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Décryptage
Un bourdon dépasse à peine deux centimètres, et pourtant près d’un tiers de notre alimentation dépend d’insectes comme lui. Des chercheurs du Georgia Institute of Technology viennent de montrer, dans la revue Ecotoxicology and Environmental Safety, qu’une exposition à faible dose au sulfoxaflor, un pesticide de nouvelle génération, dérègle l’activité des gènes du bourdon là où cela compte le plus : dans les tissus liés à la reproduction. Le détail qui change la lecture, et que les reprises anglophones laissent de côté : ce produit, la France l’a interdit par décret, quand les États-Unis l’homologuent toujours et que l’Union européenne ne le tolère plus qu’en serre.
En bref
- Le paradoxe que nous avons reconstitué : interdit en France par décret, le sulfoxaflor reste homologué aux États-Unis et cantonné aux serres dans l’Union européenne.
- L’étude de Georgia Tech observe qu’une faible dose, administrée pendant vingt et un jours, modifie l’expression des gènes du bourdon Bombus impatiens, surtout dans les tissus ovariens, ce qui pourrait réduire sa descendance.
- Environ un tiers de la production alimentaire mondiale repose sur les pollinisateurs.
- Introduit en 2013 contre les pucerons, le sulfoxaflor partage un mode d’action jugé identique à celui des néonicotinoïdes.
Ce que l’étude a réellement mesuré
Les chercheurs n’ont pas compté des bourdons morts, ils ont lu leurs gènes. Dans cette étude financée par le ministère américain de l’Agriculture, des ouvrières de Bombus impatiens ont été exposées pendant vingt et un jours à de l’eau sucrée contenant de faibles doses de sulfoxaflor, de quoi reproduire l’exposition chronique qu’une butineuse rencontre dans un paysage agricole. Leurs tissus ont ensuite été congelés et leur ARN analysé pour mesurer les variations d’activité génique, tandis que des modèles informatiques repéraient les fonctions biologiques les plus touchées. Le titre de l’article le résume comme une évaluation intégrée, qui croise trois plans à la fois : l’expression des gènes, la reproduction et le comportement de l’insecte. Cette approche donne une image plus complète qu’un simple test de survie.
Les changements les plus nets sont apparus dans les tissus ovariens, ce qui pointe vers une interférence avec la reproduction. Ces modifications, selon les auteurs, pourraient réduire le nombre de descendants et, à la longue, contribuer au déclin des populations. « Ce qui rend cette étude marquante, c’est qu’elle relie des changements moléculaires dans l’expression des gènes à des conséquences réelles pour les abeilles et leurs colonies », souligne Michael Goodisman, professeur à la School of Biological Sciences de Georgia Tech. Sarah Orr, qui a mené les travaux et enseigne aujourd’hui à l’université de Tampa, résume l’enjeu sans détour : il faut beaucoup d’abeilles pour une bonne pollinisation, et si elles ne produisent pas assez de descendance, la pollinisation finit par reculer.

L’effet, on ne le voit donc pas à l’œil nu. Il se joue dans les gènes, une génération avant que la population ne vacille. C’est tout l’intérêt de ce type de travail : relier une molécule à une conséquence concrète pour une colonie entière, là où les évaluations classiques s’arrêtent souvent au comptage des morts.
Pourquoi un pesticide de nouvelle génération inquiète
Le sulfoxaflor a longtemps été présenté comme une alternative aux néonicotinoïdes. Introduit en 2013 pour éliminer les insectes suceurs de sève, comme les pucerons sur le soja ou le maïs, il est systémique : il circule dans toute la plante, jusqu’au nectar et au pollen que butinent les abeilles. C’est justement par cette voie, et non par une pulvérisation directe, que la butineuse absorbe le produit.
Le problème, c’est justement sa parenté avec les produits qu’il devait remplacer. L’agence sanitaire française le range parmi les substances au mode d’action identique à celui des néonicotinoïdes, ces insecticides retirés pour leur toxicité sur les pollinisateurs. Efficace contre les ravageurs, le sulfoxaflor est aussi reconnu toxique pour les abeilles. L’étude de Georgia Tech ajoute une pièce au dossier : même sous le seuil qui tue, il vient toucher la machinerie de la reproduction. Les auteurs rappellent d’ailleurs que le pesticide n’agit pas seul, et que d’autres pressions, comme les vagues de chaleur, pèsent en même temps sur les colonies.
Interdit en France, autorisé ailleurs
C’est le cœur du paradoxe. En France, la loi de reconquête de la biodiversité a banni les néonicotinoïdes de l’agriculture depuis 2018, et un décret répertorié par l’ANSES a étendu l’interdiction à deux substances au mode d’action identique, le sulfoxaflor et le flupyradifurone.
Ailleurs, la règle est plus souple. Depuis 2022, l’Union européenne restreint le sulfoxaflor aux cultures sous serre, sans l’avoir totalement banni. Aux États-Unis, l’agence de l’environnement l’a réhomologué en 2019 pour de nombreuses cultures. Un même produit, jugé assez risqué pour être proscrit ici, continue donc d’être pulvérisé sur des champs dont une partie de la récolte finira dans nos rayons.

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La carte réglementaire tient en quelques cases, mais l’écart entre elles saute aux yeux. Le tableau ci-dessous détaille le statut du sulfoxaflor de part et d’autre des frontières.
| Territoire | Statut du sulfoxaflor | Portée |
|---|---|---|
| France | Interdit | Interdiction totale par décret |
| Union européenne | Restreint | Usages limités aux cultures sous serre depuis 2022 |
| États-Unis | Homologué | Réhomologué en 2019 pour de nombreuses cultures |
Ce grand écart n’a rien d’anecdotique pour un pays qui importe une part importante de son alimentation.
Ce que cela change pour nos assiettes
Les pollinisateurs ne sont pas un décor. Environ un tiers de la production alimentaire mondiale dépend d’eux, des fruits aux oléagineux. Fragiliser leur reproduction, c’est fragiliser des rendements, donc des prix et une diversité dans l’assiette.
La France a fait le choix de l’interdiction, mais ce choix s’arrête à ses frontières : rien n’empêche d’importer des denrées traitées ailleurs avec des produits qu’on refuse ici. Le débat sur les néonicotinoïdes, régulièrement relancé, se joue aussi sur ce terrain. Vous avez peut-être déjà lu chez nous ce qu’on sait de la dépendance aux pollinisateurs, ou de ces prouesses du bourdon : ce sont les mêmes petits ouvriers qu’un pesticide vient discrètement affaiblir.

La prochaine fois qu’un bourdon lourdaud cognera contre une vitre au jardin, il vaudra la peine de se rappeler que sa descendance se décide, en partie, très loin d’ici.
Questions courantes
Qu’est-ce que le sulfoxaflor ?
Un insecticide systémique introduit en 2013 contre les insectes suceurs de sève comme les pucerons. Son mode d’action est jugé identique à celui des néonicotinoïdes.
Que montre l’étude de Georgia Tech ?
Qu’après vingt et un jours d’exposition à faible dose, le sulfoxaflor modifie l’expression des gènes du bourdon Bombus impatiens, surtout dans les tissus ovariens, ce qui pourrait réduire sa descendance.
Le sulfoxaflor est-il interdit en France ?
Oui. Un décret l’a interdit, avec le flupyradifurone. Les néonicotinoïdes sont bannis de l’agriculture française depuis 2018.
Est-il autorisé ailleurs ?
L’Union européenne le restreint aux cultures sous serre depuis 2022, et les États-Unis l’ont réhomologué en 2019 pour de nombreuses cultures.
Pourquoi les pollinisateurs comptent-ils autant ?
Parce qu’environ un tiers de la production alimentaire mondiale dépend d’eux, des fruits aux oléagineux.
Ce pesticide tue-t-il directement les bourdons ?
L’étude porte sur de faibles doses, sous le seuil létal. L’effet observé touche la reproduction, pas la mort immédiate.
Peut-on en retrouver dans notre alimentation ?
La France l’interdit mais importe des denrées pouvant être traitées ailleurs. L’étude, elle, n’évalue pas les résidus dans les aliments.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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