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Vous regardez un insecte de 16 centimètres posé sur un acacia du Queensland et vous supposez que la science lui a donné un nom depuis longtemps. Raté : ce phasme ne s’appelle Anchiale robusta que depuis le 23 septembre 2026, jour où l’entomologiste Braxton Jones (université de Sydney) l’a décrit dans Austral Entomology. Ses traces remontent pourtant à 1976.
Cette année-là, un œuf récolté dans le nord du Queensland est rangé sous le nom de Ctenomorphodes briareus, un phasme rebaptisé Anchiale briareus en 2007. L’étiquette a tenu cinquante ans. Il aura fallu croiser la génétique et un réexamen de l’anatomie pour établir que les deux animaux suivent des trajectoires séparées.
Le papier de Jones ne se contente pas de ce redressement. Il décrit une seconde espèce nouvelle, Anchiale mabiensis, et rend son rang d’espèce à Anchiale albopunctata, rangée depuis plus d’un siècle sous A. briareus. Trois noms qui bougent d’un coup, dans un genre australien pourtant très photographié.
L’œuf qui a rouvert le dossier
Chercheur postdoctoral à l’université de Sydney, Braxton Jones résume son métier sans détour : « La taxonomie tient souvent un peu de l’enquête policière. Même parmi les insectes australiens les plus photographiés et les plus souvent signalés, nous trouvons encore des espèces qui ont échappé à la reconnaissance scientifique. » Un phasme passe sa vie à imiter une brindille, et deux espèces voisines peuvent se ressembler trait pour trait.
Tout se joue sur les œufs. Ceux d’Anchiale mabiensis sont bruns, moins brillants que ceux des autres Anchiale australiens, et portent deux à trois anneaux sur l’opercule. C’est la première fois que de tels anneaux sont signalés chez un phasme, et plus largement chez un orthoptéroïde. Au micro d’ABC News, Jones le formule ainsi : « C’est le seul phasme, ou le seul œuf, chez lequel nous ayons pu trouver ces anneaux. »
Ces animaux restent difficiles à se représenter tant qu’on ne les a pas vus bouger. La chaîne scientifique Deep Look, produite par la télévision publique américaine, a filmé des phasmes australiens en gros plan.
Trois noms circulent désormais pour des animaux que l’on confondait. Voici ce que la révision attribue à chacun.
| Espèce | Ce que tranche la révision | Où elle vit | Femelle adulte |
|---|---|---|---|
| Anchiale robusta | Espèce nouvelle, signalée dès 1976 sous un autre nom | Forêt côtière du Queensland, de Tully au nord de Cooktown (450 km au moins) | jusqu’à 16,2 cm |
| Anchiale mabiensis | Espèce nouvelle, œufs à anneaux sur l’opercule | Forêt Mabi, Atherton Tablelands (Queensland) | environ 11,5 cm |
| Anchiale albopunctata | Rang d’espèce rétabli après plus d’un siècle sous A. briareus | Queensland central | non renseignée |
La forêt qui tient dans un bois parisien
Anchiale mabiensis pose un problème d’un autre ordre. On ne l’a trouvée que dans la forêt Mabi, sur les Atherton Tablelands, où elle se nourrit de sassafras gris (Doryphora aromatica). Cette forêt est classée en danger critique par le ministère australien de l’Environnement, qui n’en recense plus que 1 050 hectares, répartis en petits îlots isolés.

Posez ce chiffre à côté des 995 hectares du bois de Vincennes et l’échelle saute aux yeux. Décrit le 23 septembre 2026 dans Austral Entomology, le phasme Anchiale mabiensis vit dans une seule forêt du Queensland, réduite à 1 050 hectares, la surface du bois de Vincennes. Sa cousine Anchiale robusta dispose, pour comparaison, de 450 kilomètres de littoral.
De grandes surfaces de Mabi ont été défrichées pour l’agriculture, et ce qui subsiste tient en fragments. Tant qu’un animal n’a pas de nom scientifique, il n’a pas de fiche, pas de statut, pas de ligne dans un plan de gestion. Le décrire ne le protège pas. Ça le rend protégeable. La mécanique n’a rien d’exceptionnel : en septembre, c’est un félin bolivien qui recevait enfin le sien.
Trois espèces, côté français
En France, l’inventaire est vite fait : trois espèces de phasmes à l’état sauvage, toutes aptères et plutôt méridionales. Le phasme gaulois (Clonopsis gallica) est le plus répandu des trois et remonte jusqu’au sud de l’Île-de-France ; le bacille de Rossi (Bacillus rossius) et le phasme espagnol (Leptynia hispanica) complètent la liste.
Jones, lui, a trouvé une autre façon de vendre son terrain de jeu. « Au cinéma, on s’échine à inventer des extraterrestres bizarres ; il suffit de regarder le monde des insectes, ils existent déjà. »
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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