Coupole d'un petit télescope de surveillance ouverte avant l'aube sur un plateau désertique d'altitude, ciel bleu sombre encore étoilé

3I/ATLAS : 202 jours de traque pour un passage sans retour

Découverte le 1er juillet 2025 par le relevé ATLAS, la comète interstellaire 3I/ATLAS a été photographiée par seize engins en 202 jours. Le récit de cette campagne en images, jusqu'au spectre du 6 août et au point de fuite.

Sommaire
  1. Le point qui glisse
  2. Le chiffre qui ferme la porte
  3. Seize engins, une seule cible
  4. Le point de fuite

Essai visuel

Le point qui glisse

Un télescope de surveillance ne cherche jamais un objet : il cherche un mouvement. Dans la vallée de Río Hurtado, au Chili, la machine du relevé ATLAS photographie le même carré de ciel plusieurs fois d’affilée, puis compare les images. Presque toutes les nuits, rien ne bouge. Le 1er juillet 2025, quelque chose bouge. Sur l’animation de découverte que la NASA a versée depuis dans sa galerie d’images, un point pâle se décale d’un cliché à l’autre pendant que les étoiles restent clouées au fond. La mesure part le jour même au Centre des planètes mineures.

Il faudra encore quelques jours de calcul pour comprendre ce que ce décalage raconte. L’objet s’appellera 3I/ATLAS : le I d’interstellaire, et le chiffre 3 parce qu’il n’y en avait eu que deux avant lui, 1I/’Oumuamua en 2017 et 2I/Borissov en 2019.

Le chiffre qui ferme la porte

Ce que les astronomes cherchent dans une trajectoire, c’est un nombre : l’excentricité. En dessous de 1, l’orbite est une ellipse fermée, l’objet appartient au Soleil et il repassera un jour. À 1 exactement, c’est une parabole. Au-dessus de 1, c’est une hyperbole : une seule traversée, sans retour possible. Les éléments orbitaux publiés dans la base du JPL donnent 6,141 pour 3I/ATLAS. Pas 1,05, pas 1,2 : 6,141. Dans la même base, ‘Oumuamua plafonne à 1,20 et Borissov à 3,36.

Le reste de la fiche dit la même chose autrement. L’ESA, qui l’a suivie dès les premiers jours, décrit un corps lancé à environ 60 km/s par rapport au Soleil. La NASA chiffre le maximum à 246 000 km/h au plus près du Soleil, soit 68 km/s une fois divisé par 3 600. À cette vitesse, la gravité solaire n’a pas refermé la route : elle l’a seulement tordue au passage. Périhélie le 30 octobre 2025 à 1,36 unité astronomique, entre les orbites de la Terre et de Mars. Passage au plus près de la Terre le 19 décembre 2025, à 1,8 unité astronomique, soit 270 millions de kilomètres, presque deux fois la distance Terre-Soleil.

Champ d'étoiles en pose longue avec une petite comète diffuse et sa queue pâle, dominante bleu froid
6,141 : au-dessus de 1, une orbite ne se referme plus. À environ 60 km/s, 3I/ATLAS traverse le système solaire une fois et jamais deux.

Seize engins, une seule cible

La galerie de la NASA aligne dix-neuf vues datées. En les recomptant une à une, on obtient quinze télescopes et engins distincts : Hubble le 21 juillet 2025, la mission SPHEREx en août puis en décembre, la sonde Psyche les 8 et 9 septembre, Lucy le 16, les coronographes de STEREO, de SOHO et de PUNCH, l’orbiteur MAVEN et la caméra HiRISE de Mars Reconnaissance Orbiter début octobre, à une trentaine de millions de kilomètres, le rover Perseverance qui lève sa Mastcam depuis le sol martien le 4 octobre, l’instrument WISPR de Parker Solar Probe entre le 15 octobre et le 5 novembre, le spectrographe ultraviolet d’Europa Clipper le 6 novembre pendant sept heures. Ajoutez-y la sonde européenne Juice, absente du décompte américain : elle a observé la comète du 2 au 25 novembre 2025 avec cinq instruments, au plus près le 4 novembre à 0,4 unité astronomique, et l’ESA a rapatrié 126 fichiers, 11,18 gigabits, en deux passes de onze heures les 17 et 20 février 2026. Seize, donc.

Le moment décisif de la campagne n’est pourtant pas une image. C’est un spectre. Le 6 août 2025, quand la comète est encore à 3,32 unités astronomiques du Soleil, le spectrographe proche infrarouge du télescope spatial James Webb la vise. Le dépouillement du spectre y identifie du dioxyde de carbone, du monoxyde de carbone, de la glace d’eau, de la poussière, et une détection provisoire de sulfure de carbonyle. Surtout, il livre un rapport : 7,6 molécules de CO2 pour une molécule d’eau, à 0,3 près. C’est l’un des rapports les plus élevés jamais mesurés dans une comète, et il se situe 4,5 sigma au-dessus de la tendance que suivent les comètes nées ici.

Salle de contrôle assombrie vue de dos, un opérateur en silhouette devant des écrans bleutés couverts de courbes
Le 6 août 2025, à 3,32 unités astronomiques du Soleil, le spectre de Webb donne 7,6 molécules de CO2 pour une d’eau : la chimie d’un autre système stellaire, lue en une pose.

Le point de fuite

La dernière image de la galerie porte une signature inattendue : TESS, le satellite chasseur d’exoplanètes, à la mi-janvier 2026. Il a interrompu sa surveillance ordinaire pour une session spéciale, en calant 37 étoiles de référence le long de la trace de la comète d’après le journal d’observation du MIT. Du cliché de découverte du 1er juillet 2025 à celui du 19 janvier 2026, il s’est écoulé 202 jours. C’est la fenêtre entière pendant laquelle il a été possible de photographier ce caillou, et elle est refermée.

Depuis, plus rien ne se joue dans le ciel. Tout se joue sur des disques durs, dans les spectres à redépouiller et les archives à recouper, comme cette autre lecture de Webb qui la donne plus vieille que le Soleil. La comète, elle, continue de descendre sa branche d’hyperbole. Les notes de la NASA le formulent sans détour : elle a traversé le système solaire et poursuit sa route vers l’espace interstellaire, sans devoir jamais être revue.

Restent dix-neuf images, un spectre et un nombre à trois décimales. Nous avons photographié une chose qui ne repassera pas. C’est la définition exacte d’un document.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 12 millions d’acres brûlés : l’Oregon bat son record d’incendies avec deux mois de saison à venir2 millions d’acres brûlés : l’Oregon bat son record d’incendies avec deux mois de saison à venir
  2. 2Feux de forêt : 15 000 hectares brûlent en France chaque année (et 2026 déborde)Feux de forêt : 15 000 hectares brûlent en France chaque année (et 2026 déborde)
  3. 31,86 million d’euros engagés, 400 000 à trouver : la cascade d’un festival annulé pour canicule1,86 million d’euros engagés, 400 000 à trouver : la cascade d’un festival annulé pour canicule
  4. 420 £ pour entrer au Royaume-Uni : l’ETA obligatoire, où la demander sans se faire piéger20 £ pour entrer au Royaume-Uni : l’ETA obligatoire, où la demander sans se faire piéger
  5. 588 km seule devant : le pari fou de Haugset qui rafle le jaune88 km seule devant : le pari fou de Haugset qui rafle le jaune

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Élise, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

Articles: 419