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Sous la litière d’une forêt de bambous de l’ouest thaïlandais poussait une fleur presque noire coiffée de trois cornes. Des botanistes des universités Chulalongkorn et Prince of Songkla l’ont décrite le 17 août 2026 dans la revue PhytoKeys, sous le nom de Thismia daemona : cette plante n’a pas de chlorophylle et ne fait aucune photosynthèse. Tout le carbone dont elle vit, elle le prend aux champignons du sol.
Le contrat souterrain qui régit presque tout le monde végétal s’en trouve retourné. Dans une mycorhize ordinaire, le champignon enveloppe les racines, apporte l’eau et les minéraux qu’il puise autour, et reçoit en échange une part des sucres que la plante fabrique à la lumière. Thismia daemona n’en fabrique pas un gramme. Ses racines coralliformes et duveteuses se branchent sur le réseau fongique sans rien y verser en retour, et ce prélèvement à sens unique porte un nom : la mycohétérotrophie.
Le genre Thismia, que les botanistes surnomment « lanternes de fées », fonctionne ainsi en entier : aucune de ses espèces ne photosynthétise, et toutes passent la quasi-totalité de leur existence enfouies sous les feuilles mortes, n’émergeant que pour fleurir. Tomber sur l’une d’elles relève du coup de chance, a fortiori dans une forêt de montagne saisonnièrement sèche, milieu inhabituel pour le genre. « Trouver Thismia daemona à Thong Pha Phum a vraiment été une grosse surprise », reconnaît Sahut Chantanaorrapint, coauteur de la description, dans le communiqué de l’éditeur.
Trois cornes, un dôme et des étamines bleues
La plante monte à 12,5 centimètres. Ses tépales externes, charnus, tirent sur l’orange rouge ; les internes se soudent en une mitre en dôme d’où s’élèvent trois appendices effilés de 18 à 23 millimètres, et les étamines, à l’intérieur, sont d’un bleu translucide. Deux taches orangées à la base achèvent l’illusion d’un regard. « Notre équipe a été unanime : le nom Thismia daemona capturait parfaitement son essence énigmatique et diabolique », explique le même chercheur.

Quatre chiffres suffisent à situer l’espèce, sa taille comme sa rareté.

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Le rapport entre les deux derniers explique pourquoi cette station de l’ouest thaïlandais compte autant pour les spécialistes du genre.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Hauteur de la plante | 12,5 cm | PhytoKeys 278, 17 août 2026 |
| Longueur des appendices en corne | 18 à 23 mm | PhytoKeys 278, 17 août 2026 |
| Individus connus | moins de 50 | PhytoKeys 278, 17 août 2026 |
| Espèces de Thismia en Thaïlande | 16 | Communiqué Pensoft, 2 septembre 2026 |
| Espèces de Thismia décrites dans le monde | environ 120 | ScienceAlert, 14 septembre 2026 |
La France a ses propres plantes sans chlorophylle
Le procédé n’est pas une bizarrerie tropicale. Dans les hêtraies sombres de l’Hexagone pousse la néottie nid-d’oiseau, orchidée brun pâle de 15 à 40 centimètres elle aussi dépourvue de chlorophylle : d’après la fiche du Vercors, elle s’associe à un champignon du genre Sebacina branché sur les racines d’un arbre, et récupère par ce canal les sucres que l’arbre a fabriqués. Décrite le 17 août 2026 dans PhytoKeys, Thismia daemona n’est connue que par moins de cinquante individus, quand la néottie nid-d’oiseau, plante française qui se nourrit elle aussi de champignons, compte 1 980 observations sur les seules 99 communes du Vercors. La plus ancienne de ces observations date de 1822.
Ce réseau fongique, invisible d’en haut, se jauge par des moyens très terre à terre : un slip de coton enfoui deux mois donne un index de la vie microbienne d’un sol, selon la vitesse à laquelle le tissu se dégrade.
Tous les pieds connus tiennent sur une seule station
L’espèce est provisoirement classée en danger critique d’extinction. Les individus repérés occupent une aire inférieure à 0,05 kilomètre carré, dans le parc national de Thong Pha Phum, province de Kanchanaburi, entre 950 et 970 mètres d’altitude. Les auteurs désignent le passage régulier de visiteurs dans le parc comme la menace qui pèse sur ce micro-habitat.
La position de la plante dans l’arbre généalogique du genre a été établie sur cinq marqueurs ADN : elle appartient à la section Geomitra, connue jusqu’ici de la péninsule malaise, de Bornéo et de Sumatra, dont l’aire remonte donc vers le nord. La Thaïlande compte désormais seize espèces de Thismia, sur environ 120 décrites dans le monde d’après ScienceAlert : le pays concentre 13 % des lanternes de fées connues.
Pour Sahut Chantanaorrapint, la protection de la station passera par les villages voisins : « inciter les habitants à s’approprier leur patrimoine naturel protège non seulement le micro-habitat, mais soutient aussi un écotourisme durable porté par la communauté ».
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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