Store métallique baissé devant une large vitre d’observation, dans une salle institutionnelle vide éclairée au néon.

Christa Pike, exécution interrompue : le droit américain n’interdit pas de recommencer

Deux doses de pentobarbital n’ont pas suffi, et le Tennessee a suspendu ses exécutions. Huit procédures américaines interrompues en cours depuis 1946 disent ce qui se passe ensuite : un seul État a renoncé à recommencer.

Sommaire
  1. Le fait
  2. Notre regard
  3. La nuance
  4. À surveiller

Décryptage

53 minutes après l’injection, Christa Pike respirait encore. Les agents de la prison de Riverbend, à Nashville, lui ont administré deux doses de pentobarbital vers 20 heures le 30 septembre 2026. À 20 h 53, les témoins de presse ont été priés de sortir, et on l’entendait ronfler. Elle a été transportée à l’hôpital, où elle recevait des soins vitaux le 1er octobre. Rien, dans le droit américain, n’interdit à un État de recommencer : la Cour suprême l’a jugé en 1947, celle de l’Ohio l’a confirmé en 2016.

Le fait

Christa Gail Pike a 50 ans. Un jury l’a condamnée à mort en 1996, à l’âge de 20 ans, pour le meurtre de Colleen Slemmer, 19 ans, une ancienne camarade du centre Job Corps de Knoxville tuée en 1995.

Kim Chandler, journaliste de l’Associated Press désignée comme témoin, a rapporté la scène. Pike « a regardé vers les responsables de la prison et demandé si c’était censé faire cet effet », puis elle « s’est mise à ronfler fort ». Les stores de la chambre d’exécution avaient été refermés à 20 h 06. Quand les témoins ont quitté le bâtiment, elle était « manifestement bien vivante », indique le récit de la soirée.

Bill Lee, gouverneur du Tennessee, a tranché le 1er octobre. Il a ordonné « un examen complet, par un tiers, pour déterminer exactement ce qui s’est produit ». Il a annoncé que « l’exécution restante programmée ne sera pas menée à bien cette année ». Exécuter une peine légalement prononcée est « l’une des responsabilités les plus sérieuses de l’État », écrit-il. Les habitants du Tennessee attendent, selon lui, que ce soit fait d’une manière « non seulement légale et constitutionnelle, mais efficace ».

Des témoins de la soirée racontent devant la caméra.

Vidéo : M6 Info

Depuis 1946, huit exécutions américaines interrompues en cours sont documentées avant celle de Christa Pike, le 30 septembre 2026 : trois de ces condamnés ont été exécutés plus tard, trois sont morts en détention, deux attendent encore, et un seul État a renoncé à recommencer.

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Notre regard

La question est tranchée depuis 79 ans, et elle l’a été à une voix près. Le 13 janvier 1947, la Cour suprême des États-Unis a autorisé la Louisiane à remettre Willie Francis dans sa chaise électrique, par cinq voix contre quatre. L’adolescent avait survécu à une première tentative le 3 mai 1946 : la chaise avait été mal montée.

L’arrêt Francis contre Resweber pose deux règles. Sur la double peine : « lorsqu’un accident, sans aucune suggestion de malveillance, empêche l’accomplissement d’une sentence, la suite donnée par l’État à l’administration de son droit pénal n’est pas affectée de ce fait par une quelconque exigence de procédure régulière découlant du quatorzième amendement ». Le second argument vise le châtiment cruel. La Cour écrit : « la cruauté contre laquelle la Constitution protège un condamné est la cruauté inhérente à la méthode de punition, non la souffrance nécessaire à toute méthode employée pour éteindre une vie humainement ». Quatre juges ont écrit contre.

Le précédent a servi récemment. Le 16 mars 2016, la Cour suprême de l’Ohio a écarté par quatre voix contre trois les arguments de Romell Broom, dont l’exécution avait été abandonnée après deux heures de recherche de veine, et autorisé une seconde tentative. C’est la mécanique américaine : la Cour suprême dit ce que la Constitution interdit, protection par protection, des mandats de géolocalisation de masse à la méthode d’exécution.

L’inventaire des tentatives interrompues tient en neuf noms.

Exécutions américaines interrompues en cours depuis 1946, et ce que l’État a fait ensuite.
CondamnéÉtatTentative interrompueCe qui a suivi
Willie FrancisLouisiane3 mai 1946Exécuté le 9 mai 1947
Romell BroomOhio15 septembre 2009Mort en détention le 28 décembre 2020
Alva CampbellOhio15 novembre 2017Mort en détention le 3 mars 2018
Doyle Lee HammAlabama22 février 2018Mort en prison en 2021, l’Alabama ayant renoncé à l’exécuter par un accord de mars 2018
Alan Eugene MillerAlabama22 septembre 2022Exécuté à l’azote le 26 septembre 2024
Kenneth Eugene SmithAlabama17 novembre 2022Exécuté à l’azote le 25 janvier 2024
Thomas CreechIdaho28 février 2024Retour en cellule, toujours condamné à mort
Tony CarruthersTennessee21 mai 2026Sursis d’un an accordé par le gouverneur
Christa Gail PikeTennessee30 septembre 2026Examen indépendant ordonné, aucune date fixée

Un seul État a renoncé à recommencer : l’Alabama, pour Doyle Lee Hamm, par un accord de mars 2018. Dans ses deux autres dossiers, l’Alabama a changé de méthode avant de recommencer. Le Tennessee avait déjà interrompu l’exécution de Tony Carruthers le 21 mai 2026.

Et chez nous ?

La nuance

En France, la question n’a plus d’objet depuis quarante-cinq ans. L’article 1er de la loi du 9 octobre 1981 tient en six mots : « La peine de mort est abolie. » Le texte a été publié au Journal officiel le 10 octobre 1981. L’interdiction est entrée dans la loi fondamentale le 23 février 2007, à l’article 66-1 de la Constitution : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort. » La France a ensuite ratifié le protocole n° 13 à la Convention européenne des droits de l’homme, qui abolit la peine capitale en toutes circonstances. Il a été publié par décret le 27 février 2008.

Le précédent de 1947 portait pourtant sur un accident mécanique. Ici, deux doses d’un sédatif n’ont pas produit l’effet annoncé : c’est le protocole lui-même qui est en question, et c’est ce que l’examen ordonné par le gouverneur doit établir. L’injection létale affiche d’ailleurs le taux de défaillance le plus élevé des cinq méthodes de l’inventaire des exécutions ratées : 7,1 % sur 1 054 exécutions entre 1890 et 2010, contre 1,92 % pour l’électrocution et 3,15 % toutes méthodes confondues. Ces taux s’arrêtent à l’année 2010.

À surveiller

Trois inconnues. L’état de santé de Christa Pike d’abord : ses avocats disaient ignorer son pronostic. Le périmètre et le calendrier de l’examen indépendant ensuite : ni l’identité du tiers ni la date des conclusions n’ont été annoncées. La suite judiciaire enfin : c’est devant les tribunaux qu’une contestation fondée sur le huitième amendement se jouerait, comme pour Broom en 2016.

Au 2 octobre 2026, le Tennessee n’apparaît plus au calendrier des exécutions américaines, ni pour la fin 2026 ni pour 2027 : les dates listées concernent le Texas, la Floride, l’Indiana, l’Alabama et l’Ohio.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Malik » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Monde & Pop Monde : l’actualité internationale reliée à la France, avec ce qu’elle change ici.

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