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Panorama
Six. C’est le rapport entre ce que pèsent les assidus dans les entrées de cinéma et ce qu’ils pèsent dans le public : 18,4 % des billets pour 3,0 % des spectateurs, selon l’étude que le Centre national du cinéma et de l’image animée a publiée le 7 juillet 2026. Ce chiffre dit une chose simple et un peu vertigineuse. La salle que nous imaginons peuplée de cinéphiles n’existe pas. Elle est remplie, très majoritairement, par des gens qui n’y mettent presque jamais les pieds.
En bref
- Rapportés à leur poids dans le public, les assidus pèsent six fois plus dans les entrées que dans les effectifs : 3,0 % des spectateurs pour 18,4 % des billets, quand les occasionnels font 73,6 % du public pour 43,1 % des entrées (CNC, Le public du cinéma en 2025).
- 40,9 millions de spectatrices et spectateurs sont allés au moins une fois en salle en 2025, soit 62,9 % de la population, avec 3,8 entrées en moyenne chacun.
- Chez les moins de 25 ans, 78,6 % ont vu au moins un film en salle, le plus fort taux de pénétration tous âges confondus selon le CNC.
- En un an, la part des entrées portée par les assidus est passée de 24,2 % à 18,4 %, celle des occasionnels de 29,2 % à 43,1 %.
Le CNC mène cette enquête depuis 2006. Elle ne mesure pas le box-office, qui compte des billets, mais le public, qui compte des personnes. La nuance paraît technique. Elle change tout, parce qu’elle révèle un déséquilibre que le classement des films ne montre jamais.
Le public réel n’est pas celui qu’on croit
Commençons par le cadre. En 2025, 40,9 millions de personnes sont allées au moins une fois au cinéma en France, soit 62,9 % de la population. Chacune y est retournée 3,8 fois en moyenne dans l’année. Le total tourne autour de 157 millions d’entrées, une année en repli après un 2024 très porteur.
Le CNC répartit ensuite ce public selon la fréquence de venue. Les assidus viennent au moins une fois par semaine. Les occasionnels viennent moins d’une fois par mois. Entre les deux se tiennent les réguliers, que la synthèse du CNC ne chiffre pas directement mais qui se déduisent par soustraction.

Voilà le résultat. Les assidus sont 3,0 % du public. Trois pour cent. Rapporté aux 40,9 millions de spectateurs, cela fait à peine plus d’un million de personnes dans tout le pays. Les occasionnels, eux, sont 73,6 % du public, soit environ 30 millions de personnes. Presque trois spectateurs sur quatre appartiennent à cette catégorie que le mot même de cinéphilie exclut.
Si vous allez au cinéma trois fois par an et que vous vous croyez pour cette raison un mauvais spectateur, prenez la mesure du renversement : vous n’êtes pas à la marge du public. Vous en êtes le centre de gravité.
L’effet de levier, mis en chiffres
Reste à comprendre pourquoi cette structure importe. Un spectateur qui vient chaque semaine achète beaucoup plus de billets qu’un spectateur qui vient deux fois par an. Le poids de chaque groupe dans les entrées n’a donc aucune raison de ressembler à son poids dans le public. C’est exactement ce que montrent les chiffres du CNC, et l’écart est spectaculaire.
3,0 % du public, 18,4 % des entrées : la structure du public de cinéma
| Fréquence de venue | Part du public 2025 | Part des entrées 2025 | Part des entrées 2024 |
|---|---|---|---|
| Assidus (au moins une fois par semaine) | 3,0 % | 18,4 % | 24,2 % |
| Réguliers (par déduction) | 23,4 % | 38,5 % | 46,6 % |
| Occasionnels (moins d’une fois par mois) | 73,6 % | 43,1 % | 29,2 % |
Tableau Actu Alt Plus, d’après le CNC, Le public du cinéma en 2025 et en 2024. Les lignes assidus et occasionnels sont publiées telles quelles par le CNC ; la ligne réguliers est notre déduction. En un an, le centre de gravité des entrées a basculé des habitués vers les distraits.
Ramenons cet écart à un seul indicateur, en divisant la part des entrées par la part du public. Un groupe à 1 pèse exactement son poids démographique. Au-dessus, il tire les entrées vers le haut. En dessous, il en apporte moins que son nombre ne le laisse croire.

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Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Le levier des assidus atteint 6,1. Celui des réguliers, 1,6. Celui des occasionnels, 0,6. Un assidu vaut donc, en billets, un peu plus de dix occasionnels. Rapporté au volume, cela donne environ 24 séances par an et par assidu, contre un peu plus de deux pour un occasionnel : deux mondes qui partagent le même fauteuil sans jamais se croiser.
Et pourtant, malgré ce levier, les occasionnels restent le premier contributeur en volume. Leurs 43,1 % d’entrées dépassent largement les 18,4 % des assidus. C’est là que se joue toute l’économie de la salle : le groupe le plus rentable individuellement n’est pas celui qui remplit les fauteuils.
Ce que ce déséquilibre impose aux salles
Un exploitant qui n’aurait affaire qu’à des assidus vivrait dans un confort relatif : sa clientèle reviendrait sans qu’il ait à la convaincre, film après film. Ce n’est pas sa situation. Il doit reconquérir, à chaque sortie, une foule de gens dont le cinéma n’est ni une habitude ni un réflexe, mais une décision ponctuelle qui entre en concurrence avec un dîner, une série ou une soirée à ne rien faire. Cela explique une bonne part de la mécanique que nous voyons sans la lire : les campagnes massives sur quelques titres, les avant-premières, les opérations tarifaires comme la Fête du Cinéma, la place croissante de l’événement dans la promotion d’un film.
La comparaison entre 2024 et 2025 rend ce mécanisme presque palpable. En 2024, année de forte fréquentation, les assidus portaient 24,2 % des entrées et les occasionnels 29,2 %. En 2025, année en repli, les assidus tombent à 18,4 % et les occasionnels bondissent à 43,1 %. Le socle fidèle s’est contracté ; ce sont les venues exceptionnelles, tirées par quelques titres fédérateurs, qui ont fait le chiffre.
Autrement dit, la fréquentation française ne se déplace pas par vagues régulières. Elle se déplace par à-coups, autour d’objets rares. Une bonne année de cinéma n’est pas une année où les habitués viennent plus souvent. C’est une année où les distraits se déplacent.
Les jeunes, la France, l’Europe
Un chiffre coupe court à une idée reçue tenace. Chez les moins de 25 ans, 78,6 % sont allés au moins une fois au cinéma en 2025 : le plus fort taux de pénétration tous âges confondus, écrit le CNC. La génération que l’on dit perdue pour la salle est celle qui y va le plus largement. Nous avions déjà relevé ce mouvement en observant la salle comme refuge chez les jeunes publics.
Le nuancier est cependant à double détente. Les jeunes sont les plus nombreux à venir, mais ce sont les 60 ans et plus qui viennent le plus souvent, avec 5,2 entrées en moyenne par spectateur contre 3,8 tous âges confondus. Aller au cinéma et y aller souvent sont deux comportements distincts, et ils ne concernent pas les mêmes personnes.

Le tableau se ternit légèrement quand on remonte d’un an. En 2024, la pénétration atteignait 64,9 % de la population contre 62,9 % en 2025, 80,8 % chez les moins de 25 ans contre 78,6 %, et 4,3 entrées en moyenne contre 3,8. La France perd donc à la fois des spectateurs et de la fréquence, ce qui rend la dépendance aux occasionnels plus structurelle que conjoncturelle.
Vu de plus loin, tout cela repose sur un tissu d’emplois. Eurostat recense 7,9 millions de personnes dans l’emploi culturel européen en 2024, soit 3,8 % de l’emploi total, dont la production audiovisuelle et cinématographique. La France y a enregistré la deuxième plus forte progression de l’Union, avec 109 200 emplois culturels de plus en un an. Elle affiche aussi l’un des taux de contrats permanents les plus bas du secteur, à 71,2 %. Derrière une salle à moitié pleine un mardi soir, il y a une chaîne de métiers dont la stabilité dépend, en dernier ressort, de ces spectateurs qui viennent trois fois par an.
Méthode et limites
Tous les chiffres de public cités ici viennent des synthèses publiques du CNC, Le public du cinéma en 2025, mise en ligne le 7 juillet 2026, et Le public du cinéma en 2024, mise en ligne le 1er juillet 2025. Le CNC conduit cette étude depuis 2006 auprès d’un panel de la population française ; elle mesure des personnes déclarées, pas des billets vendus, contrairement aux statistiques de fréquentation.
Trois précautions s’imposent. D’abord, la ligne des réguliers n’est pas publiée dans les synthèses citées : nous la déduisons par soustraction des assidus et des occasionnels, ce qui expose ses valeurs à des arrondis de l’ordre de 0,1 point. Ensuite, l’indice de levier, la répartition en volume et le nombre moyen de séances par catégorie sont nos propres calculs à partir des parts publiées et du total d’entrées 2025 ; ce sont des ordres de grandeur, pas des données CNC. Enfin, les reprises de cette étude dans la presse professionnelle affichent parfois des décimales légèrement différentes : nous nous en sommes tenus aux valeurs de la page du CNC. Quant aux données Eurostat, elles portent sur l’emploi culturel au sens large et non sur la seule exploitation de salles : elles servent de toile de fond, pas de mesure du secteur.
Il y a quelque chose de reposant dans ces chiffres. Le cinéma français ne tient pas debout grâce à une élite qui saurait regarder les films comme il faut. Il tient debout parce que trente millions de personnes, quelque part entre deux obligations, décident un soir de sortir. C’est fragile, c’est irrégulier, et c’est exactement ce qui oblige chaque film à mériter son public plutôt qu’à en hériter.
Questions courantes
Qui sont les assidus, les réguliers et les occasionnels ?
Le CNC classe le public selon la fréquence de venue : les assidus vont au cinéma au moins une fois par semaine, les occasionnels moins d’une fois par mois, et les réguliers se situent entre les deux.
Combien de Français sont allés au cinéma en 2025 ?
40,9 millions de personnes y sont allées au moins une fois, soit 62,9 % de la population, avec 3,8 entrées en moyenne par spectateur. En 2024, ils étaient 41,8 millions, soit 64,9 %, avec 4,3 entrées en moyenne.
Pourquoi 3,0 % du public font-ils 18,4 % des entrées ?
Parce qu’un spectateur qui vient chaque semaine achète beaucoup plus de billets qu’un spectateur qui vient deux fois par an. Rapportée à leur poids dans le public, la part d’entrées des assidus est environ six fois supérieure.
Les jeunes désertent-ils la salle ?
Non. Avec 78,6 % de la classe d’âge venue au moins une fois en 2025, les moins de 25 ans affichent le plus fort taux de pénétration tous âges confondus selon le CNC. Ce sont en revanche les 60 ans et plus qui viennent le plus souvent, avec 5,2 entrées en moyenne.
D’où vient la ligne « réguliers » du tableau ?
De notre calcul. Le CNC publie les parts des assidus et des occasionnels ; nous obtenons celle des réguliers en soustrayant les deux autres du total, aux arrondis près.
Cette étude mesure-t-elle le box-office ?
Non. Elle mesure le public, c’est-à-dire des personnes et leurs habitudes de fréquentation, quand les statistiques de fréquentation comptent des billets. Les deux sources sont complémentaires mais ne répondent pas à la même question.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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