Tissu cérébral vu au microscope, quelques rares cellules ambrées au milieu d'un réseau de neurones bleutés

Des cellules de votre mère vivent peut-être dans votre cerveau, parfois devenues neurones

Neurones, microglies, astrocytes : une équipe de Seattle a suivi ce que deviennent les cellules maternelles dans le cerveau de l’enfant. Leur rôle reste une énigme.

Sommaire
  1. Comment les distinguer des cellules de l’enfant ?
  2. Pourquoi des cellules de la mère finissent-elles dans le cerveau ?
  3. Restent-elles toute la vie ?
  4. À quoi servent ces cellules ?

Dans des fragments de cerveau retirés à des enfants épileptiques, une équipe de Seattle a trouvé des cellules qui ne leur appartiennent pas : celles de leur mère. Des cellules maternelles ont été détectées dans le cerveau de 26 enfants sur 37 (70 %), selon une prépublication du Fred Hutchinson Cancer Center mise en ligne le 10 juin 2026. Certaines étaient devenues des neurones.

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Le texte, déposé sur bioRxiv et relayé par le site Live Science, n’a pas encore été relu par d’autres scientifiques. Autre limite : les tissus viennent d’enfants malades, âgés de 28 jours à 19 ans, opérés pour faire cesser leurs crises. Rien ne garantit la même proportion dans un cerveau sans épilepsie.

Comment les distinguer des cellules de l’enfant ?

Par leurs gènes HLA, ceux qui servent de carte d’identité aux cellules face au système immunitaire. Les chercheurs ont lu sept de ces gènes dans l’ADN des mères, prélevé par un frottis à l’intérieur de la joue. Ils ont ensuite traqué, dans le tissu de l’enfant, les variantes qui n’appartenaient qu’à la mère.

En médiane, l’équipe ne compte que 2,2 génomes maternels pour 100 000 : une cellule sur 45 000 environ. Un échantillon d’hippocampe, la zone de la mémoire, montait à une cellule sur 218. Les quatre zones examinées (lobes temporal, frontal et pariétal, hippocampe) en abritaient chez 62 à 70 % des enfants testés.

Pourquoi des cellules de la mère finissent-elles dans le cerveau ?

Parce que, pendant la grossesse, le placenta laisse passer quelques cellules entre la mère et le fœtus, dans les deux sens. Certaines s’installent durablement dans les organes. Les biologistes parlent de microchimérisme, du nom de la Chimère, monstre grec à la fois lion, chèvre et serpent, comme le rappelait Scientific American en 2012.

Arrivées tôt dans un cerveau en construction, ces passagères y ont pris le métier de leurs voisines. Le séquençage de noyaux isolés a reconnu des neurones, des astrocytes, des oligodendrocytes, des cellules de vaisseaux et des microglies, les cellules immunitaires du cerveau.

Restent-elles toute la vie ?

Elles semblent se raréfier avec l’âge, sans disparaître : les chercheurs ont repris les données publiques de 32 personnes sans maladie, de la 22e semaine de grossesse à 93 ans. Des cellules au génome étranger apparaissent chez 25 d’entre elles (78 %), jusque chez l’un des donneurs les plus âgés. Cette méthode repère toute cellule différente, sans prouver qu’elle vient de la mère. Chez les plus jeunes, ce sont surtout des neurones d’une couche superficielle du cortex ; chez les plus âgés, plutôt des microglies.

Le trajet inverse laisse lui aussi des traces : en septembre 2012, l’équipe de J. Lee Nelson, cosignataire de la nouvelle prépublication, publiait dans la revue PLOS ONE l’analyse du cerveau de 59 femmes autopsiées. Elle y cherchait de l’ADN masculin, le plus probablement laissé par un fils porté. Trente-sept femmes en avaient (63 %), la plus âgée à 94 ans.

Dans les deux sens, des cellules venues d’un autre corps se retrouvent dans plus de la moitié des cerveaux étudiés
Groupe étudiéÂgesPersonnes testéesPorteusesPart (%)
Enfants opérés d’épilepsie, cellules maternelles (2026)28 jours à 19 ans372670
Donneurs sans maladie, données publiques, origine non précisée (2026)22e semaine de grossesse à 93 ans322578
Femmes sans maladie neurologique, ADN masculin d’origine probablement fœtale (2012)32 à 101 ans (deux groupes)261869
Femmes atteintes d’Alzheimer, ADN masculin d’origine probablement fœtale (2012)32 à 101 ans (deux groupes)331958

En quantité, la médiane de 2012 n’atteignait que 0,2 cellule pour 100 000, contre 2,2 chez les enfants opérés. Méthodes et populations diffèrent (chromosome Y contre gènes HLA, femmes âgées contre enfants), et l’écart reste indicatif.

À quoi servent ces cellules ?

La prépublication ne le dit pas : ses auteurs avancent, sans l’avoir testé, un possible avantage neurologique ou immunologique. Ils voient aussi dans l’intégration de ces cellules un aspect peut-être important du développement normal.

Les données de 2012 ne tranchent pas davantage. Les femmes atteintes de la maladie d’Alzheimer portaient moins souvent des cellules masculines (58 % contre 69 %), un résultat que les auteurs jugeaient inattendu et tiré d’un petit nombre de cas. Rien ne dit si ces cellules protègent ou si la maladie les fait disparaître.

En France, Nathalie Lambert, chercheuse à l’Inserm, étudie ces cellules depuis plus de vingt ans. Ses travaux de 2024 les relient à la polyarthrite rhumatoïde, une maladie auto-immune, quand d’autres équipes leur prêtent un rôle dans la cicatrisation, rapporte Le Blob, le média de la Cité des sciences.

Vrai ou faux ?

  1. Les cellules maternelles retrouvées dans le cerveau de l’enfant sont toutes des cellules immunitaires.

    Faux. La prépublication identifie aussi des neurones, des astrocytes, des oligodendrocytes et des cellules de vaisseaux.

  2. Des cellules passent aussi de l’enfant vers le cerveau de la mère.

    Vrai. En 2012, PLOS ONE rapportait de l’ADN masculin, probablement laissé par un fils, dans le cerveau de 37 femmes autopsiées sur 59.

  3. On sait que ces cellules protègent le cerveau.

    Faux. Leur rôle n’a pas été testé : les auteurs évoquent un avantage possible, sans le démontrer.

Pourquoi est-ce si dur à trancher ? Une cellule sur des dizaines de milliers ne se suit pas dans un cerveau vivant. Les tissus n’existent qu’après une opération ou un décès. Et aucune expérience ne peut retirer à un enfant les cellules de sa mère.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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