Rangées de panneaux solaires dressées au-dessus d’une prairie fleurie jaune et violette, horizon de plaine agricole.

Minnesota : sous les panneaux solaires, les abeilles sauvages ont été multipliées par 20

Deux centrales solaires du Minnesota semées de prairie indigène ont vu l’abondance de leurs abeilles sauvages multipliée par plus de vingt entre 2018 et 2022. Le décret agrivoltaïque français, lui, ne range la biodiversité dans aucun des services qu’une installation doit rendre.

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Sous deux fermes solaires du Minnesota semées de fleurs indigènes, par combien l’abondance des abeilles sauvages a-t-elle été multipliée en cinq ans ?

Le chiffre

Publié le 14 septembre 2026 · Mis à jour le 13 octobre 2026 à 11h33

×20 en moins de cinq ans : sur deux fermes solaires du Minnesota semées de fleurs indigènes, l’abondance des abeilles sauvages a été multipliée par plus de vingt. Les relevés courent de 2018 à 2022, sur deux centrales de 14 et 17 hectares posées sur d’anciennes parcelles de grandes cultures. Ils ont été mis en ligne le 18 décembre 2023 dans Environmental Research Letters par une équipe d’Argonne National Laboratory, du National Renewable Energy Laboratory et de Minnesota Native Landscapes.

×20l’abondance des abeilles indigènes sous les panneaux, de 2018 à 2022
Année zéro (2018)près de 0
Année quatre (2022)plus de 5

Abondance moyenne d’abeilles indigènes observées par transect sur les fermes solaires d’Atwater et d’Eastwood, dans le Minnesota (Walston et al., Environmental Research Letters, 18 décembre 2023).

Le chiffre ne compte pas des ruches : ce sont des abeilles sauvages, pas des colonies apportées sur place. Il compte des passages d’insectes le long de transects parcourus chaque saison sur les sites d’Atwater et d’Eastwood, dans le Minnesota : l’abondance moyenne d’abeilles indigènes par transect part de près de zéro l’année zéro et dépasse cinq observations l’année quatre.

Le protocole tient en un semis de prairie indigène. Avant les panneaux, les deux terrains avaient porté des grandes cultures pendant des décennies. En juin 2018, des mélanges de graminées et de plantes à fleurs indigènes ont été semés sous et entre les rangées. La gestion s’est limitée à une fauche saisonnière et à des traitements localisés contre les ligneux. Parmi les espèces dominantes relevées : rudbeckie hérissée, monarde ponctuée, verges d’or.

Le résultat ne se voit pas la première année. Sur les 729 abeilles indigènes recensées en cinq ans, plus de 80 % l’ont été après la deuxième année : moins de 146 d’entre elles ont donc été observées pendant les deux premières saisons. Une prairie semée sous des panneaux ne rend rien tout de suite, elle rend à partir de la troisième année.

Les autres indicateurs suivent la même pente. 10 943 insectes utiles détectés sur les deux sites, une abondance totale d’insectes triplée sur la période, une richesse en plantes à fleurs multipliée par sept, avec 37 espèces relevées.

Les trois indicateurs montent ensemble, mais c’est l’abondance des abeilles indigènes qui décroche le plus gros multiplicateur, parce qu’elle partait de presque zéro. La carte des plantes à fleurs compte des espèces, les deux autres des individus ; multiplicateurs relevés de 2018 à 2022 sur deux sites de 14 et 17 hectares.
Les trois indicateurs montent ensemble, mais c’est l’abondance des abeilles indigènes qui décroche le plus gros multiplicateur, parce qu’elle partait de presque zéro. La carte des plantes à fleurs compte des espèces, les deux autres des individus ; multiplicateurs relevés de 2018 à 2022 sur deux sites de 14 et 17 hectares.
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Les trois gains ne pèsent pas pareil : les plantes à fleurs gagnent en variété, les insectes en nombre, et ce sont les abeilles indigènes qui décrochent le plus gros multiplicateur, parce qu’elles partaient de presque rien.

Indicateurs relevés sur les deux fermes solaires du Minnesota, 2018-2022 (source : Environmental Research Letters, Walston et al.)
IndicateurÉvolution sur cinq ansDétail
Abondance des abeilles indigènesmultipliée par plus de 20de près de 0 à plus de 5 observations moyennes par transect
Abondance totale d’insectes utilestriplée10 943 individus détectés sur les deux sites
Richesse en plantes à fleursmultipliée par 737 espèces relevées
Abeilles indigènes recensées729 au totalplus de 80 % après la deuxième année

L’effet ne reste pas sous les panneaux. Les auteurs ont aussi compté les visites d’abeilles sur les fleurs de soja des champs voisins. Celles qui bordaient l’habitat solaire recevaient autant de visites que celles bordant des prairies inscrites au Conservation Reserve Program, le dispositif fédéral de mise en réserve de terres agricoles. Elles en recevaient davantage que les fleurs situées à l’intérieur des parcelles ou en bord de route. AAP avait documenté un autre milieu rendu à lui-même sans ouvrage de génie civil, avec les castors du Somerset.

Le décret français note l’agronomie, pas les abeilles

En France, le cadre se joue ailleurs. Le décret du 8 avril 2024 impose à une installation agrivoltaïque d’apporter au moins un service à la parcelle agricole, parmi quatre : amélioration du potentiel et de l’impact agronomiques, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas, amélioration du bien-être animal. Le mot « biodiversité » n’apparaît dans le texte qu’au titre des forêts à enjeux patrimoniaux, exclues des surfaces ouvertes au photovoltaïque.

Sur deux centrales solaires du Minnesota semées de fleurs indigènes, l’abondance des abeilles sauvages a été multipliée par plus de 20 entre 2018 et 2022. En France, le décret agrivoltaïque du 8 avril 2024 ne compte pas la biodiversité parmi les quatre services qu’une installation doit rendre. Le parc photovoltaïque national, lui, atteint 34,0 GW au 30 juin 2026, dont 3,0 GW raccordés au premier semestre, selon le tableau de bord du SDES.

Petite abeille sauvage posée sur une fleur de soja en bordure de champ, panneaux solaires flous à l’arrière-plan.
Les fleurs de soja bordant l’habitat solaire recevaient autant de visites d’abeilles que celles bordant des prairies mises en réserve.

L’entretien fait le reste du travail. Sur les deux sites, la gestion de la végétation a été confiée à une entreprise de restauration écologique : fauche saisonnière et traitements localisés contre les ligneux, puis pâturage ovin sur les deux centrales à partir de 2021.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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