Un gros rocher de granit affleure sous un grand chêne, dans un village rural des Deux-Sèvres, avec un muret de pierre sèche et des haies de bocage derrière.

Ce village des Deux-Sèvres s’est autoproclamé « nombril du monde », et la légende y emploie six personnes

À Pougne-Hérisson (Deux-Sèvres), 360 habitants, la légende du « nombril du monde » a produit une association de six salariés, un fournil rouvert, un verger communal replanté et un château du XIe siècle racheté par la commune.

Sous un grand chêne des Deux-Sèvres, une conteuse pose la main sur un caillou gris et affirme que toutes les histoires du monde sont sorties de terre à cet endroit précis. Le village s’appelle Pougne-Hérisson, il compte 360 habitants, il s’est autoproclamé « nombril du monde », et cette fable lui a construit une économie parfaitement réelle : une association de six salariés, un festival de conte né à l’été 1990, un fournil rouvert, un verger communal replanté et un château du XIe siècle que la commune possède depuis 2008.

La scène a été filmée en novembre 2025 par France 3 Nouvelle-Aquitaine. « C’est le lieu de naissance de toutes les histoires », y explique Océane Charruyer, habitante et conteuse, avant de désigner le sol : « Il y a plein de petites pierres magiques sous nos pieds, des pierres à histoire. » On peut sourire. On peut aussi compter.

Six salariés, trente bénévoles, un caillou

Le récit n’est pas resté un récit : il a fabriqué une organisation. À la fin des années 1980, des habitants entendent le conteur Yannick Jaulin citer leur commune dans ses spectacles sans la connaître, et l’invitent à venir y conter ses légendes. Le premier festival a lieu à l’été 1990, et l’association Le Nombril du Monde se crée pour le porter. Selon la fiche que lui consacre la Banque des Territoires, elle emploie six salariés, travaille avec sept artistes associés et s’appuie sur une trentaine de bénévoles actifs toute l’année, qui deviennent environ 150 pendant les deux jours du festival bisannuel.

Le récit fait vivre une équipe permanente, six salariés et une trentaine de bénévoles à l’année, que les deux jours de festival portent à environ 150 personnes. Chiffres déclarés par l’association en décembre 2021, non réactualisés depuis.
Le récit fait vivre une équipe permanente, six salariés et une trentaine de bénévoles à l’année, que les deux jours de festival portent à environ 150 personnes. Chiffres déclarés par l’association en décembre 2021, non réactualisés depuis.
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Le graphique tient en trois chiffres, et il dit l’essentiel : la légende ne vit pas d’un coup d’éclat tous les deux ans, elle entretient une équipe permanente que le festival démultiplie. Selon nos calculs, ces 150 bénévoles rapportés aux 372 habitants recensés dans la même fiche représentent l’équivalent de quatre habitants sur dix.

Les forces vives du Nombril du Monde à Pougne-Hérisson (Banque des Territoires, décembre 2021)
EffectifNombre de personnes
Salariés de l’association6
Bénévoles actifs toute l’année30
Bénévoles pendant les deux jours de festival150
Habitants de la commune372

Le festival bisannuel attire près de 3 000 visiteurs, et l’association accueille 3 000 élèves par an. La chaîne régionale avait filmé le lieu pour ses trente ans.

Vidéo : France 3 Nouvelle-Aquitaine

Le pain, le verger, le château

Autour du chêne, les chantiers se sont enchaînés, et c’est là que l’histoire devient matérielle. Dans un petit fournil rénové au centre du village, Lorraine Bourget et Claire pétrissent chaque matin un pain 100 % biologique à base de farines locales, achetées à un paysan meunier installé à 25 kilomètres. Tout est parti du départ à la retraite de l’artisan boulanger : « C’est ma rencontre avec le boulanger de Pougne-Hérisson qui m’a donné envie de faire du pain. Et quand il est parti, on a rénové cet espace et on s’est installées », raconte Lorraine Bourget. Derrière le fournil, un jardin en permaculture prolonge la même idée.

Deux paires de mains farinées façonnent des pains au levain sur un plan de travail en bois, dans un petit fournil de village français.
Le fournil a rouvert après le départ à la retraite du boulanger, avec des farines venues d’un paysan meunier installé à 25 kilomètres.

Sur les hauteurs, un « chemin nature » a été aménagé à l’initiative de Rémi Chargé, conseiller municipal, pour que les habitants redécouvrent leurs oiseaux, leurs arbres et leurs plantes. Le sentier passe par un verger communal laissé à l’abandon pendant des années, restauré dans le cadre du projet « Nature et Transition » mené avec l’association Bocage Pays Branché. « On a retaillé certains vieux fruitiers et replanté de nouveaux, pour que les habitants puissent se servir librement », précise l’élu. Plus loin, les vestiges du château médiéval édifié au XIe siècle appartiennent à la commune depuis 2008, avec 500 000 euros déjà engagés dans la restauration.

Le jardin des histoires, lui, occupe 6 000 mètres carrés rachetés à l’aube des années 2000 autour d’une ancienne auberge, et reçoit du public depuis 2004. On y trouve, à en croire son programme, un jardin sonore, un cabinet d’ombilicologie, des visites contées et un labo des contes. Quatre équipements pour 360 habitants, tous nés de la même phrase : les histoires sont sorties de terre ici.

Ce que la fable ne paie pas

Reste la mécanique financière, nettement moins féerique que le décor. Une année avec festival représente un budget de 480 000 euros, dont 64 % de subventions publiques et environ 26 % de recettes propres (billetterie, boutique, bar), le reste venant de dons et de mécènes. L’imaginaire de Pougne-Hérisson est donc, pour les deux tiers, une politique publique portée par la communauté de communes, le département, la région et l’État. Il tient tant que ces lignes budgétaires tiennent, et ces chiffres datent de décembre 2021.

C’est la nuance qui manque aux villages qu’on cite en exemple. Étretat, qui refuse les quotas face au surtourisme, ou Huberville et ses bénévoles, racontent la même chose : un village qui décide de son récit doit ensuite en financer les conséquences. À Pougne-Hérisson, la décision est vieille de plus de trente ans, et elle a laissé derrière elle des objets qui se mangent, se cueillent et se visitent.

Un caillou ne nourrit personne. Une histoire racontée assez longtemps, assez sérieusement, par assez de gens, finit par produire un four à pain, un verger, un sentier et un château entretenu. C’est peut-être exactement cela, une pierre à histoire.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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