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Panorama
Publié le 5 juillet 2026 · Mis à jour le 6 juillet 2026 à 16h01
Chaque fois qu’un euro est remboursé par l’Assurance Maladie, environ soixante-cinq centimes servent à soigner une maladie qui dure : diabète, cancer, insuffisance cardiaque, dépression, troubles qui accompagnent parfois une vie entière. Le chiffre vient du rapport Charges et produits pour 2027, présenté le 2 juillet 2026 : en 2024, les pathologies chroniques représentent 65,1 % de la dépense remboursée. Voilà où va vraiment l’argent de la santé, loin de l’image des urgences un soir de grippe. Et cette part ne se stabilise pas, elle grimpe.
En bref
- En 2024, les maladies chroniques pèsent 65,1 % de la dépense remboursée par l’Assurance Maladie, et pourraient atteindre 70 % en 2035 (rapport Charges et produits 2027).
- La dépense courante de santé a atteint 333 milliards d’euros en 2024, soit 11,4 % du PIB (Comptes de la santé, DREES).
- D’ici 2035, près d’une personne sur deux vivrait avec une maladie chronique, soit 27,7 à 30,4 millions de Français.
- Ce qui accélère : les arrêts de travail (indemnités AT/MP +30 % en cinq ans) et les traitements du cancer (7,1 milliards d’euros en 2024).
Deux tiers de l’argent, un seul type de maladie
Le débat public s’accroche souvent à une mesure choc, un déremboursement, une franchise. Le panorama, lui, raconte autre chose. Selon la cartographie des dépenses de l’Assurance Maladie, la santé française n’est plus organisée autour de l’accident ou de l’infection ponctuelle, mais autour de la maladie qui s’installe. En 2024, ces pathologies durables mobilisent 65,1 % des remboursements. Le reste, un peu moins de 35 %, couvre tout le soin dit courant, des consultations aux petits actes, à la maternité, aux soins ponctuels.

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Cette bascule n’a rien d’un accident comptable. Elle suit le vieillissement et l’allongement de la vie : on survit désormais à des maladies qui tuaient vite, on vit longtemps avec elles, et ce temps gagné se soigne. C’est une bonne nouvelle sanitaire qui a un coût, et ce coût structure aujourd’hui presque tout le système. Le contexte financier, lui, reste tendu : l’Assurance Maladie chiffre son déficit à 13,8 milliards d’euros pour 2026 et vise 3,9 milliards d’économies pour 2027, à travers quarante propositions dont le sens général est moins de raboter que d’agir plus tôt.

Le détail du plus gros budget social de France
Pour comprendre l’ampleur de la facture, il faut sortir du seul champ des remboursements et regarder l’ensemble. Selon les Comptes de la santé de la DREES, la dépense courante de santé s’établit à 333 milliards d’euros en 2024, en hausse de 3,6 % sur un an, l’une des plus faibles progressions d’Europe. Son coeur, la consommation de soins et de biens médicaux, pèse 255 milliards. Dans cet ensemble, l’hôpital reste le premier poste : les soins hospitaliers représentent 47 % du total, soit 120,7 milliards d’euros. Les soins de ville en captent 31 % (77,8 milliards) et les biens médicaux, dont les médicaments, 22 % (56,2 milliards, dont 34,5 milliards de médicaments). C’est cette masse que les maladies chroniques traversent de part en part, quel que soit le poste.
Qui paie ? Les administrations publiques, Sécurité sociale et Etat, financent 79,4 % de cette consommation, soit 202 milliards d’euros ; les complémentaires 12,8 % (33 milliards) et les ménages 7,8 %. Le reste à charge direct des Français atteint 292 euros par habitant en 2024, contre 276 euros un an plus tôt, une hausse notamment portée par le doublement des franchises et participations forfaitaires. La France reste malgré tout l’un des pays où ce reste à charge est le plus faible d’Europe, derrière le Luxembourg et la Croatie. Ce socle solidaire est précisément ce que la montée des maladies chroniques met sous tension.
Une personne sur deux concernée en 2035
Pour saisir la trajectoire, il faut regarder les corps avant les euros. L’Assurance Maladie estime qu’à l’horizon 2035, près d’une personne sur deux serait concernée par une maladie chronique, soit 27,7 à 30,4 millions de personnes. Déjà aujourd’hui, près d’un adulte sur cinq vit avec plusieurs de ces maladies en même temps, une polypathologie qui coûte en moyenne 8 863 euros de plus par an qu’une personne sans. Ce mouvement s’appuie sur une bascule démographique documentée par l’Insee : la part des 65 ans et plus passerait de 21 % à 29 % de la population d’ici 2070. À plus court terme, les plus de 75 ans, qui concentrent une bonne part des soins de long cours, représenteraient déjà 13,5 % de la population dès 2035. Plus la population avance en âge, plus la maladie chronique devient la norme, et non l’exception.
Ce qui accélère vraiment
Au-delà de la masse, le rapport pointe deux moteurs qui montent vite. Le premier, ce sont les arrêts de travail liés aux accidents et maladies professionnelles : les indemnités journalières correspondantes ont progressé de 30 % en cinq ans, surtout parce que ces arrêts durent plus longtemps. Le second, c’est le médicament, tiré par le cancer : les dépenses nettes de traitements anticancéreux ont atteint 7,1 milliards d’euros en 2024, en hausse de 10,2 % par an sur cinq ans, et l’oncologie pèse désormais à elle seule un quart des dépenses de médicaments. Le rapport ajoute un chiffre qui interroge la valeur de cette envolée : 80 % des nouvelles molécules en oncologie n’apportent qu’une amélioration mineure ou inexistante du service médical rendu, ce qui ouvre la voie à des prescriptions plus ciblées sans perte de chance.

Un détail moins visible dit beaucoup du grand âge : aujourd’hui, un quart des personnes de 65 ans et plus a été remboursé de benzodiazépines dans l’année, ces somnifères et anxiolytiques dont l’usage prolongé inquiète les autorités sanitaires. Cette information est à prendre comme un repère de santé publique, non comme un conseil médical personnel : la décision d’un traitement, comme celle de l’arrêter, revient au médecin. D’autres postes du grand âge pèsent en silence : les infections à pneumocoque provoquent environ 250 000 hospitalisations par an pour un coût estimé entre 2,7 et 3,4 milliards d’euros, alors que la couverture vaccinale des plus de 65 ans reste inférieure à 20 %. Autant de dépenses qu’une prévention plus systématique pourrait, en partie, éviter.
Le pari de la prévention, chiffré
Face à cette pente, l’Assurance Maladie ne mise pas d’abord sur le rabot mais sur la prévention, présentée comme la seule variable capable d’infléchir la courbe. Elle avance des chiffres parlants, issus d’un partenariat inédit avec l’OCDE : le Nutri-Score, en aidant à mieux choisir ses aliments, ferait gagner l’équivalent de dix années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants chaque année, et la prévention des risques cardiovasculaires six années de plus. Nous avons d’ailleurs regardé de près comment l’alimentation ultra-transformée pèse déjà sur la santé des plus jeunes. L’enjeu financier est explicite : si la tendance se poursuit, la dépense suivie par l’Assurance Maladie pourrait atteindre 270 milliards d’euros en 2030, soit 60 milliards de plus qu’en 2024. Une régulation volontariste la ramènerait à 255 milliards, et un investissement massif dans la prévention à 245 milliards, tout en faisant vivre les assurés plus longtemps en bonne santé. L’idée est simple à formuler, plus dure à tenir : agir des années avant la maladie coûte moins cher que la soigner des décennies après.
Méthode et limites
Les parts de dépense par maladie proviennent de la cartographie des pathologies de l’Assurance Maladie, qui répartit les remboursements sur le champ tous régimes, France entière, et non l’ensemble de la dépense de santé. Le montant global de 333 milliards d’euros, la part de 11,4 % du PIB et la ventilation par poste (hôpital, ville, biens médicaux) relèvent, eux, des Comptes de la santé de la DREES, un périmètre plus large et une nomenclature internationale. Ces deux sources ne mesurent donc pas exactement la même chose et ne s’additionnent pas : la trajectoire vers 270 milliards en 2030 porte sur le champ de la cartographie, à ne pas confondre avec les 333 milliards de la DREES. Les projections à 2030, 2035 et 2070 sont des scénarios, pas des certitudes : la fourchette de 27,7 à 30,4 millions de malades chroniques traduit cette part d’incertitude assumée. Enfin, les indicateurs de gains d’espérance de vie en bonne santé issus des travaux avec l’OCDE sont des estimations de modélisation.
Questions courantes
Que veut dire « 65,1 % des dépenses partent dans les maladies chroniques » ?
Sur 100 euros remboursés par l’Assurance Maladie en 2024, environ 65 servent à traiter des maladies qui durent, comme le diabète, les cancers ou les maladies cardiovasculaires. C’est la part mesurée par sa cartographie des dépenses.
Cette part va-t-elle augmenter ?
Oui, selon le rapport de l’Assurance Maladie. Elle pourrait atteindre jusqu’à 70 % de la dépense remboursée en 2035, portée par le vieillissement et la hausse du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques.
Combien coûte la santé en France ?
La dépense courante de santé a atteint 333 milliards d’euros en 2024, soit 11,4 % de la richesse nationale, d’après les Comptes de la santé de la DREES. Si rien ne change, la dépense suivie par l’Assurance Maladie pourrait approcher 270 milliards d’euros en 2030.
La prévention peut-elle vraiment réduire la facture ?
C’est le pari du rapport. Les travaux menés avec l’OCDE estiment par exemple que le Nutri-Score ferait gagner dix années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants par an, et la prévention cardiovasculaire six de plus, tout en générant des économies, à condition d’agir bien avant l’apparition des maladies.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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