Sur un sentier de collines à thé brumeuses, un voyageur vu de dos en robe chinoise et longue natte suit un serviteur qui marche devant lui.

Robert Fortune, l’Écossais qui a volé le thé : la Chine fournissait 97 % des tasses anglaises

En 1848, le botaniste Robert Fortune entre en Chine intérieure, crâne rasé et natte au dos, pour le compte de l’East India Company. Il en ressort avec des plants et des graines de thé, des fabricants chinois, et la preuve que le thé vert d’export était teint au bleu de Prusse.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un mandarin à la natte postiche
  3. Du bleu de Prusse dans le thé vert
  4. Seize caisses vitrées pour l’Himalaya
  5. Pourquoi la Chine a-t-elle perdu les tasses anglaises ?
  6. Et en France, combien de thé ?
  7. Questions courantes

Récit

12 838 plants de thé chinois sortent de seize caisses vitrées à Saharanpur, dans le nord de l’Inde, au printemps 1851. Ils ont quitté la Chine en fraude.

Celui qui les a sortis, le botaniste écossais Robert Fortune, travaille pour l’East India Company. En 1848, la Compagnie l’envoie dans l’intérieur de la Chine, interdit aux étrangers, pour en rapporter des plants, des graines et les secrets de fabrication du thé (récit du Smithsonian). En 1865, 97 % du thé bu au Royaume-Uni venait de Chine ; en 1900, la Chine ne fournissait plus que 10 % du thé vendu à Londres.

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En bref

  • En 1848, l’East India Company envoie le botaniste Robert Fortune dans la Chine intérieure, fermée aux étrangers.
  • Déguisé, il découvre que le thé vert destiné à l’export est teint avec un pigment de peintre et du plâtre.
  • Ses plants partent pour l’Himalaya indien ; quarante ans plus tard, le thé de l’Empire dépasse celui de la Chine en Grande-Bretagne.

Un mandarin à la natte postiche

Octobre 1848, aux abords de Hangzhou, Fortune enfile une robe chinoise. Le barbier arrange sa natte, déjà portée lors d’un premier séjour. Un porteur lui coupe les cheveux, sauf une touffe au sommet du crâne (son propre récit, 1852).

Son premier voyage en Chine, en 1843 pour la Royal Horticultural Society, avait duré trois ans. Aux portes d’une fabrique de thé vert, son serviteur Wang le précède et annonce son arrivée, raconte le Smithsonian. La Compagnie attend des plants pour ses jardins de l’Himalaya, et des gestes : séchage, cuisson, roulage.

Du bleu de Prusse dans le thé vert

Dans le district de thé vert de Huizhou, Fortune assiste à la dernière étape. Environ cinq minutes avant de sortir le thé des bassines, un ouvrier y verse une poudre bleue. Le mélange compte quatre parts de gypse pour trois de bleu de Prusse, un pigment de peintre (chapitre V de son livre).

Selon Fortune, dans cent livres de thé vert coloré bu en Angleterre ou en Amérique, le buveur avale plus d’une demi-livre de bleu de Prusse et de gypse. Les ouvriers lui donnent la raison : les Chinois ne boivent jamais ce thé teint ; les étrangers aiment un vert bien uniforme, et la poudre coûte peu.

Interrogée par la radio publique américaine, l’autrice Sarah Rose voit dans l’expédition « le plus grand acte d’espionnage industriel de l’histoire ». Fortune, lui, ne pensait rien voler : pour lui, les plantes appartenaient à tout le monde.

Seize caisses vitrées pour l’Himalaya

Fortune remplit seize caisses vitrées de plants et de graines et quitte Shanghai avec des fabricants de thé chinois et leurs outils. Il débarque à Calcutta le 15 mars 1851, puis remonte jusqu’aux jardins du gouvernement à Saharanpur (chapitre XXI). À l’ouverture, les plants semblent « aussi verts et vigoureux » que s’ils avaient poussé tout ce temps sur les collines chinoises.

La chaîne SLICE Qui ? a consacré un documentaire complet à l’expédition.

Vidéo : SLICE Qui ? (YouTube)

Pourquoi la Chine a-t-elle perdu les tasses anglaises ?

Sur dix tasses bues au Royaume-Uni, six seulement venaient encore de Chine en 1886, selon des statistiques présentées en 1887 et analysées par l’historienne Erika Rappaport. En 1900, une seule, selon l’historienne de l’économie Bishnupriya Gupta. En 1866, des clippers partis de Fuzhou se disputaient encore les premières caisses de la saison : la grande course du thé.

Origine du thé sur le marché britannique, 1865-1886 (statistiques de 1887 citées par E. Rappaport)
AnnéeThé indien (%)Thé chinois (%)Tasses chinoises sur 10
18653979,7
187011898,9
188028727,2
188539616,1
188641595,9

La première cause : le transfert des plants, des graines et du savoir-faire chinois vers l’Inde britannique. La deuxième tient au calcul des parts : la Chine a doublé ses exportations de thé entre les années 1860 et 1880, rappelle Erika Rappaport. Sa part a fondu parce que la production de l’Empire grossissait beaucoup plus vite. La troisième se joue dans l’opinion : les statistiques de 1887 servaient à vendre le thé indien et ont été lues de manière sélective, note l’historienne.

Le thé chinois n’a pas disparu pour autant : en 2022, la Chine assure près de la moitié des 6,7 millions de tonnes de thé produites dans le monde, devant l’Inde avec 20,5 % (rapport de la FAO).

Et chez nous ?

Et en France, combien de thé ?

En 1900, un Britannique buvait 5,9 livres de thé par an, soit 2,7 kilos, selon Bishnupriya Gupta. Un foyer français achète aujourd’hui en moyenne 0,5 kilo de thé et d’infusions par an (syndicat du thé STEPI, chiffres 2023). Dans les supermarchés français, le thé vert, celui que Fortune avait vu teindre, pèse 21,8 % des volumes de thés et d’infusions vendus.

Vrai ou faux ?

  1. Les Chinois buvaient eux aussi le thé vert teint au bleu de Prusse.

    Faux. Les ouvriers ont dit à Fortune ne jamais en boire.

  2. Des graines de thé ont germé pendant le voyage vers l’Inde.

    Vrai. Semées dans la terre des caisses vitrées, elles germaient encore à l’arrivée.

  3. Les exportations chinoises de thé se sont effondrées dès les années 1860.

    Faux. Elles ont doublé entre les années 1860 et 1880 ; seule la part chinoise a chuté.

Questions courantes

Où lire le récit de Robert Fortune ?
Dans A Journey to the Tea Countries of China, paru en 1852, dont le texte intégral se lit librement en ligne.

Quels pays exportent le plus de thé aujourd’hui ?
Le Kenya et le Sri Lanka, deux grands exportateurs de thé noir selon la FAO. Le Kenya a produit 542 561 tonnes en 2022, le Sri Lanka 255 973 tonnes.

Où sont allés les plants de Fortune en Inde ?
Dans les jardins du gouvernement des provinces du Nord-Ouest, confiés au docteur Jameson, surintendant des jardins botaniques.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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