Une carotte de sédiments marins ouverte dans un bac de laboratoire, traversée par une fine couche claire de cendre volcanique.

97 millions d’années pour un fossile, comment le sait-on sans carbone 14 ?

Le carbone 14 s’arrête vers 50 000 ans. Pour dater des fossiles de 97 millions d’années, les géologues lisent l’uranium des cendres volcaniques et les microfossiles, et chaque date porte sa fourchette.

Sommaire
  1. D’où sortent les 97 millions d’années ?
  2. Pourquoi le carbone 14 ne marche-t-il pas sur un fossile ?
  3. Quelle horloge prend le relais après le carbone 14 ?
  4. Comment date-t-on un fossile de dinosaure ?
  5. Et quand il n’y a pas de cendre ?
  6. Que veut dire le « ± » après une date ?

Décryptage

Vous avez lu qu’un fossile avait 97 millions d’années et vous vous demandez qui a bien pu compter ? Pas le carbone 14 : son horloge s’arrête vers 50 000 ans, selon l’USGS, le service géologique américain. Les magnétofossiles présentés comme le plus ancien « GPS » animal connu, relayés par ScienceDaily le 2 octobre 2026, tirent leur âge des couches qui les enferment. Ces couches se datent grâce à l’uranium des cendres volcaniques, une horloge à vie très longue, et grâce aux microfossiles.

D’où sortent les 97 millions d’années ?

D’une carotte forée à Holland Park, en Virginie. Courtney Wagner, Ioan Lascu et leurs collègues y ont décrit en 2024 les plus anciens magnétofossiles géants connus, vieux d’environ 97 millions d’années (Communications Earth & Environment, 2024). L’étude de Cambridge, menée par Richard Harrison et parue le 20 octobre 2025, a scanné un autre grain. Il vient d’un forage de l’Atlantique Nord, le trou U1403B, dans des sédiments d’environ 56 millions d’années (l’étude complète). Le communiqué de l’université, publié le 18 novembre 2025, ne retient que les 97 millions d’années. Ce que ce grain sait faire est raconté dans notre article sur cette boussole animale.

Pourquoi le carbone 14 ne marche-t-il pas sur un fossile ?

Parce qu’il disparaît trop vite. À la mort d’un organisme, son stock de carbone 14 fond de moitié tous les 5 730 ans. Un fossile de 50 000 ans ne garde que 0,24 % de son carbone 14 d’origine, à peine un atome sur 420. En pratique, les laboratoires rendent souvent un simple « supérieur à 45 000 BP », comme le détaille notre mode d’emploi des dates archéologiques. Le carbone 14 date les sites de l’archéologie ; la paléontologie compte en millions d’années.

Sur 97 millions d’années, 16 928 demi-vies se sont écoulées. Zéro atome à mesurer. Les horloges des géologues tournent beaucoup plus lentement : en 97 millions d’années, l’uranium 235 n’a perdu que 9,1 % de ses atomes, et l’uranium 238 seulement 1,5 %.

Seules les horloges à demi-vie longue gardent assez d’atomes après 97 millions d’années pour dater une roche ; le carbone 14 est épuisé. Part calculée à partir des demi-vies de l’USGS, selon la loi de décroissance radioactive.
Seules les horloges à demi-vie longue gardent assez d’atomes après 97 millions d’années pour dater une roche ; le carbone 14 est épuisé. Part calculée à partir des demi-vies de l’USGS, selon la loi de décroissance radioactive.
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Quelle horloge prend le relais après le carbone 14 ?

Les isotopes à vie longue. L’uranium 238 se change en plomb 206 avec une demi-vie de 4,5 milliards d’années. Le potassium 40 devient de l’argon 40 en 1,25 milliard d’années (USGS). Le principe reste celui du carbone 14 : on mesure ce qui reste de l’atome parent et ce qui s’est accumulé de l’atome fils. Ces horloges s’usent à peine en 97 millions d’années, mais elles avancent assez pour être lues. Elles ne datent pas l’os lui-même. Elles datent des minéraux nés d’un seul coup, dans une lave ou une cendre volcanique, puis restés fermés depuis.

Ce que 97 millions d’années font à chaque horloge atomique (demi-vies USGS ; demi-vies écoulées et part transformée calculées par Actu Alt Plus).
Isotope parentDemi-vie (millions d’années)Demi-vies écoulées en 97 millions d’annéesPart transformée (%)
Carbone 140,0057316 928100
Uranium 235 (vers plomb 207)7040,1389,1
Potassium 40 (vers argon 40)1 2500,0785,2
Uranium 238 (vers plomb 206)4 5000,0221,5
Thorium 232 (vers plomb 208)14 0000,00690,5
Rubidium 87 (vers strontium 87)48 8000,0020,1

Comment date-t-on un fossile de dinosaure ?

En sandwich. Plutôt que l’os, on date les couches volcaniques situées juste au-dessus et juste en dessous. Une bentonite renferme des cristaux de zircon et de sanidine, datables à l’uranium-plomb et à l’argon-argon. Au Colorado, quatre bentonites encadrent ainsi la limite entre le Cénomanien et le Turonien, deux étages du Crétacé, l’époque des dinosaures. Croisées avec les cycles astronomiques inscrits dans les strates, elles placent cette limite à 93,90 millions d’années (Meyers et al., Geology, 2012). Tout ce qui repose entre deux cendres datées a un âge compris entre les deux.

Et quand il n’y a pas de cendre ?

On date par reconnaissance. À Holland Park, le repère est l’événement anoxique océanique 2, un épisode où les océans ont manqué d’oxygène. Sa signature chimique est un excès de carbone 13 dans les sédiments. Les nannofossiles calcaires ajoutent leur propre calendrier, espèce après espèce. Le principe consiste à reconnaître dans la carotte un épisode déjà daté ailleurs par des cendres. Les magnétofossiles de Virginie se trouvent de part et d’autre de cet épisode, ce qui leur donne leur âge.

Que veut dire le « ± » après une date ?

Il donne la largeur de la fourchette et la probabilité que le vrai âge s’y trouve. La limite Cénomanien-Turonien est datée à 93,90 millions d’années, à 0,15 million près, avec 95 % de probabilité. Cette marge de 150 000 ans vaut trois fois toute la portée du carbone 14. En proportion, elle tombe pourtant à 0,16 % : moins de 3 millimètres d’erreur sur la taille d’un adulte de 1,75 m. Une mesure de radiocarbone s’annonce couramment à ± 30 ans, mais à 68 % de probabilité seulement.

Le grain de Cambridge, lui, attend toujours son propriétaire. Aucun animal n’est identifié, et l’anguille, apparue il y a environ 100 millions d’années, n’est qu’une piste avancée par Richard Harrison.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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