![]()
À Lyon, des souriceaux ont passé leur enfance à jouer dans une cage parfumée au limonène. Devenus adultes, ils préfèrent encore cette odeur, et le souvenir tient à des neurones du bulbe olfactif nés juste après la naissance. Le résultat est paru en juillet dans PLOS Biology, signé par l’équipe de Nathalie Mandairon au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CNRS, Inserm, Université Claude Bernard Lyon 1).
L’étude ne commence pas par une souris. Elle commence par un questionnaire en français, diffusé en ligne auprès de volontaires recrutés par des listes de diffusion scientifiques, le CNRS et des hebdomadaires locaux. Les réponses retenues couvrent de 18 à 85 ans, pour une moyenne de 45,4 ans. Sur les 647 personnes interrogées en français pour l’étude parue le 14 juillet 2026 dans PLOS Biology, 73,1 % rattachent leur souvenir d’odeur d’enfance à un épisode vécu plus de cinq fois. L’odeur concernée est jugée agréable, 7,1 en moyenne sur une échelle de 1 à 9. Pas un coup de foudre olfactif : une habitude.
Ce profil déclaratif a servi de cahier des charges au protocole animal.

Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :
La répétition fait le gros du travail : l’épisode unique ne concerne qu’un peu plus d’un répondant sur huit.
| Déclaration | Résultat |
|---|---|
| Épisode d’enfance vécu plus de cinq fois | 73,1 % |
| Épisode vécu deux à cinq fois | 13,4 % |
| Épisode vécu une seule fois | 13,4 % |
| Caractère agréable attribué à l’odeur (échelle de 1 à 9) | 7,1 |
| Recroisent périodiquement cette odeur au fil de la vie | 82 % |
Éteindre les neurones, effacer la préférence
Les souris ont été exposées à un odorant attirant entre le vingt-troisième et le trente-troisième jour de vie, ce qui correspond à l’enfance chez ce modèle. Cinq séances de deux heures, un jour sur deux, dans une grande cage équipée d’une roue, de tunnels, d’échelles, d’abris et de cornflakes. Dix heures de vacances parfumées, en tout. Les témoins recevaient les mêmes molécules dans leur cage ordinaire : limonène, bêta-citronellol ou camphre.
Deux mois plus tard, les animaux du groupe enrichi explorent davantage l’odeur apprise. L’équipe a daté la naissance des neurones du bulbe olfactif pour isoler ceux apparus au premier jour, puis les a éteints à la lumière au moment précis où la souris reniflait. L’indice de préférence chute et le temps passé sur l’odeur diminue. La photo-inhibition, écrivent les auteurs, empêche le rappel du souvenir olfactif d’enfance.
Le marquage de l’activité neuronale allait dans le même sens : chez les souris élevées dans la cage enrichie, ces neurones du premier jour s’allumaient davantage à l’odeur d’enfance que chez les témoins.

Le souvenir déménage avec l’âge
À deux mois, le rappel s’accompagne d’une connectivité renforcée entre le bulbe olfactif, l’hippocampe dorsal, le cortex orbitofrontal et le putamen caudé : les circuits de la mémoire et de la récompense. À six mois, la carte a changé. Les neurones nés juste après la naissance se désengagent, la connectivité bascule vers le système limbique et l’hippocampe dorsal décroche du réseau.
La persistance a une condition : le souvenir ne tient dans la durée que si l’odeur est recroisée. L’enquête humaine donne le même indice, avec 82 % de répondants qui déclarent retrouver périodiquement l’odeur de leur souvenir au fil de la vie.
Ce que Proust a à voir là-dedans
Le mot « madeleine » est partout dans les commentaires, y compris dans celui que Chloé Guillaume et Elisa Galliano, de l’Université de Cambridge, ont signé : elles ont publié un commentaire dans la même revue le lendemain, où elles rappellent le fameux effet Proust, le goût du gâteau qui ramène le thé d’une tante aimée. La référence est littéraire. Le mécanisme, lui, est décrit chez la souris, et la partie humaine de l’étude reste déclarative.
Le bulbe olfactif continue de se développer pendant l’enfance, rappelle l’Université Claude Bernard Lyon 1, ce qui laisse de la place à ces recrues très précoces. Ailleurs dans le cerveau, la neurogenèse adulte nourrit d’autres pistes, du côté de l’humeur.
Une odeur d’enfance ne se conserve donc pas toute seule. Proust avait prévu le gâteau. Pas qu’il faille le refaire.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion - 2
Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés - 3
Steam Frame, 72 heures pour acheter après le tirage au sort - 4
Nouveau félin : le tilcayo, premier chat décrit depuis un siècle - 5
Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre
Nos dossiers
- France395
- Science271
- Culture193
- Consommation173
- Patrimoine165
- Santé publique161
- IA161
- Sport159
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

