Une tablette de chewing-gum beige posée dans une boîte de Petri, à côté de tubes de prélèvement de salive sur une paillasse de laboratoire.

93 % du HPV agrégé : ce que dit vraiment l’étude du chewing-gum

Un chewing-gum au haricot lablab a piégé 93 % du HPV dans des échantillons de salive. Ce que cette étude ex vivo établit, ce qu'elle ne permet pas de conclure, et ce qui protège réellement aujourd'hui.

Sommaire
  1. D'où vient ce chewing-gum, et qu'y a-t-il dedans ?
  2. Que veulent dire exactement ces 93 % ?
  3. Sur quoi les tests ont-ils porté ?
  4. Le résultat sur les bactéries est-il plus solide ?
  5. À quel stade en est cette recherche ?
  6. Alors qu'est-ce qui protège du HPV, aujourd'hui ?

Questions-réponses

Vous avez peut-être vu passer le chiffre : un chewing-gum ferait tomber le HPV de 93 % dans la bouche. L’étude existe, elle est publiée, et elle est plus intéressante que son résumé. Voici ce qu’elle établit, et la ligne exacte où elle s’arrête.

D’où vient ce chewing-gum, et qu’y a-t-il dedans ?

D’un laboratoire de Penn Dental Medicine, à l’université de Pennsylvanie, où l’équipe d’Henry Daniell travaille depuis des années sur des protéines produites par des plantes. La gomme est fabriquée à partir de haricots lablab, qui contiennent naturellement une lectine antivirale appelée FRIL. Une seconde version y ajoute la protégrine-1, un peptide antimicrobien. Les travaux ont été financés par des subventions publiques américaines (National Institutes of Health, National Cancer Institute) et un fonds de l’UCLA. Rien d’ésotérique, donc : une gomme à mâcher chargée en molécules végétales, mise au contact de prélèvements de patients.

Que veulent dire exactement ces 93 % ?

Pas ce que les reprises en ont fait. L’article publié dans Scientific Reports écrit que la gomme à lectine a agrégé 93 % du HPV dans la salive et 80 % dans les échantillons de rinçage buccal, mesure faite par test ELISA. Agréger, c’est piéger le virus en amas dans un tube, pas le détruire ni le faire disparaître de l’organisme. Le communiqué de l’université, lui, parle de niveaux de HPV réduits de 93 % et de 80 %, et c’est cette formulation qui a circulé. Pour cet article, nous avons croisé l’abstract et trois reprises grand public : le même geste expérimental y devient tantôt 93 % de virus agrégé, tantôt 93 % de virus en moins.

Sur quoi les tests ont-ils porté ?

Sur des tubes, pas sur des personnes qui mâchent. L’étude est dite ex vivo : les chercheurs ont prélevé de la salive et des rinçages buccaux chez des malades d’un carcinome épidermoïde de la tête et du cou, puis ont mis ces prélèvements au contact des extraits de gomme, en laboratoire. Le HPV a été détecté dans 100 % des échantillons de salive et 75 % des rinçages (n = 44). La version en accès libre du papier le dit sans détour : ce n’est pas une étude clinique humaine. Personne, dans ce travail, n’a mâché quoi que ce soit.

Des haricots lablab secs s'échappant d'un bécher en verre sur une paillasse blanche, avec une pipette et une microplaque en arrière-plan.
C’est le haricot lablab qui fournit FRIL, la lectine antivirale à l’origine de la gomme testée à Philadelphie.

Le résultat sur les bactéries est-il plus solide ?

Il est plus net, en tout cas. Une dose unique de gomme au haricot additionnée de protégrine-1 a réduit de plus de 99 % deux bactéries associées à une survie plus mauvaise, Porphyromonas gingivalis et Fusobacterium nucleatum (n = 42), que les relais scientifiques décrivent comme ramenées à presque zéro. Ces bactéries étaient mille fois plus abondantes dans la salive des malades que chez les participants témoins. Le point que l’équipe revendique et que les reprises gardent rarement : la protégrine n’a pas tué les bactéries à capsule, dont les streptocoques, ce qui épargne une partie de la flore buccale utile.

À quel stade en est cette recherche ?

Au tout début de la chaîne. Un résultat ex vivo précède les essais chez l’animal et, à plus forte raison, les essais chez l’humain : il montre qu’une molécule fait quelque chose dans un tube, pas qu’un produit protège une personne. Les auteurs listent eux-mêmes ce qui manque : aucune dose efficace établie chez l’humain, aucun suivi dans le temps du microbiote buccal, aucune évaluation sur les cellules tumorales elles-mêmes. Leur conclusion est un appel à passer aux essais cliniques, pas une annonce de traitement. Autre repère utile : l’article est daté du 9 février 2026, ce n’est pas une découverte de la semaine.

Alors qu’est-ce qui protège du HPV, aujourd’hui ?

Le vaccin, et il est loin d’avoir atteint sa cible en France. Selon le bilan de couverture vaccinale de Santé publique France, 61,6 % des jeunes filles de 15 ans et 46,0 % des jeunes garçons du même âge avaient reçu une première dose en 2025, contre 58,4 % et 36,9 % un an plus tôt. L’objectif fixé pour 2030 est de 80 %. Les cancers pèsent lourd dans les causes de décès en France, et une gomme de laboratoire ne changera rien à ce tableau avant des années. Le geste concret tient en une question à poser au médecin traitant ou au collège à la rentrée : où en est le carnet de vaccination de l’adolescent de la maison ?

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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