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Sommaire
Récit
Vous avez un lecteur de 10 ans à la maison ? Un garçon de cet âge a décidé, à Londres, de la publication du Hobbit. Son rapport de lecture est daté du 30 octobre 1936. Il s’appelait Rayner Unwin, il était le fils de l’éditeur, et il a touché un shilling pour cet avis.
La maison s’appelait George Allen & Unwin. Son patron, Stanley Unwin, tenait une conviction simple : un livre pour enfants se juge d’abord par un enfant. Il faisait donc lire les manuscrits jeunesse à son fils. Et il le payait, un shilling par note écrite. « De l’argent, en ce temps-là », s’amusera Rayner bien plus tard dans un entretien publié.
En bref
- Le 30 octobre 1936, Rayner Unwin, 10 ans, rend le rapport de lecture qui décide de la publication du Hobbit.
- Son père, l’éditeur Stanley Unwin, payait chaque note de lecture un shilling.
- Le livre sort chez George Allen & Unwin le 21 septembre 1937, avec les dessins et les cartes de Tolkien.
- Devenu éditeur à son tour, le même Rayner défendra Le Seigneur des anneaux en acceptant d’y perdre mille livres.
Un shilling la note de lecture
À l’automne 1936, un manuscrit arrive chez l’éditeur londonien. Il vient d’un professeur d’Oxford qui enseigne le vieil anglais et raconte l’histoire d’un petit personnage casanier, embarqué malgré lui dans un très long voyage. Stanley Unwin le confie à son fils, contre un shilling.
Le tarif n’a l’air de rien. Il dit pourtant l’essentiel : l’avis de l’enfant est un travail commandé, pas une politesse de fin de dîner. Un shilling, une note, une décision.
Rayner est un lecteur représentatif : exactement le public visé, avec ses goûts, son ennui et son attention limitée. C’est tout l’intérêt du dispositif. Un comité d’adultes discute de ce que les enfants aimeraient. Celui-là aime, ou n’aime pas.
Le verdict tient en une phrase
Rayner rend sa copie le 30 octobre 1936. Elle tient en une phrase, écrite à la main : « This book, with the help of maps, does not need any illustrations it is good and should appeal to all children between the ages of 5 and 9. » Soit : ce livre, avec l’aide de cartes, n’a besoin d’aucune illustration ; il est bon et devrait plaire à tous les enfants de 5 à 9 ans.
Aucune réserve, aucun conditionnel prudent, aucune note de vingt pages. « Ce n’était pas un grand morceau de critique littéraire », reconnaîtra l’intéressé dans sa notice biographique, « mais en ces jours heureux, aucun second avis n’était nécessaire : si je disais qu’un livre était assez bon pour être publié, il était publié. »

Une ligne a tout de même mal vieilli. Le livre paraît l’année suivante chez George Allen & Unwin « avec des illustrations et des cartes de l’auteur », note la chronologie officielle de la succession Tolkien. Le seul conseil que personne n’a suivi portait justement sur les images. Il avait raison sur le reste.
32 ans avant d’arriver en français
Reste le détour par la France, et il est long. Le Hobbit paraît en anglais le 21 septembre 1937 sur l’avis d’un lecteur de 10 ans ; sa traduction française ne sort qu’en 1969, 32 ans plus tard. La notice de la BnF date de cette année-là l’édition Stock, 287 pages, 25 francs. Une seconde traduction suivra en 2012.
32 ans, c’est le temps qu’il faut à un enfant de 1937 pour devenir grand-père. Le verdict rendu dans un salon de Londres a mis tout ce délai à atteindre une chambre de Lyon ou de Brest. Le petit personnage casanier, lui, avait eu le temps de devenir un classique.
Mille livres à perdre
La boucle se referme quinze ans après le shilling. Rayner Unwin entre dans la maison familiale en 1951. On lui soumet bientôt un manuscrit qui n’a rien d’un roman court, signé du même professeur d’Oxford : Le Seigneur des anneaux.
Il écrit à son père qu’il faut le publier, chiffres à l’appui, et prévient : la maison risque d’y perdre mille livres. Sir Stanley répond. « Si vous pensez que c’est une œuvre de génie, alors vous pouvez perdre mille livres. »
Questions courantes
Quel titre porte Le Hobbit en français ?
Deux, selon l’édition : Bilbo le Hobbit ou Histoire d’un aller et retour, traduit par Francis Ledoux pour Stock, et Le Hobbit, traduit par Daniel Lauzon pour Christian Bourgois.
Pourquoi deux traductions françaises ?
Celle de 1969 colle de très près au texte anglais et laisse les noms propres tels quels. Celle de 2012 suit le guide de traduction rédigé par Tolkien lui-même, dont Francis Ledoux ne disposait pas.
Qu’est devenu Rayner Unwin ?
Il a fait toute sa carrière dans l’édition et a présidé George Allen & Unwin. Né le 23 décembre 1925, il est mort le 23 novembre 2000.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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