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On situe volontiers la peste au Moyen Âge, dans les ruelles d’une Europe ravagée par la mort noire. Sauf que la plus ancienne flambée jamais identifiée n’a rien à voir avec nos villes : elle remonte à environ 5 500 ans, au bord d’un fleuve de Sibérie, chez des chasseurs-cueilleurs qui ne connaissaient ni cité ni agriculture. C’est ce que vient d’établir une étude parue le 17 juin 2026 dans la revue Nature, à partir de l’ADN extrait des dents de 46 individus. Et le détail qui serre le coeur, c’est que cette peste-là frappait d’abord les enfants.
En bref
- Sur 46 squelettes testés sur les rives de l’Angara, en Sibérie, 18 portaient l’ADN de Yersinia pestis, la bactérie de la peste (source : étude Nature, 17 juin 2026).
- Les sépultures s’échelonnent sur deux flambées, l’une il y a environ 5 596 à 5 341 ans, l’autre vers 5 126 à 4 926 ans : la plus vieille peste humaine jamais datée.
- La contamination viendrait des marmottes chassées et dépecées, et les enfants mouraient en plus grand nombre.
- Ce travail nourrit la traque génomique des épidémies d’aujourd’hui, qui retrace les microbes jusqu’à leur réservoir animal.
Un cimetière qui intriguait depuis longtemps
Avant l’ADN, il y avait une énigme. En fouillant quatre cimetières installés le long de l’Angara, le fleuve qui sort du lac Baïkal, dans le sud-est de la Sibérie, les archéologues avaient remarqué une anomalie : un nombre anormalement élevé d’enfants enterrés sur une courte période, sans la moindre trace de violence ni de blessure. Rien n’expliquait pourquoi tant de petits étaient morts presque en même temps. C’est là qu’une équipe internationale, menée par le généticien Ruairidh Macleod de l’université d’Oxford, est intervenue pour interroger les os.
Les chercheurs ont prélevé l’ADN dans les dents de 46 personnes, vérifiant au passage leurs liens de parenté tout en cherchant la signature génétique de microbes connus. La surprise a été nette : 18 d’entre elles portaient de fortes quantités de Yersinia pestis, la bactérie responsable de la peste. Deux foyers distincts se dessinent, séparés de plusieurs siècles, comme deux vagues ayant balayé ces communautés.

Certaines tombes rassemblaient plusieurs malades enterrés ensemble, signe qu’ils étaient morts pendant la même flambée. L’une abritait trois fillettes étroitement apparentées, une autre une tante et son neveu. Derrière ces regroupements, une scène très humaine se devine : des survivants connaissaient les défunts, savaient qui était lié à qui, et les ont inhumés côte à côte. À ce jour, impossible de dire lesquels avaient survécu à l’épidémie, faute de pouvoir repérer dans les os les anticorps qui trahiraient une guérison. Une spécialiste des pathogènes anciens, à l’institut Max-Planck, salue d’ailleurs un résultat solide tout en rappelant qu’un séquençage plus complet reste nécessaire pour confirmer que tous ces cas relèvent bien d’une seule et même flambée.
La piste des marmottes
Comment une bactérie atteint-elle un campement de chasseurs-cueilleurs ? L’hypothèse la plus solide pointe les marmottes, ces gros rongeurs des steppes que ces populations chassaient. Manipuler des peaux contaminées, consommer des organes crus : autant d’occasions, pour le microbe, de passer de l’animal à l’humain. La forme la plus probable de la maladie serait alors la peste pulmonaire, qui se transmet par l’air, d’un membre de la famille à l’autre, ce qui colle aux tombes familiales retrouvées.
L’analyse révèle aussi un gène inédit dans ces souches anciennes, qui code des protéines déclenchant une réaction immunitaire massive. Les auteurs y voient une piste pour comprendre pourquoi les enfants succombaient davantage. Surtout, cette peste de la préhistoire n’avait pas encore tous les atouts de sa descendante : elle ne savait pas se transmettre par les puces, ni provoquer la peste bubonique, des capacités qu’elle n’a acquises que bien plus tard, il y a environ 3 800 ans selon les généticiens.

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La découverte bouscule une idée tenace, celle selon laquelle les grandes épidémies seraient nées avec les villes et l’agriculture. Ici, des groupes mobiles et peu nombreux étaient déjà touchés, des millénaires avant la peste de Justinien et la mort noire.
Pourquoi cette enquête nous concerne encore
Mettre un nom et une date sur la plus vieille peste connue n’a rien d’un exercice d’antiquaire. La peste n’a jamais disparu : sa forme moderne provoque encore des épidémies, surtout en Afrique, et les États-Unis recensent en moyenne sept cas humains par an, le plus souvent soignables par antibiotiques s’ils sont pris à temps. Comprendre comment Yersinia pestis a évolué hier aide à anticiper ce qu’elle pourrait devenir demain.
C’est tout l’enjeu de l’ADN ancien : en remontant un microbe jusqu’à son réservoir animal, on apprend à lire la mécanique des zoonoses, ces maladies qui sautent de l’animal à l’homme. La même logique guide aujourd’hui la traque génomique des épidémies, du séquençage des virus en temps réel à la cartographie de leur origine. Repérer le moment où une souche acquiert un gène qui la rend plus contagieuse ou plus mortelle, c’est exactement ce que font les chercheurs sur les agents infectieux contemporains, en surveillant leurs mutations au fil des saisons. Les os de l’Angara offrent un cas d’école sur le temps long, là où nos outils ne voient d’ordinaire que quelques décennies. Pour mesurer le bond accompli, il suffit de rappeler ce qu’a coûté la mort noire au XIVe siècle : autour de 25 millions de morts, soit entre un quart et un tiers de la population d’Europe occidentale, selon les travaux d’historiens d’Oxford.

Ces fillettes de l’Angara, mortes il y a 5 500 ans, n’ont laissé ni nom ni récit. Leurs dents, elles, viennent de raconter une histoire que personne n’attendait, et qui change la nôtre. La prochaine fois qu’on parlera de la peste au passé, il faudra remonter bien plus loin que les remparts du Moyen Âge.
Questions courantes
Quelle est la plus ancienne peste connue chez l’humain ?
Une flambée datée d’environ 5 500 ans, identifiée chez des chasseurs-cueilleurs des rives de l’Angara, en Sibérie, grâce à l’ADN extrait de leurs dents. C’est la plus vieille jamais documentée.
Combien de personnes étaient infectées ?
Sur 46 squelettes testés dans quatre cimetières, 18 portaient l’ADN de Yersinia pestis. Les cas se répartissent sur deux flambées séparées de plusieurs siècles.
Comme ces chasseurs-cueilleurs ont-ils attrapé la peste ?
Probablement via les marmottes qu’ils chassaient, en manipulant des peaux infectées ou en consommant des organes crus. La maladie, sans doute pulmonaire, se serait ensuite transmise entre proches.
Cette peste était-elle la même que la mort noire ?
C’est la même espèce de bactérie, mais une version plus ancienne. Elle ne savait pas encore se transmettre par les puces ni provoquer la peste bubonique, des traits apparus il y a environ 3 800 ans.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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