Grande mosaique communautaire recouvrant un mur de parc dans l'Est londonien

A Londres, des mosaïques monumentales naissent des mains de personnes en rétablissement

Depuis plus de quinze ans, le Hackney Mosaic Project installe des oeuvres géantes dans les parcs de l'Est londonien. Ses bénévoles, souvent en soin pour dépression, addiction ou PTSD, y trouvent bien plus qu'une occupation.

Chaque mercredi et vendredi, entre 14 h et 17 h, une table s’installe dans le pavillon du parc Hackney Downs : des dizaines de tesselles, des nippeurs, des plats de mortier. Autour, des gens de tous âges s’assoient et recommencent à poser des fragments. Il y a là des personnes en rétablissement d’une addiction, d’autres qui traversent une dépression ou un état de stress post-traumatique, et des voisins du quartier venus juste pour voir. Ce que le Hackney Mosaic Project a compris depuis longtemps, c’est que le geste de poser une petite pièce de verre dans du mortier frais fait quelque chose au cerveau que les mots ne font pas toujours.

Fondé par l’architecte et artiste Tessa Hunkin, le projet court depuis plus de quinze ans. Les mosaïques qu’il produit couvrent des murs, des bancs et des trottoirs de l’Est londonien, de Shepherdess Walk à Hoxton jusqu’aux allées de Hackney Downs Park. Ce ne sont pas de modestes panneaux décoratifs : certaines compositions s’étendent sur plusieurs mètres, d’inspiration romaine, représentant la faune locale, les parcs du quartier ou des scènes de vie urbaine avec des passants tenant leur téléphone. La liste complète des sites se trouve sur la carte du projet.

Table d'atelier de mosaique avec tesselles, nippeurs et panneau en cours de realisation
Les ateliers du mercredi et vendredi accueillent des bénévoles de tous profils autour de la même table.

Un geste qui occupe la tête

L’idée thérapeutique est venue d’une rencontre, au début des années 2010, avec un groupe de rétablissement en santé mentale à Westminster. Tessa Hunkin, qui dirigeait alors un atelier de mosaïque commercial, a observé que les participants ne voulaient pas partir en fin de séance. Elle a formulé ce qu’elle avait vu dans une phrase restée au coeur du projet : la mosaïque donne aux gens des vacances de leur tête. La tâche exige une concentration suffisante pour interrompre les pensées intrusives, sans demander de formation préalable. Le résultat est visible à la fin de chaque session, ce qui nourrit l’estime de soi d’une façon que peu de thérapies verbales peuvent reproduire à court terme.

Le projet recrute ses bénévoles auprès des services de rétablissement de Hackney et dans la communauté locale. Les deux groupes ont d’abord travaillé séparément, puis Tessa Hunkin a supprimé cette division : aujourd’hui, des enfants, des personnes en rétablissement avancé ou encore fragile, et des riverains se retrouvent autour de la même table et du même pan de mur. Dans l’entretien accordé à Spitalfields Life en avril 2025, elle décrit comment certains bénévoles ont simplement remplacé une addiction par une addiction à la mosaïque, sans ironie.

Les techniques utilisées s’appuient largement sur les modèles romains, ceux-là mêmes que Tessa Hunkin avait trouvés fastidieux quand elle faisait des kilomètres de bordures pour des clients commerciaux : des unités simples répétées, qui coulent facilement d’une à l’autre, et qui permettent à un débutant de contribuer à une composition d’ensemble sans jamais perdre le fil. C’est précisément cette caractéristique qui en fait un outil thérapeutique efficace : le geste est rythmique et répétitif, comme le tricot ou la broderie, mais il produit quelque chose de visible dans l’espace public.

Mosaique circulaire coloree incrustee dans un chemin de parc londonien
Au square Canalside, une mosaique circulaire a ete encastree dans le sol du parc, accessible a tous.

Des oeuvres inscrites dans la rue

La plus grande réalisation du projet reste les mosaïques de Shepherdess Walk, dans le quartier de Hoxton. Les murs et les trottoirs du parc y sont recouverts de compositions inspirées de la vie est-londonienne : les parcs de l’arrondissement répertoriés sur deux grandes parois, des animaux locaux, des personnages en train de regarder leur téléphone. Chaque artiste ayant contribué a inscrit son prénom dans une colonne de brique. A Hackney Downs Park, une autre série représente cinquante portraits de chiens du voisinage. Dans le square Canalside le long d’Arlington Avenue, une grande mosaïque circulaire a été encastrée dans le sol. Chaque oeuvre est permanente et accessible sans billet.

En 2023, le projet a lancé une commande pour le River Place Health Centre d’Islington : une grande fresque en facade, puis des bancs extérieurs en béton recouverts de motifs floraux, réalisés avec plus de cent patients de la structure, dont des personnes en rétablissement. Les ateliers hebdomadaires se tiennent normalement les mercredis, vendredis et certains samedis après-midi. Cette année, l’avenir du pavillon qui accueille l’atelier sur Hackney Downs est incertain, la mairie envisageant de le transformer en café.

En France, la médiation artistique comme levier thérapeutique s’est développée dans de nombreux hôpitaux psychiatriques et centres de soin : des projets de mosaïque, de fresque ou de céramique y accompagnent des personnes en rétablissement, souvent dans des cadres institutionnels. Ce que le Hackney Mosaic Project a fait en plus, c’est d’installer le résultat dans la rue, là où n’importe qui peut tomber dessus un matin de passage.

En bref

C’est quoi, le Hackney Mosaic Project ?
Un projet d’art communautaire londonien fondé par l’artiste Tessa Hunkin, qui réalise de grandes mosaïques dans les parcs et rues de Hackney depuis plus de quinze ans, avec des bénévoles souvent en rétablissement d’addiction ou de troubles de santé mentale.

En quoi la mosaïque est-elle thérapeutique ?
Le geste répétitif exige assez de concentration pour interrompre les pensées intrusives, sans formation préalable. Le résultat visible en fin de séance renforce l’estime de soi. Selon Tessa Hunkin, cela donne aux participants des vacances de leur tête.

Qui peut participer aux ateliers ?
Les ateliers sont ouverts aux personnes orientées par les services de rétablissement de Hackney et aux habitants du quartier. Ils ont lieu les mercredis et vendredis de 14 h à 17 h et certains samedis, sous réserve de la situation actuelle du pavillon de Hackney Downs.

Ou voir ces mosaïques ?
A Shepherdess Walk (Hoxton), Hackney Downs Park, le square Canalside sur Arlington Avenue, et devant plusieurs batiments de Hoxton. Le site du projet propose une carte interactive de toutes les installations.

Un lien avec la pratique en France ?
La médiation artistique existe dans de nombreux établissements de soin français, mais le Hackney Mosaic Project se distingue par l’inscription permanente des oeuvres dans l’espace public, accessibles à tous sans billet ni rendez-vous.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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