Deux feuillets de papier ancien posés côte à côte sur une table de conservation, leurs minuscules trous de vers se prolongeant d’une page à l’autre.

Trous de vers à bois : comment on a confondu le voleur de pages du British Museum

Thomas J. Wise complétait ses exemplaires avec des feuillets arrachés à la bibliothèque du British Museum. Deux bibliothécaires l’ont prouvé dans les années 1950 en alignant les galeries creusées par les vers, et un classeur de feuillets détachés a été décrit par la British Library en décembre 2025.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une larve en guise d’empreinte digitale
  3. Le classeur racheté après 1939
  4. Ce que le papier dit et que le texte tait
  5. Questions courantes

Récit

Plus de 50 pamphlets contrefaits, attribués à 15 auteurs victoriens, ont été imputés au collectionneur londonien Thomas J. Wise, dont la fraude a été établie en 1934. Le même homme arrachait des feuillets aux exemplaires de la bibliothèque du British Museum pour les relier dans les siens, revendus comme « parfaits », et ce sont des trous de vers à bois qui l’ont trahi dans les années 1950. Le témoin était une larve.

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Les pièces de théâtre du XVIIe siècle étaient sa cible. Wise « arrachait les feuillets des exemplaires du Museum pour les relier dans les siens, qu’il gardait ou revendait comme des spécimens parfaits », écrit la British Library, qui a décrit en décembre 2025 un classeur de feuillets issu de sa succession. Le procédé qui l’a confondu n’a rien de littéraire.

En bref

  • Thomas J. Wise (1859-1937), collectionneur de livres londonien, prélevait des feuillets dans les exemplaires du British Museum pour compléter les siens, vendus comme « parfaits ».
  • La preuve tient à deux traces matérielles : les motifs laissés par les vers à bois, et les empreintes des plis et défauts des feuillets voisins.
  • D. F. Foxon, à la bibliothèque du British Museum, et Fannie Ratchford, au Harry Ransom Center, ont mis la méthode au point dans les années 1950.
  • Un classeur de feuillets détachés, racheté par un libraire londonien après la mort de la veuve de Wise en 1939, a été décrit par la British Library en décembre 2025.

Une larve en guise d’empreinte digitale

Un ver à bois ne perce pas une page, il perce un volume. Sa galerie traverse les feuillets empilés et laisse sur chacun un trou qui prolonge celui d’avant, comme une aiguille plantée au travers d’une liasse. Déplacez une feuille dans un autre exemplaire : le motif cesse de coïncider avec ses nouvelles voisines, et continue de coïncider avec celles qu’elle a quittées.

Aux galeries de vers, les deux bibliothécaires ont ajouté les empreintes laissées par les plis et les défauts des feuillets adjacents. Le papier garde la trace de ce qu’il a touché. Foxon travaillait à la bibliothèque du British Museum, Ratchford au Harry Ransom Center de l’université du Texas, à Austin, où dorment nombre des volumes « perfectionnés » par Wise. Dans les années 1950, ils ont comparé ces feuillets un à un avec ceux qui manquaient aux exemplaires de Londres.

Le classeur racheté après 1939

Wise meurt en 1937, sa veuve deux ans plus tard. C’est à cette occasion qu’un libraire londonien met la main sur ce que la British Library décrit comme un dossier de feuillets détachés « sans prétention ». Il contenait les pièces manquantes des volumes « faits » ou « perfectionnés » de Wise : certaines des feuilles qu’il avait retirées de ses propres exemplaires pour les remplacer par celles du British Museum.

La conservatrice Francesca Cioni l’a présenté le 5 décembre 2025. Wise a dû acquérir quantité d’exemplaires incomplets et de feuillets isolés pour alimenter ses montages, et beaucoup d’autres exemplaires composites dorment sans doute aujourd’hui dans d’autres collections. On y trouve des pages de Philip Massinger, de George Chapman, et de Loves Victory de William Chamberlayne, imprimé en 1658.

Il retirait aussi les feuillets portant les marques d’anciens propriétaires, effaçant au passage l’histoire des exemplaires. Un livre sans passé se vend mieux qu’un livre avec le sien.

Ce que le papier dit et que le texte tait

La chute publique de Wise n’est pas venue des vols mais des faux. En 1934, John Carter et Graham Pollard publient An Enquiry Into the Nature of Certain Nineteenth Century Pamphlets : l’examen de la fonte et du papier établit que ces plaquettes, présentées comme des éditions originales victoriennes, n’existaient pas avant 1880, rappellent les collections spéciales de l’université de l’Oregon. Le texte, lui, était irréprochable. C’est le support qui parlait.

La leçon a survécu à l’affaire. À Paris, la Réserve des livres rares de la BnF conserve environ 215 000 imprimés retenus pour « la rareté des éditions ou la singularité des exemplaires » : ce sont les provenances, les annotations, les reliures qui font entrer un volume, autant que le texte qu’il porte. Les mêmes gestes servent à restaurer un livre ancien : regarder le papier avant de lire la page. Et quand un objet volé refait surface, comme le diamant rose de Chantilly, c’est encore sa matière qui l’identifie.

Wise est mort sans rien avouer, et sans rendre les pages. Le ver à bois, lui, avait signé.

Questions courantes

Que reste-t-il de l’affaire Wise dans les collections publiques ?
Le Harry Ransom Center, à Austin, conserve un fonds Thomas James Wise de 33 boîtes, soit 13,86 pieds linéaires de documents datés de 1852 à 1975. Son inventaire présente Wise comme un collectionneur et biographe anglais connu pour des faux littéraires et des documents volés.

À quoi ressemblaient les pamphlets contrefaits ?
À des plaquettes discrètes, présentées comme les premières éditions séparées de poèmes, de courts textes en prose ou de pièces d’auteurs victoriens. John Carter et Graham Pollard ont retenu huit indices de suspicion, dont la composition typographique et celle du papier.

Peut-on identifier un feuillet ancien sans son volume ?
Les marques de propriétaires y aident, quand elles subsistent. Parmi les feuillets du classeur, certains portent la mention « Monsieur Jay » : l’identité de ce propriétaire et son lien éventuel avec les réfugiés huguenots restent à établir.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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