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Vous croyez la Peste noire terminée en 1353 ? L’université de Tartu montre le contraire dans une étude parue le 10 septembre 2026 dans PNAS : entre 1349 et 1710, la peste est revenue en Europe par réintroductions répétées, et ce sont les guerres qui la transportaient.
L’équipe a reconstruit 26 génomes de Yersinia pestis à partir de restes humains exhumés sur 11 sites archéologiques, en Estonie, en Russie, en Angleterre, aux Pays-Bas et en Suisse. Onze sont complets, quinze en couverture plus faible. Le lot court de 1349 à 1710. Soit 361 ans de deuxième pandémie tenus par un fil génétique.
L’image d’un bacille tapi quelque part entre deux vagues, se réveillant tout seul au bout de cinquante ans, ne résiste pas à ces données. La deuxième pandémie ouverte par la Peste noire de 1347-1353 n’a pas sommeillé. On la rapportait.
Le vrai verrou, c’était le calendrier
Jusqu’ici, la plupart des génomes anciens n’arrivaient qu’avec une datation radiocarbone dont l’intervalle dépasse régulièrement le siècle. Autant dater une victime « quelque part entre la Révolution française et la tour Eiffel » : impossible de la rattacher à une épidémie précise. Les auteurs proposent donc une modélisation radiocarbone informée par la phylogénie, qui croise l’arbre généalogique du bacille avec les dates de laboratoire pour resserrer les fourchettes.
Le gain est net. 75 génomes de la deuxième pandémie ont pu être rapprochés, à titre d’hypothèse, de flambées documentées dans les archives. Une vague cesse d’être une tache floue étalée sur trois générations : elle gagne une année, une ville, parfois un siège militaire.

Vers 1500, le bacille se scinde en trois
Entre 1450 et 1500, les lignées connaissent une expansion importante et se divisent en trois branches. Cette diversification a pu installer de nouveaux réservoirs chez les rongeurs sauvages, c’est-à-dire de nouveaux points de départ pour les vagues suivantes. « Nous voyons Yersinia pestis se scinder en nouvelles branches pendant les périodes de conflit », résume la généticienne Christiana L. Scheib dans le communiqué du Conseil estonien de la recherche.
L’Estonie sert de cas d’école. Le bacille n’y est pas entré une fois mais à répétition, dès la fin du XIVe siècle et pendant presque toute la deuxième pandémie. « Nous avons trouvé des preuves d’introductions répétées de la peste en Estonie dès la fin du XIVe siècle, et identifié plusieurs lignées génétiques jusque-là inconnues », indique la professeure Kristiina Tambets.
Quand les armées passent, la peste suit
La carte des retours épouse alors celle des conflits. Des flambées accompagnent la guerre de Trente Ans entre 1629 et 1631. D’autres suivent la Grande Guerre du Nord, autour de 1700-1721 : au siège de Tallinn, en 1710, la peste frappe les troupes suédoises, les troupes russes et les civils sans faire de tri. Le climat s’en mêle aussi, la grande sécheresse de 1540 ayant pu accélérer la circulation du bacille chez les rongeurs, selon la télévision publique estonienne.
Mises bout à bout, ces dates dessinent la carte temporelle des retours de peste.
| Date | Ce qui se passe | Source |
|---|---|---|
| 1347-1353 | Peste noire en Europe, ouverture de la deuxième pandémie | PNAS |
| 1349 | Borne basse du lot de 26 génomes | PNAS |
| Fin du XIVe siècle | Introductions répétées de la peste en Estonie | Tartu / Conseil estonien de la recherche |
| 1450-1500 | Expansion des lignées, scission en trois branches, nouveaux réservoirs possibles chez les rongeurs | Tartu / Conseil estonien de la recherche |
| 1540 | Grande sécheresse de la Renaissance, circulation accélérée chez les rongeurs | ERR |
| 1629-1631 | Flambées pendant la guerre de Trente Ans | ERR |
| 1700-1721 | Grande Guerre du Nord, siège de Tallinn en 1710 (troupes suédoises, russes et civils) | Tartu / Conseil estonien de la recherche |
| 1710 | Borne haute du lot de 26 génomes | PNAS |
Ce qu’il en reste en France
L’étude PNAS du 10 septembre 2026 relie 75 génomes de peste à des épidémies datées entre 1349 et 1710 ; en France, le dernier cas humain de peste remonte à 1945, en Corse.
La maladie n’a pas disparu pour autant. Près de 50 000 cas humains ont été déclarés à l’OMS par 26 pays entre 1990 et 2020, selon l’Institut Pasteur, et Madagascar en recense à lui seul entre 250 et 500 par an. L’Afrique subsaharienne concentre aujourd’hui l’essentiel des cas.
AAP relevait le 22 juin 2026 que 18 des 46 chasseurs-cueilleurs sibériens testés portaient déjà la bactérie : une peste de 5 500 ans, bien avant les archives.
Le bacille n’a jamais dormi. Il voyageait avec les armées, et il n’avait qu’à attendre la campagne suivante.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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