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8,4 millions d’arrêts de travail par an : l’état des lieux avant le plafonnement

Combien d'arrêts, combien de personnes, combien de milliards : le décor chiffré des arrêts de travail en France, à quatre semaines du premier plafonnement de leur durée.

Sommaire
  1. En bref
  2. 8,4 millions d'arrêts, 5,9 millions de personnes
  3. 21,4 milliards d'euros, et une courbe qui ne redescend pas
  4. 7 % des arrêts, 45 % de la dépense
  5. Ce qu'un salarié touche vraiment
  6. Ce que change le décret du 1er septembre
  7. Questions courantes

Panorama

En bref

  • 8,4 millions d’arrêts maladie indemnisés en 2023, pour 5,9 millions de personnes et 286 millions de journées, selon la DREES et l’Assurance maladie.
  • 21,4 milliards d’euros d’indemnités journalières versées par les régimes de base en 2024, soit 6,2 % de plus qu’en 2023.
  • Les arrêts de plus de six mois représentent 7 % des arrêts mais 45 % de la dépense.
  • Un salarié perçoit 50 % de son salaire journalier de base après trois jours de carence, dans la limite de 42,97 euros bruts par jour.
  • Le décret du 12 juin 2026 plafonne la durée des arrêts à 31 jours en prescription initiale et 62 jours en prolongation, pour les arrêts prescrits à partir du 1er septembre.

On connaît tous cette scène : la salle d’attente, la fatigue qui dure depuis dix jours, et la phrase du praticien, « je vous arrête ». Ce qu’on connaît beaucoup moins, c’est ce que devient cette semaine d’absence une fois additionnée à celles de millions d’autres salariés, dans les comptes d’un pays de 68 millions d’habitants.

La question cesse d’être théorique le 1er septembre 2026. À cette date, un décret du 12 juin plafonne pour la première fois la durée des arrêts ouvrant droit à indemnisation. Avant que la règle change, nous avons croisé les publications de la DREES, de l’Assurance maladie, de la Sécurité sociale et d’ameli.fr pour poser le décor chiffré : combien d’arrêts, combien de personnes, combien de milliards, et qui pèse quoi.

8,4 millions d’arrêts, 5,9 millions de personnes

Le volume d’abord. En 2023, l’Assurance maladie a indemnisé 8,4 millions d’arrêts maladie, concernant 5,9 millions de bénéficiaires, pour un total de 286 millions de journées. Ces chiffres viennent d’une étude DREES-CNAM publiée en décembre 2024, dont le champ couvre environ 21 millions de personnes : les salariés du secteur privé et les contractuels de la fonction publique.

Rapporté à ce dénominateur, cela donne un taux de recours de 28 % en 2023. Autrement dit, un peu plus d’un salarié sur quatre a connu au moins un arrêt indemnisé dans l’année. Cette proportion monte lentement mais sûrement : 25 % en 2010, 26 % en 2019, 28 % en 2023, précise le communiqué de l’Assurance maladie.

La durée moyenne d’un arrêt indemnisé s’établit à 35,7 jours en 2023. Et le rythme s’est accéléré : le volume d’arrêts progressait de 2,3 % par an en moyenne entre 2010 et 2019, il a grimpé à 3,9 % par an entre 2019 et 2023, une fois neutralisé l’effet Covid.

Poste de travail vide dans un bureau en open space, chaise reculée et écran éteint, collègues flous à l'arrière-plan.
En 2023, 28 % des salariés du privé ont connu au moins un arrêt indemnisé dans l’année.

21,4 milliards d’euros, et une courbe qui ne redescend pas

Côté argent, l’ordre de grandeur est celui d’un budget ministériel. Les indemnités journalières versées par les régimes de base ont atteint 21,4 milliards d’euros en 2024, en hausse de 6,2 % sur un an, selon la fiche de la DREES consacrée au sujet dans les comptes de la santé. Sur ce total, 57 % relèvent de la maladie (12,1 milliards), 25 % des accidents du travail et maladies professionnelles (5,3 milliards) et 18 % des congés maternité et paternité (3,9 milliards). Les organismes complémentaires ajoutent 7,4 milliards d’euros de compléments la même année.

La trajectoire longue est le vrai sujet. La dépense est passée de 13,6 milliards d’euros en 2014 à 21,4 milliards en 2024 : selon nos calculs, une progression de 57 % en euros courants, sur dix ans. Sur le seul champ de la maladie, une note d’évaluation de la Sécurité sociale documente le même virage : 6,8 milliards d’euros en 2014, 10,3 milliards en 2023, avec une croissance moyenne de 3,7 % par an entre 2014 et 2019, puis de 6,8 % par an entre 2019 et 2023.

De combien la dépense d’indemnités journalières des régimes de base a-t-elle augmenté entre 2014 et 2024 ?

+57 % en euros courants, de 13,6 à 21,4 milliards d’euros, d’après les comptes de la santé.

Indemnités journalières versées par les régimes de base, en milliards d’euros courants. Source : DREES, comptes de la santé, fiche « Les indemnités journalières », édition 2025. Les années 2015 à 2019 ne sont pas détaillées dans la fiche consultée.
AnnéeMontant verséÉvolution sur un an
201413,6 Md€non précisée
202019,1 Md€+20,0 %
202118,7 Md€-2,3 %
202220,9 Md€+12,0 %
202320,1 Md€-4,0 %
202421,4 Md€+6,2 %

7 % des arrêts, 45 % de la dépense

En dix ans, les indemnités journalières versées par les régimes de base ont gagné près de huit milliards d'euros, et le pic de 2020 n'a jamais été effacé. Limite méthodologique : la fiche consultée ne détaille pas les années 2015 à 2019, l'axe n'est donc pas à pas constant, et les montants sont en euros courants, non corrigés de l'inflation.
En dix ans, les indemnités journalières versées par les régimes de base ont gagné près de huit milliards d’euros, et le pic de 2020 n’a jamais été effacé. Limite méthodologique : la fiche consultée ne détaille pas les années 2015 à 2019, l’axe n’est donc pas à pas constant, et les montants sont en euros courants, non corrigés de l’inflation.

La moyenne ment, comme souvent. Derrière les 8,4 millions d’arrêts, la dépense est très concentrée sur une minorité de situations longues. Les arrêts de plus de six mois ne représentent que 7 % du total, mais 45 % de la dépense. À l’inverse, les arrêts courts, ceux de moins de huit jours indemnisés, ne pèsent que 4 % de la dépense.

Cela veut dire une chose simple : l’essentiel de la facture n’est pas la grippe de février, c’est le cancer, la dépression sévère, la suite d’opération, le dos qui lâche à 58 ans. L’âge le confirme. Les arrêts des personnes de 50 ans ou plus comptent pour 29 % des arrêts mais 42 % des dépenses, quand ceux des moins de 35 ans en représentent 22 %. La durée moyenne des arrêts terminés en 2023 atteint 72 jours chez les 60 ans et plus, contre 54 jours chez les 55-59 ans.

Ce gradient d’âge explique pourquoi la démographie compte autant dans l’équation. L’Assurance maladie et la DREES estiment que les facteurs démographiques et économiques, vieillissement de la population active et hausse des salaires en tête, contribuent pour 60 % à l’évolution récente des indemnités journalières. Les conditions de travail comptent aussi : nous avions détaillé les obligations en cas de canicule, un facteur d’arrêts en été.

Mains d'une personne d'âge mûr tenant un formulaire administratif de santé près d'un ordinateur portable, sur une table de cuisine.
Les arrêts des 50 ans et plus pèsent 29 % des arrêts mais 42 % de la dépense.

Ce qu’un salarié touche vraiment

Si vous n’avez jamais eu d’arrêt long, le montant peut surprendre. D’après les règles publiées sur ameli.fr, mises à jour le 1er juin 2026, l’indemnité journalière maladie représente 50 % du salaire journalier de base, versée après trois jours de carence au début de chaque arrêt. Le salaire pris en compte est lui-même plafonné : depuis le 1er juillet 2026, il ne peut dépasser 2 613,83 euros bruts mensuels, ce qui porte l’indemnité maximale à 42,97 euros bruts par jour.

Ce plafond a déjà bougé récemment, dans le sens de la baisse. Au 1er avril 2025, il est passé de 1,8 à 1,4 SMIC : l’indemnité maximale a alors reculé de 53,31 à 41,47 euros par jour, comme le rappelait la baisse d’avril 2025 documentée par Harmonie Mutuelle. Pour les salariés dont la rémunération dépasse 1,4 SMIC, l’écart est absorbé par l’employeur ou la prévoyance quand il en existe une, et par le foyer sinon. C’est une ligne qui compte dans un budget des ménages déjà tendu.

La durée d’indemnisation, elle, est encadrée depuis longtemps : 360 jours d’indemnités sur une période de trois ans dans le cas général, jusqu’à trois ans pour une affection de longue durée, 60 jours en cumul emploi-retraite. Encore faut-il ouvrir des droits : 150 heures travaillées sur les trois mois précédents, ou 12 494,65 euros de cotisations sur six mois.

Ce qui encadre un arrêt maladie de salarié du privé, avant et après le 1er septembre 2026. Sources : ameli.fr (mise à jour du 1er juin 2026) et décret n° 2026-498 du 12 juin 2026. Les montants d’indemnité évoluent avec le SMIC.
ParamètreRègle en vigueurAu 1er septembre 2026
Délai de carence3 joursinchangé
Taux d’indemnisation50 % du salaire journalier de baseinchangé
Indemnité maximale42,97 € bruts par jourinchangée
Durée d’une prescription initialenon plafonnée31 jours
Durée d’une prolongationnon plafonnée62 jours
Durée totale indemnisable360 jours sur 3 ans (3 ans en ALD)inchangée

Ce que change le décret du 1er septembre

Le décret n° 2026-498 du 12 juin 2026 introduit un plafond que le droit français ne connaissait pas : 31 jours maximum pour une prescription initiale, 62 jours maximum par prolongation. Il s’applique aux arrêts prescrits à compter du 1er septembre 2026, les arrêts délivrés avant cette date n’étant pas affectés. Trois professions peuvent prescrire un arrêt initial : médecins, sages-femmes et chirurgiens-dentistes. Mayotte reste hors du dispositif.

Le texte prévoit une soupape : les professionnels de santé peuvent dépasser ces seuils lorsque l’état de santé du patient le justifie, notamment en cas de maladie grave, en s’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de santé. C’est cette clause qui déterminera la portée réelle de la mesure sur les 7 % d’arrêts longs qui portent 45 % de la dépense.

Les deux lectures cohabitent, et il faut les attribuer. Le gouvernement met en avant la dynamique de la dépense et cite 21,3 milliards d’euros d’indemnités journalières en 2024 pour justifier le plafonnement. L’étude conjointe de la DREES et de l’Assurance maladie, elle, impute 60 % de l’évolution récente à des facteurs démographiques et économiques, sans qualifier le reste. Ces chiffres ne tranchent pas le débat, ils en fixent le cadre.

Une dernière précaution de lecture : ces données décrivent le régime général et les contractuels du public, pas les fonctionnaires titulaires ni la plupart des indépendants. Les volumes portent sur 2023, les dépenses sur 2024, et le plafond d’indemnité a bougé depuis. Le vrai test viendra à l’automne, quand on saura combien d’arrêts butent sur 31 jours, et combien de dérogations sont écrites.

Questions courantes

Qui est concerné par le plafonnement du 1er septembre 2026 ?
Les arrêts prescrits à compter du 1er septembre 2026. Les arrêts délivrés avant cette date ne sont pas affectés, et Mayotte reste hors du dispositif.

Combien touche-t-on pendant un arrêt maladie ?
50 % du salaire journalier de base, après trois jours de carence, dans la limite de 42,97 euros bruts par jour depuis le 1er juillet 2026 selon ameli.fr.

Le plafond de 31 jours s’applique-t-il aux maladies graves ?
Pas mécaniquement. Le décret autorise le prescripteur à dépasser les seuils quand l’état de santé du patient le justifie, en s’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de santé.

Combien de temps peut-on être indemnisé au total ?
360 jours sur une période de trois ans dans le cas général, et jusqu’à trois ans en cas d’affection de longue durée, selon ameli.fr.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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