique qui distingue chaque année les pires dispositifs français. La Fondation Abbé Pierre recensait 266 dispositifs anti-SDF en France au 18 novembre 2024, dans un pays où elle dénombre 330 000 personnes sans domicile. Le décompte repose sur les signalements des habitants : c’est un plancher, pas un inventaire.
Paillard décrit d’ailleurs une évolution vers l’invisibilité. Le pic disparaît, l’accoudoir le remplace, la jardinière fait le même travail sans rien annoncer. Un banc qu’on ne peut pas partager n’a besoin d’aucun arrêté municipal pour exclure, et c’est ce qui le rend aussi difficile à contester qu’à compter.
À surveiller
Reste la question du mètre carré disponible. AAP mesurait 2,57 m² par Parisien le 5 septembre 2026 : la surface d’espace public se compte bien avant qu’on décide ce qu’il est permis d’y faire. En France, la troisième cérémonie des Pics d’Or s’est tenue le 18 novembre 2024 au Théâtre de l’Atelier, à Paris, et la prochaine édition donnera l’inventaire à jour.
À Osaka, le point à suivre est cette œuvre d’art que le maire a demandé à ses services d’étudier : elle dira si la ville retire ses blocs ou si elle les décore. Début septembre, la dalle était toujours en béton.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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