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Un drone tient la position au-dessus d’une passe de Palm Beach, en Floride. Sous lui, un haut-parleur immergé lâche un grondement grave. Un requin bordé vire alors de bord et file à l’opposé, à 74 mètres de la source. Des biologistes de Florida Atlantic University (FAU) ont filmé 165 réactions de ce genre. Ils les publient le 30 juin 2026 dans Integrative Organismal Biology.
Leur résultat bouscule une hypothèse admise : on supposait les requins incapables de capter ces sons au-delà du champ proche. Des requins bordés de Floride ont réagi à un son grave émis jusqu’à 74 mètres, et 118 de leurs 165 réactions se sont produites hors du champ proche (étude FAU, 30 juin 2026). Soixante-quatorze mètres, c’est une piscine olympique et demie.
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Comment mesurer l’ouïe d’un requin qui nage librement ?
En bassin, l’expérience tourne court : l’autrice principale de l’étude, Caroline Sullivan, le formule avec une image.
« Faire des expériences d’audition en bassin, c’est voir le son rebondir sur les parois, avec des signaux complexes et confus. C’est comme être dans une maison des miroirs. »
Caroline Sullivan, autrice principale de l’étude, Florida Atlantic University
Les essais ont donc eu lieu en mer, devant les passes de Jupiter, de Palm Beach et de Pompano Beach, par 2 à 5 mètres de fond. Le requin bordé (Carcharhinus limbatus) y abonde. « Leur abondance et leur accessibilité nous ont permis de les observer d’en haut sans perturber leur comportement naturel », explique Stephen Kajiura, professeur de biologie à FAU, qui a dirigé l’étude.
Le haut-parleur émet à 140 décibels (référence 1 micropascal, mesurée à 1 mètre). Il joue trois bandes de fréquences : 100 à 200 hertz, 200 à 400 hertz et 400 à 800 hertz. Un son témoin de 10 kilohertz, hors du registre des requins, complète le jeu. Des hydrophones calibrés cartographient le niveau sonore selon la distance. Le drone, posté entre 40 et 50 mètres d’altitude, filme la scène. L’analyse image par image donne ensuite la distance de réaction et l’angle du virage.
Aucun requin n’a été dressé, et le signal mesuré est un réflexe : dès qu’il détecte le son, l’animal pivote de 20 à 160 degrés et s’éloigne vite du haut-parleur, un demi-tour orienté qui indique qu’il situe la source. Le requin bordé ne s’attarde visiblement pas pour écouter la suite du concert. Sur 209 diffusions du son témoin, zéro réaction.
Que vaut ce chiffre de 74 mètres ?
Les 74 mètres sont un maximum, obtenu dans la bande la plus grave. La distance moyenne y tombe à 40,7 mètres, avec un écart-type de 10,7 mètres. Le record vaut donc 1,8 fois la réaction typique. C’est l’un des réflexes pour lire un chiffre marin : chercher la moyenne et sa marge derrière le record.
Bande par bande, les mesures de l’étude se lisent ainsi, avec deux colonnes calculées à partir de ses valeurs.
| Bande de fréquence | Diffusions | Réactions | Taux de réaction | Distance moyenne (m) | Distance record (m) | Limite du champ proche (m) | Record ÷ limite |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 100-200 Hz | 72 | 59 | 81,9 % | 40,7 ± 10,7 | 74,0 | 45 | 1,6 |
| 200-400 Hz | 54 | 47 | 87,0 % | 41,0 ± 15,6 | 66,1 | 22,5 | 2,9 |
| 400-800 Hz | 83 | 59 | 71,1 % | 30,0 ± 12,8 | 61,8 | 11,3 | 5,5 |
| 10 kHz (témoin) | 209 | 0 | 0 % | n/a | n/a | 0,5 | n/a |
Le tableau réserve une surprise dans la bande 100-200 hertz : la moyenne reste sous la limite du champ proche, fixée à 45 mètres, soit trois longueurs d’onde. À 400-800 hertz, cette limite tombe à 11,3 mètres et le record la dépasse 5,5 fois. Plus le son est aigu, plus le champ lointain commence près de la source. La part de réactions lointaines dépend donc autant de la fréquence que de l’oreille du requin.
Une oreille sans vessie natatoire, réglée sur le grave
Les requins n’ont pas la vessie natatoire remplie de gaz qui aide nombre de poissons osseux à entendre. Ils comptent sur leur oreille interne, dont une structure nommée macula neglecta. Selon FAU, ils perçoivent le mouvement des particules d’eau associé au son, même loin de la source. Le mécanisme exact reste à établir, souligne le magazine ScienceAlert.
Le grave leur parle mieux : pour déclencher une réaction, il fallait en moyenne 16,0 décibels au-dessus du bruit ambiant à 100-200 hertz. Il en fallait 27,8 à 200-400 hertz et 44,6 à 400-800 hertz. « Pouvoir détecter des sons à des centaines de pieds et y répondre donne à ces prédateurs une source d’information importante sur leur environnement », résume Stephen Kajiura.
Chez un lointain cousin, le requin du Groenland, six cornées mesurées avaient déjà démenti sa cécité supposée. Pour le requin bordé, une pièce manque encore : le nombre de cellules sensorielles de sa macula neglecta n’a jamais été compté.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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