Fouille d’un cimetière médiéval scandinave : fosses rectangulaires peu profondes dans un sol sableux clair, fondations d’une petite église en arrière-plan.

Tombes partagées du Moyen Âge : l’ADN ancien y trouve rarement une famille

Une équipe suédoise a passé 142 squelettes médiévaux à l’ADN ancien : sur 41 tombes partagées testées, 5 seulement abritaient un parent au premier degré. De quoi relire les cimetières chrétiens déjà fouillés, en France aussi.

36 tombes partagées sur 41 ne contenaient aucun parent au premier degré dans deux cimetières chrétiens de Suède passés à l’ADN ancien (Science Advances, 10 juillet 2026). Une équipe du Centre de paléogénétique de l’université de Stockholm a séquencé 142 individus inhumés entre la fin de l’âge viking et le Moyen Âge, dont 68 enfants et adolescents. Elle voulait savoir qui partageait vraiment une fosse à Sigtuna, à Västerhus et à Fjälkinge.

L’hypothèse inverse est le réflexe de lecture de ces cimetières : un adulte et un enfant dans la même fosse, donc une mère et son fils. « Nous supposons souvent que les adultes et les enfants qui partagent une tombe étaient parents et enfants, ou d’autres membres proches de la famille. Dans la plupart des cas, ce n’est pas ce que nous avons trouvé », déclare Maja Krzewińska, première autrice de l’étude, dans le communiqué de l’université. Ces sépultures chrétiennes anciennes ne livrent presque aucun mobilier funéraire, et les squelettes d’enfants ne se sexent pas à l’œil. La disposition des corps est souvent tout ce qui reste à lire, comme à Dijon, où l’Inrap a dégagé sous une cour d’école des morts de l’âge du Fer enterrés assis.

Deux cimetières, le même rapport

À Västerhus, paroisse rurale du Jämtland, 3 tombes partagées sur 25 abritaient un parent au premier degré. À Sigtuna, bourg médiéval proche de Stockholm, 2 sur 16. À Fjälkinge, en Scanie, la seule paire de parents repérée par l’ADN occupait deux tombes distinctes. Deux cimetières, deux fois 12 %.

La parenté n’avait pourtant pas disparu de ces communautés. Beaucoup d’individus partagent de longs segments d’ADN identiques, marque d’une famille élargie dense, mais 6,38 % seulement de ces relations relient deux personnes déposées dans la même tombe (Science Advances). Sur les 41 tombes partagées testées à Västerhus et à Sigtuna, 5 abritaient un parent au premier degré. Les 36 autres, soit près de neuf sur dix, n’en abritaient aucun (chiffres publiés site par site).

Dans les deux cimetières, la parenté au premier degré ne concerne qu’environ une tombe partagée sur huit. Les tombes dont la couverture ADN était trop faible pour tester la parenté ne sont pas comptées.
Dans les deux cimetières, la parenté au premier degré ne concerne qu’environ une tombe partagée sur huit. Les tombes dont la couverture ADN était trop faible pour tester la parenté ne sont pas comptées.
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Le rapport tient dans les deux cas, alors que l’un de ces cimetières sert une ville et l’autre une paroisse de campagne.

Les trois cimetières suédois passés à l’ADN ancien, et ce que la parenté y donne tombe par tombe (Science Advances, 10 juillet 2026).
CimetièreRégion et époqueIndividus séquencésCe que l’ADN dit des tombes partagées
FjälkingeScanie, fin de l’âge viking11La seule paire de parents identifiée occupait deux tombes différentes
SigtunaPrès de Stockholm, Moyen Âge urbain502 tombes partagées sur 16 avec un parent au premier degré (12,5 %)
VästerhusJämtland, paroisse rurale médiévale813 tombes partagées sur 25 avec un parent au premier degré (12,0 %)
EnsembleTrois sites, 27 tombes simples et 50 tombes partagées1425 tombes partagées sur les 41 testées, soit 36 sans parent proche

Les enfants rangés comme les adultes

Le séquençage a donné un sexe biologique aux enfants et aux adolescents de l’échantillon, ce que l’ostéologie ne sait pas faire avant l’adolescence. À Västerhus, les hommes et les femmes reposaient de part et d’autre de l’église, au nord et au sud. Les garçons et les filles suivent la même ligne de partage, comme une cour d’école d’autrefois. Sur 28 tombes réunissant un adulte et un enfant, 17 associent deux personnes de même sexe biologique, une répartition que le hasard ne produit pas (P = 0,0002).

La règle admettait des écarts : quatre fillettes ont été enterrées dans la partie sud du cimetière, celle des hommes. « Les enfants n’étaient pas traités comme une catégorie à part. Dans la mort, ils semblent avoir été traités selon les mêmes principes sociaux et religieux que les hommes et les femmes adultes », résume Anders Götherström, professeur d’archéologie moléculaire. Le voisinage dans la fosse enregistrait donc un genre et une parenté élargie, plus qu’un foyer.

Mains gantées prélevant un échantillon de poudre dans la racine d’une dent ancienne, sur un plan de travail de laboratoire.
Le génome a donné un sexe biologique à 68 enfants et adolescents que l’os ne permettait pas de sexer.

Et chez nous ?

Les nécropoles françaises déjà fouillées

La même méthode a donné le résultat opposé à Gurgy, dans l’Yonne. L’analyse génomique de 94 individus y a reconstitué deux arbres généalogiques, dont un de 64 personnes sur sept générations (Inrap, d’après Nature, 26 juillet 2023). Ces tombes néolithiques racontaient bien une famille, et même une règle de résidence : les fils restaient sur place, les filles partaient se marier ailleurs. Le contraste donne la mesure de ce que l’étude suédoise retire aux cimetières chrétiens anciens, où la proximité dans la fosse ne suffit plus à conclure.

L’outillage existe ici. Le programme ANCESTRA, dirigé par Florent Mazière (Inrap) et Mélanie Pruvost (université de Bordeaux). Il a passé à l’ADN ancien des ossements du Néolithique au haut Moyen Âge en Grand Est, Hauts-de-France et Occitanie (Inrap). Ce genre de dépistage démentait déjà ce que la disposition des corps laissait croire : sur 532 tombes de Vilnius, un seul individu venu d’ailleurs avait été identifié avec certitude.

Västerhus a pourtant livré une vraie famille. L’ADN relie une jeune femme morte avant 30 ans, que les chercheurs appellent Lady 56, à ses parents, à son frère et à ses deux filles. Elle avait été inhumée avec une coquille Saint-Jacques, objet rare dans une tombe scandinave et signe d’un pèlerinage accompli jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, à l’autre bout de l’Europe chrétienne. Les cinq membres de sa famille identifiés par l’ADN reposent dans une autre partie du cimetière.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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