Un alignement de paraboles de radiotélescope pointées vers le même coin du ciel étoilé, au milieu d’une brousse sèche.

1 250 gauss sur β Pictoris b, la radio livre le champ magnétique d’une exoplanète

Le réseau MeerKAT a capté des ondes radio venues de β Pictoris b, à 64 années-lumière. Les auteurs y lisent la première mesure directe du champ magnétique d’une exoplanète : au moins 1,25 kilogauss.

Vous connaissez les aurores polaires. β Pictoris b en produirait d’assez intenses pour qu’un réseau d’antennes sud-africain les repère à 64 années-lumière. Trois chercheurs du Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian et de l’université de l’Oregon ont déposé leur article le 15 septembre 2026. Ils y décrivent des ondes radio comprises entre 0,85 et 3,5 GHz, captées par le réseau MeerKAT. Ils en tirent une grandeur qu’aucune image directe ne donnait : un champ magnétique d’au moins 1,25 kilogauss.

Ces ondes ne sont pas un son, et personne ne les « entend ». Elles signalent un moteur. Un champ magnétique planétaire retient l’atmosphère, encaisse le vent de l’étoile et renseigne sur l’intérieur de l’astre. Aucun n’avait encore été mesuré directement hors du Système solaire. Le mécanisme invoqué ici porte un nom lourd : l’instabilité maser cyclotron électronique. Des électrons accélérés le long des lignes de champ rayonnent, et la fréquence la plus haute qu’ils atteignent dépend de l’intensité du champ à la source. Lire cette fréquence, c’est peser le magnétisme.

Huit heures de rotation, lues dans le signal

MeerKAT est exploité par le South African Radio Astronomy Observatory. Le réseau a pointé le système à quatre reprises : les 15 février et 31 mai 2025, puis les 20 février et 2 mai 2026. Les observations couvrent la bande L (0,856-1,712 GHz) et la bande S (1,75-3,5 GHz). Les antennes ont enregistré des sursauts brefs et répétés, polarisés circulairement à 40-70 %, plus une émission persistante en arrière-plan.

Le détail qui compte tient dans une horloge. Le premier et le troisième sursaut de la bande L sont séparés d’environ huit heures. C’est l’ordre de grandeur de la rotation de la planète : la spectroscopie la situe entre 8 et 9 heures, la photométrie du JWST à 9,00 heures. Une boule de gaz douze fois plus massive que Jupiter fait donc un tour sur elle-même le temps d’une nuit de sommeil. Le signal radio semble battre au même rythme.

Une planète géante gazeuse aux bandes orangées, ceinte de deux ovales d’aurores bleu-vert autour de ses pôles magnétiques.
Des sursauts polarisés circulairement à 40-70 % signent une aurore plutôt qu’un bruit d’étoile.

Un champ sans équivalent dans le Système solaire

Pour savoir ce que vaut 1,25 kilogauss, il faut le poser à côté des champs qu’on connaît de près.

Champs magnétiques ramenés à la même unité, le gauss
ObjetChamp magnétiqueSource
β Pictoris b, au site d’émission auroraleau moins 1 250 gaussPréprint arXiv, 15 septembre 2026
Jupiter, dipôle4,30 gaussFiche Jupiter, NASA
Jupiter, en surface selon la latitude4,0 à 13,0 gaussFiche Jupiter, NASA
Terre, en surface0,25 à 0,65 gaussNOAA, centre géomagnétique

Au moins 1 250 gauss : le champ magnétique relevé sur l’exoplanète β Pictoris b vaut environ 290 fois le dipôle magnétique de Jupiter, dans un préprint arXiv déposé le 15 septembre 2026. Le bon étalon n’est donc pas la Terre, dont le champ de surface reste entre 0,25 et 0,65 gauss d’après le centre géomagnétique de la NOAA. C’est Jupiter et ses 4,30 gauss de dipôle, relevés sur sa fiche NASA. Et β Pictoris b l’écrase.

Écarter l’étoile, puis attendre les pairs

Le groupe mobile de β Pictoris n’a qu’environ 23 millions d’années. L’étoile est jeune, active, et elle émet elle aussi en radio : c’est le point dur de la démonstration. Pour trancher, l’équipe a calé son image sur le repère céleste de Gaia grâce à neuf quasars repérés par le satellite. La source radio tombe sur la position connue de la planète. Elle s’écarte de celle de l’étoile avec une signification de 4,4 sigma.

L’article n’a pas encore passé la relecture par les pairs. Interrogé par Science News, Joe Callingham (université d’Amsterdam), extérieur à l’étude, juge les indices « convaincants » tout en classant l’affaire « à confirmer ». La preuve, dit-il, viendra le jour où les pulsations radio se caleront proprement sur la rotation de huit heures.

β Pictoris abrite un disque de débris et au moins trois planètes géantes, dont β Pictoris d (2,4 masses de Jupiter), photographiée cet été. Deux planètes du même système, deux méthodes, deux mois d’écart.

Les auteurs chiffrent la suite : un gain de sensibilité de 5 à 7 fois, promis par les radiotélescopes de nouvelle génération, mettrait sept autres exoplanètes à portée d’écoute. Sept aurores en attente d’antennes.

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusionTaratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion
  2. 2Prix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréatPrix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréat
  3. 3Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembreRésultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre
  4. 4Mondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du TourMondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du Tour
  5. 51,661 mètre à Marseille, le zéro qui fixe l’altitude de toute la France continentale1,661 mètre à Marseille, le zéro qui fixe l’altitude de toute la France continentale

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Élise, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

Articles: 374