Requin lutin au long museau aplati glissant dans l'eau noire des grands fonds

Le requin lutin, fossile vivant de 125 millions d’années, filmé pour la première fois dans son abysse

On ne connaissait ce requin des profondeurs que mort, remonté par accident. Deux caméras viennent de le surprendre vivant, plus bas que jamais.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un fantôme qu'on ne voyait que mort
  3. La fosse des Tonga, 700 mètres plus bas que prévu
  4. Un survivant de 125 millions d'années
  5. Ce que cela dit de l'océan sous nos pieds
  6. Questions courantes

Récit

Il n’existe pas de nuit plus totale que celle des grands fonds. À près de deux mille mètres sous le Pacifique, là où la lumière n’est plus qu’un lointain souvenir, une caméra appâtée patiente, seule, posée sur la pente d’une fosse. Dans le halo de l’objectif surgit alors un museau que personne n’avait jamais vu remuer dans son élément : celui du requin lutin.

Pendant plus d’un siècle, nous n’avons connu ce squale que remonté au bout d’une ligne, agonisant à l’air libre. Une étude parue le 8 juillet dans le Journal of Fish Biology renverse la donne : deux individus en pleine santé ont été filmés chez eux, dont un près de 700 mètres plus bas que la profondeur où l’espèce était réputée vivre. Un record pour tout l’ordre des requins maquereaux.

En bref

  • Une observation relevée sur la pente de la fosse des Tonga, à près de 2 000 m, soit environ 700 m sous la profondeur connue de l’espèce, nouveau record pour l’ordre des Lamniformes (relais francophone).
  • Deux requins lutins vivants et sains filmés dans le Pacifique central, une première mondiale en pleine mer.
  • Un animal qui reste le dernier survivant d’une lignée vieille de 125 millions d’années.
  • Une aire de répartition connue nettement élargie par ces deux images.

Un fantôme qu’on ne voyait que mort

Le paradoxe tient en une phrase. Jusqu’à cette étude, chaque vidéo de requin lutin vivant provenait d’un animal déjà condamné, hameçonné par accident puis hissé à la surface, où il ne survivait que quelques instants. De son quotidien dans le noir, nous ne savions presque rien.

La première image ne vient même pas d’une expédition dédiée. En 2025, un doctorant de l’université d’Hawaï à Manoa, Aaron Judah, épluche les archives d’une plongée de 2019 menée au large de l’île Jarvis. Sur une vidéo du robot Hercules, diffusée en direct à l’époque puis rangée dans un fonds public, un museau caractéristique traverse le champ. Le fantôme était là, sous nos yeux, depuis six ans.

Spécimen de requin lutin conservé en collection de muséum, rostre et mâchoires visibles
Confirmer l’espèce a demandé de comparer la silhouette aux rares spécimens conservés.

Confirmer l’espèce a demandé de comparer la silhouette avec les rares spécimens conservés en collection. Ce long rostre aplati, ces mâchoires qui semblent décrochées, ne laissent guère de place au doute.

La fosse des Tonga, 700 mètres plus bas que prévu

La seconde rencontre, elle, a été provoquée. En 2024, une équipe du Minderoo-UWA Deep-Sea Research Center descend une caméra appâtée au fond de la fosse des Tonga, depuis le navire de recherche Dagon. L’appât fonctionne : un requin lutin s’approche, nage librement, se laisse filmer sans savoir qu’il écrit une première.

Selon les chercheurs, cette observation se situe près de 700 mètres sous la profondeur où l’espèce était connue, et devient la plus profonde jamais enregistrée pour l’ensemble des Lamniformes, le groupe qui réunit le grand requin blanc, le requin mako et le requin pèlerin.

Comparaison entre la profondeur connue du requin lutin et l'observation record de la fosse des Tonga
Graphique Actu Alt Plus. Sources : Journal of Fish Biology (2026) et fiches de référence sur l’espèce.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Le graphique le dit d’un coup d’oeil. La frontière que l’on situait autour de 1 300 mètres vient de reculer d’un tiers, portée à près de 2 000 mètres par une seule image, d’après les chiffres repris par la presse spécialisée.

Un survivant de 125 millions d’années

Si le requin lutin fascine autant, c’est qu’il est seul de sa famille au sens propre. Il est le dernier représentant d’une lignée de squales apparue il y a près de 125 millions d’années, du temps des dinosaures. On le surnomme fossile vivant, au même titre que le coelacanthe.

Sa mâchoire, en revanche, n’a rien d’archaïque. Dans l’obscurité totale, il repère ses proies grâce aux capteurs électriques logés dans son rostre, puis projette ses mâchoires vers l’avant à plus de trois mètres par seconde pour les happer. Une catapulte biologique, affinée par des millions d’années d’abysses.

Silhouette d'un poisson dans l'obscurité d'une fosse océanique, faible halo d'une caméra de fond
Sur la pente de la fosse des Tonga, une caméra appâtée a surpris l’animal à près de 2 000 mètres.

D’autres requins et thons voient déjà leur monde bouger avec la surchauffe des océans. Le requin lutin, lui, vit si bas et si loin qu’il nous échappe encore presque entièrement.

Ce que cela dit de l’océan sous nos pieds

La leçon des auteurs est presque humble. Ces deux images ne changent pas seulement une fiche encyclopédique, elles rappellent que la vieille histoire naturelle, celle qui observe patiemment plutôt qu’elle ne modélise, reste indispensable dans les grands fonds. Une espèce que l’on croyait cantonnée au large des États-Unis, du Japon et de l’Australie occupe en fait aussi le Pacifique central.

Concrètement, un animal que l’on ne savait même pas présent dans une zone peut désormais entrer dans les inventaires de biodiversité et dans les plans de gestion régionaux. On protège mal ce que l’on ignore. Et si un prédateur de cette taille a pu se cacher aussi longtemps à deux mille mètres, la question n’est plus de savoir s’il reste des choses à découvrir en bas, mais combien.

Questions courantes

Le requin lutin est-il dangereux pour l’homme ?
Non. Il vit dans le noir des grands fonds, loin de tout nageur, et n’a jamais représenté la moindre menace pour les baigneurs.

Pourquoi parle-t-on d’un fossile vivant ?
Parce qu’il est le dernier survivant d’une famille de requins apparue il y a près de 125 millions d’années, dont il a gardé l’allure très ancienne.

Pourquoi ne l’avait-on jamais filmé vivant chez lui ?
Parce qu’il vit très profond, en très faible densité, dans l’obscurité totale. Jusqu’ici, on ne l’observait que remonté par accident, déjà mourant.

Qu’est-ce que ces images changent vraiment ?
Elles élargissent son aire de répartition connue, établissent un record de profondeur pour tout l’ordre des Lamniformes et l’inscrivent dans de nouveaux inventaires de biodiversité.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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