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Ouest de Londres, quartier d’Ealing, printemps 2023. Sur une friche de vingt-quatre acres baptisée Paradise Fields, des écologues lâchent une famille de cinq castors sauvages près d’un ruisseau qui débordait à chaque grosse pluie et noyait régulièrement la station de métro de Greenford. La consigne, en somme : laissez-les faire. Trois ans plus tard, la colonie compte au moins huit individus, le ruisseau est devenu une zone humide qui retient l’eau, et la station n’a plus été inondée. Le plus frappant n’est pas là. C’est qu’à Londres on célèbre ce barrage comme une solution, quand en France, où le castor a recolonisé plus de 18 000 km de rivières, le même ouvrage atterrit souvent sur le bureau d’un agent qui vient constater des dégâts.
En bref
- À Greenford, dans l’ouest de Londres, un projet de réservoir artificiel a été abandonné au profit de huit castors qui retiennent l’eau gratuitement (source : UPI).
- Le castor avait disparu de Grande-Bretagne il y a environ 400 ans, chassé pour sa fourrure et sa viande.
- En France, l’espèce protégée occupe désormais plus de 18 000 km de cours d’eau, soit au moins 20 000 individus.
- Là où Londres organise des « safaris castors », l’Office français de la biodiversité pilote depuis 1987 un réseau qui gère surtout des conflits.
Le rongeur qui a remplacé un chantier
L’histoire de Greenford a quelque chose de réjouissant pour qui pense qu’une inondation urbaine se règle forcément à coups de béton et de millions. La station et les rues alentour prenaient l’eau à chaque orage, au point que les autorités envisageaient de creuser un réservoir artificiel pour stocker le trop-plein. Des associations locales ont proposé autre chose : réintroduire des castors, animaux disparus du pays depuis quatre siècles, et les laisser bâtir. C’est ce qu’a fait l’Ealing Beaver Project en 2023, comme le raconte l’agence UPI. Les bêtes ont fait ce qu’elles savent faire : freiner le courant, étaler l’eau, créer une mosaïque de mares et de roselières. Résultat, tout ce qui se trouve en aval est mieux protégé qu’avant, parce que les castors veulent justement garder assez d’eau pour nager et se sentir en sécurité.

Le projet est devenu une petite attraction. Sean McCormack, vétérinaire et responsable du programme, explique que les riverains viennent observer les animaux, et que des « safaris castors » à une trentaine d’euros affichent souvent complet. Manière de dire qu’à Londres, le castor est passé du statut de fantôme historique à celui de voisin populaire, presque une mascotte de quartier.
En France, le même animal, lu à l’envers
Voilà où le miroir se renverse. Le castor d’Europe n’a jamais totalement quitté la France : un noyau avait survécu dans la basse vallée du Rhône, et des réintroductions menées à partir des années 1950 l’ont aidé à reconquérir le réseau hydrographique. Protégé depuis 1968, il occupe aujourd’hui, selon l’Office français de la biodiversité, plus de 18 000 km de cours d’eau, pour une population estimée à au moins 20 000 individus, toujours en expansion. Sauf que cette réussite écologique se vit rarement comme une fête. Les mêmes barrages qui sauvent une station à Greenford peuvent ici noyer une parcelle agricole, effondrer une berge ou faire tomber un peuplier de culture.

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D’un côté de la Manche, le castor est l’ingénieur qui rend service ; de l’autre, il est l’animal protégé dont il faut gérer les dégâts. Même bestiole, deux récits opposés.
Un réseau qui constate des dommages
Cette gestion a un nom et une histoire. L’OFB anime un réseau Castor depuis 1987, né précisément parce que le retour de l’espèce s’accompagnait d’une hausse des frictions avec les activités humaines. Quand un barrage pose problème, le riverain alerte la direction départementale des territoires, qui mande un agent pour dresser un constat de dommages et proposer des solutions techniques, manchons sur les troncs, clôtures électriques, tuyaux qui abaissent le niveau de l’eau. L’objectif officiel reste la cohabitation, jamais l’éradication. Un détail compte pourtant : l’OFB précise qu’il n’existe ni système d’indemnisation des dégâts, ni financement des mesures de protection. L’agriculteur qui voit sa terre détrempée encaisse seul. On comprend mieux pourquoi le même barrage suscite des selfies à Londres et des courriers recommandés en France. Ces ouvrages naturels rejoignent un débat plus large sur les rivières que l’Europe rouvre, comme nous l’avons raconté à propos des barrages effacés en Europe.

Reste que les deux pays disent au fond la même chose, à voix différente. Le castor sait retenir l’eau mieux et moins cher que bien des ouvrages humains, à condition d’accepter qu’il décide lui-même où. Londres a tranché en sa faveur sur une friche urbaine sans enjeu agricole. La France, elle, doit composer rivière par rivière, là où les terres cultivées touchent l’eau. Et la prochaine fois qu’un orage menacera une gare quelque part, la vraie question ne sera peut-être pas combien coûte le réservoir, mais si l’on est prêt à laisser un rongeur faire le chantier. La réponse, elle, est déjà à l’œuvre dans nos campagnes, où le castor avance sans attendre notre feu vert.
Questions courantes
Comment huit castors ont-ils empêché une station de métro d’être inondée ?
En construisant un barrage sur un ruisseau de Greenford, à Ealing, ils ont transformé la zone en milieu humide qui retient l’eau en amont. Tout ce qui se trouve en aval, dont la station, est mieux protégé des crues, et un projet de réservoir artificiel a été abandonné.
Le castor est-il vraiment protégé en France ?
Oui. Le castor d’Europe est une espèce protégée depuis 1968. Il est interdit de le tuer ou de détruire son habitat, et l’Office français de la biodiversité suit sa progression sur le territoire.
Que faire si un barrage de castor inonde un terrain ?
Il faut alerter la direction départementale des territoires, qui fait intervenir l’OFB pour constater les dégâts et proposer des solutions techniques. Attention, il n’existe pas d’indemnisation ni de financement des mesures de protection.
Combien de castors vivent en France ?
Au moins 20 000, présents sur plus de 18 000 km de cours d’eau, principalement sur les bassins de la Loire, du Rhône et du Rhin, selon l’OFB. La population continue de s’étendre.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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