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Sommaire
- En bref
- Les 10 % : un neuromythe que l’imagerie a démenti
- 86 milliards de neurones : le chiffre rond cache une fourchette
- Ce que votre cerveau fabrique sans vous prévenir
- Vieillir : ce que la recherche a réellement identifié
- 1,5 million de personnes : la photographie officielle en France
- Trois réflexes pour trier ce qu’on vous raconte sur le cerveau
- Questions courantes
Dossier
En bref
- 100 % des capacités : le cerveau humain les utilise toutes, et les « 10 % » sont un neuromythe, rappelle le CNRS.
- Le chiffre de 86 milliards de neurones vient d’une moyenne calculée sur quatre cerveaux en 2009, avec un écart type de 8,12 milliards.
- Une mise au point parue dans la revue Brain en mars 2025 situe la fourchette réelle entre 73,1 et 99,0 milliards de neurones.
- Près d’1,5 million de personnes vivent avec une maladie neurodégénérative non rare en France, soit environ un habitant sur 46.
- Santé publique France surveille ces maladies depuis 2014 à partir de bases couvrant 98 % de la population, et un doublement est attendu d’ici 2050.
Votre cerveau fonctionne à 100 % de ses capacités. L’idée que vous n’en utiliseriez qu’un dixième est un neuromythe identifié comme tel par le CNRS, et le chiffre qu’on lui oppose d’habitude (86 milliards de neurones) repose sur neuf cerveaux mesurés au total, quatre en 2009 et cinq en 2013.
Ce dossier trie ce qui est mesuré et ce qui circule. D’un côté les chiffres de la recherche, avec les marges d’erreur qu’on oublie de recopier. De l’autre la réalité française : près d’1,5 million de personnes concernées par une maladie neurodégénérative non rare selon la stratégie nationale 2025-2030 publiée le 4 septembre 2025, et un doublement anticipé d’ici 2050. Les autres pièces du dossier, listées en bas de page, creusent chacun des points abordés ici.
Les 10 % : un neuromythe que l’imagerie a démenti
Le mythe est daté et documenté. Dans un billet publié le 17 janvier 2018 sur le blog « Aux frontières du cerveau » du CNRS, le chercheur Christophe Rodo rappelle qu’aucune trace ne permet d’attribuer cette idée à William James ni à Albert Einstein, à qui on la prête pourtant régulièrement. « Nous exploitons bien notre cerveau à 100 % de ses capacités », écrit-il, et l’idée d’un cerveau bridé à 10 % de ses possibilités est « totalement fausse ».
Trois familles d’arguments l’enterrent : une aberration du point de vue de l’évolution, les études de cas cliniques et l’imagerie cérébrale. Le mythe a probablement grandi sur des travaux mal lus, dont ceux de Karl Lashley sur le cortex cérébral et l’observation d’une activité neuronale synchrone lors des crises d’épilepsie.
Le même réflexe vaut pour les autres raccourcis hérités de l’école, à commencer par les croyances sur les gauchers, que nous avons passées au crible dans sept idées reçues. Un neuromythe ne résiste pas à la question de sa source : il résiste à la répétition.
Universcience a consacré un épisode de sa série « Data science vs Fake » à cette croyance précise.
86 milliards de neurones : le chiffre rond cache une fourchette
Le décompte de référence tient en quatre cerveaux. Dans une mise au point parue dans la revue Brain (volume 148, numéro 3, pages 689 à 691, mars 2025), le mathématicien Alain Goriely rappelle que la moyenne obtenue en 2009 sur quatre cerveaux d’hommes s’établit à 86,06 milliards de neurones, pour un écart type de 8,12 milliards.
Traduit en intervalle, cela donne une fourchette de 73,1 à 99,0 milliards de neurones. La série publiée en 2013 sur cinq cerveaux de femmes descend à 67,3 milliards en moyenne (écart type de 4,6 milliards), soit un intervalle de 61,5 à 73,1 milliards. Les deux jeux de données ne se recouvrent pas, et l’écart n’a pas reçu d’explication satisfaisante.
La conclusion de l’auteur est nette : la précision affichée par le chiffre de 86 milliards n’est pas justifiée par les mesures qui l’ont produit. Le nombre a voyagé, sa marge est restée au vestiaire. C’est le sort ordinaire des chiffres ronds en biologie, et la question du décompte occupe une pièce entière de ce dossier.

Retenez la mécanique plutôt que le nombre : un chiffre biologique sans effectif ni marge n’est pas une mesure, c’est une citation.
Ce que votre cerveau fabrique sans vous prévenir
Le cerveau n’enregistre pas le monde, il le produit en partie. Le temps en est l’exemple le plus net. Privé de repères lumineux, il perd le compte des jours : notre récit de trois jours sous terre raconte une durée vécue comme quinze jours.
Sa mécanique est aussi devenue calculable. Un connectome de mouche tourne désormais sur un ordinateur de bureau. L’échelle humaine, elle, se compte en dizaines de milliards de neurones, ce qui donne la mesure du chemin restant avant toute simulation comparable.
Le laboratoire déplace aussi la frontière entre l’échantillon et l’organe, avec la culture prolongée de cellules cérébrales humaines maintenues vivantes hors du corps. Là encore, une autre pièce du dossier y est consacrée.
Vieillir : ce que la recherche a réellement identifié
Le vieillissement cérébral est le terrain où les promesses commerciales abondent, et où la recherche avance par petites touches vérifiables. Deux pistes ont été documentées ici. La première tient au langage : une étude européenne a mesuré ce que parler deux langues change au vieillissement du cerveau. La seconde tient à la génétique, avec des gènes protecteurs qui bousculent une partie de ce que l’on croyait acquis sur la maladie d’Alzheimer.
Ces travaux ne dispensent d’aucune prudence. Un facteur protecteur identifié dans une population n’est pas un traitement individuel, et le fardeau collectif, lui, se mesure ailleurs : dans les bases de la santé publique.
1,5 million de personnes : la photographie officielle en France
La France dispose d’un décompte, et il est rarement cité dans les conversations sur le cerveau. Santé publique France assure depuis 2014 la surveillance épidémiologique des maladies neurodégénératives à partir de bases couvrant 98 % de la population : plus d’un million de personnes touchées par la maladie d’Alzheimer et les autres démences, environ 175 000 personnes traitées pour une maladie de Parkinson, environ 2 300 nouveaux cas par an de maladies du motoneurone, dont la principale cause est la sclérose latérale amyotrophique.
La stratégie nationale maladies neurodégénératives 2025-2030, publiée le 4 septembre 2025 et bâtie autour de 6 axes et 37 mesures, retient un total de près d’1,5 million de personnes directement concernées par les formes non rares (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, sclérose en plaques). Rapporté aux 69,1 millions d’habitants comptés par l’Insee au 1er janvier 2026, cela représente, selon nos calculs, environ un habitant sur 46. Un doublement est attendu d’ici 2050.
Ces trois ordres de grandeur tiennent dans une même image.

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Le total retenu par la stratégie nationale est plus large que la somme des deux lignes précédentes : il englobe aussi la sclérose en plaques et les autres maladies du groupe. Le détail, source par source, tient dans ce tableau.
| Indicateur | Chiffre | Source et date |
|---|---|---|
| Maladies neurodégénératives non rares (total) | près de 1,5 million de personnes | Stratégie nationale MND 2025-2030, 4 septembre 2025 |
| Maladie d’Alzheimer et autres démences | plus d’un million de personnes | Santé publique France, page mise à jour le 12 avril 2023 |
| Maladie de Parkinson | environ 175 000 personnes traitées | Santé publique France, page mise à jour le 12 avril 2023 |
| Maladies du motoneurone (dont SLA) | environ 2 300 nouveaux cas par an | Santé publique France, page mise à jour le 12 avril 2023 |
| Couverture de la surveillance épidémiologique | 98 % de la population | Santé publique France, programme lancé en 2014 |
| Population de la France | 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026 | Insee, bilan démographique publié le 13 janvier 2026 |
Une limite s’impose à la lecture de ces lignes : la page de Santé publique France a été mise à jour le 12 avril 2023, quand le total de la stratégie nationale date de septembre 2025. Les deux ne couvrent pas exactement le même périmètre de maladies.
Trois réflexes pour trier ce qu’on vous raconte sur le cerveau
Un chiffre sur le cerveau se vérifie en trois gestes, et ils prennent moins d’une minute.
Cherchez l’effectif en premier. Derrière les 86 milliards de neurones : quatre cerveaux. Quand le nombre de sujets n’est écrit nulle part, il est rarement flatteur.
Cherchez la marge ensuite. Un écart type de 8,12 milliards ouvre une fourchette large de près de 26 milliards de neurones, soit environ un tiers du décompte annoncé. Une donnée sans intervalle est une donnée dont on ignore la qualité.
Cherchez enfin qui compte. Une estimation de prévalence adossée à des bases couvrant 98 % de la population française n’a pas le même statut qu’un pourcentage cité sans source dans l’argumentaire d’un programme d’entraînement cérébral.

La prochaine fois qu’une application vous promet de réveiller les 90 % dormants de votre cerveau, ouvrez sa page de méthode et cherchez la ligne d’effectif. Elle manque presque toujours, et cette absence est déjà la réponse.
Questions courantes
Utilisons-nous vraiment 10 % de notre cerveau ?
Non. Le CNRS classe cette idée parmi les neuromythes : nous exploitons notre cerveau à 100 % de ses capacités. Aucune trace ne permet d’attribuer cette croyance à William James ni à Albert Einstein, contrairement à ce qui se répète.
Le cerveau humain compte-t-il 86 milliards de neurones ?
C’est la moyenne obtenue en 2009 sur quatre cerveaux d’hommes, avec un écart type de 8,12 milliards. La revue Brain a publié en mars 2025 une mise au point qui situe la fourchette entre 73,1 et 99,0 milliards de neurones, et une série de 2013 sur cinq cerveaux de femmes donne 67,3 milliards en moyenne.
Combien de personnes sont concernées par une maladie neurodégénérative en France ?
Près d’1,5 million pour les formes non rares selon la stratégie nationale 2025-2030 publiée le 4 septembre 2025, soit environ un habitant sur 46. Santé publique France compte plus d’un million de personnes pour la maladie d’Alzheimer et les autres démences, environ 175 000 personnes traitées pour la maladie de Parkinson et environ 2 300 nouveaux cas de maladies du motoneurone par an.
Qui surveille ces maladies en France ?
Santé publique France, à travers un programme de surveillance épidémiologique lancé en 2014 et adossé à des bases couvrant 98 % de la population. La stratégie nationale 2025-2030, structurée en 6 axes et 37 mesures, en fixe le cadre politique et prévoit un doublement du nombre de personnes concernées d’ici 2050.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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