Des bols de porcelaine chinoise bleu-et-blanc disposés sur un fond sombre

La plus vieille épave de Singapour livre 2 350 porcelaines chinoises : combien dorment encore au fond ?

Une jonque du XIVe siècle a sombré au large de Singapour avec une cargaison record de porcelaine bleu-et-blanc. L'occasion de mesurer ce que les océans gardent encore, et ce que la France y cherche.

Sommaire
  1. Une capsule de temps tombée au fond du détroit
  2. Trois millions d'épaves, une poignée explorées
  3. Ce que la France cherche, et ce qu'elle a inspiré
  4. Pourquoi certaines remontent et d'autres jamais
  5. En bref

Une jonque chinoise quitte le port de Quanzhou quelque part entre 1340 et 1352, les cales pleines de porcelaine. Elle n’arrivera jamais. Près de sept siècles plus tard, au large de Singapour, les archéologues remontent sa cargaison : environ 2 350 pièces de porcelaine bleu-et-blanc de la dynastie Yuan, la plus grosse collection jamais documentée pour une seule épave, rapporte Archaeology Magazine. C’est la première épave ancienne jamais trouvée dans les eaux de Singapour. Et elle raconte bien plus qu’un naufrage.

Un plongeur archéologue éclaire des tessons de céramique sur un fond marin trouble
L’épave a été fouillée par à-coups entre 2016 et 2019.

Une capsule de temps tombée au fond du détroit

On l’appelle l’épave de Temasek, du nom du comptoir qui précéda Singapour. Fouillée par à-coups entre 2016 et 2019 près de l’entrée orientale du détroit, elle a livré environ 3,5 tonnes de tessons de céramique. Surtout, sa cargaison datée transforme l’histoire locale : on décrivait Temasek comme un modeste village de pêcheurs, c’était en réalité un carrefour commercial florissant entre la Chine et l’Asie du Sud-Est, bien avant l’arrivée des colons européens.

C’est tout l’intérêt d’une épave de commerce : elle fige une économie à un instant précis. Là où un site terrestre s’étale sur des siècles, une coque coulée est une photographie. Ce qu’elle transportait, d’où elle venait, vers où elle allait : tout est scellé au jour du drame, comme une archive sous-marine que personne n’a pu retoucher.

Encore faut-il saisir ce que valait cette cargaison. Le bleu-et-blanc Yuan n’était pas de la vaisselle ordinaire : son décor au cobalt, importé de Perse et cuit à très haute température, en faisait un produit de luxe recherché de la Chine jusqu’au Moyen-Orient. Une jonque qui en convoyait 2 350 pièces transportait une petite fortune, et la preuve que Temasek pesait déjà sur l’une des grandes routes commerciales de son temps, celle qui reliait les ateliers chinois aux marchés du monde.

Trois millions d’épaves, une poignée explorées

Reste une question vertigineuse : combien d’autres dorment encore ? L’UNESCO avance le chiffre de plus de 3 millions d’épaves sur les fonds marins du globe. Face à cela, ce qu’on a fouillé tient du grain de sable, et le délai entre le naufrage et la découverte se compte souvent en siècles.

Années passées au fond avant la fouille : épave de Temasek environ 670 ans, Mary Rose 437, Vasa 333, L'Orient 200
Graphique Actu Alt Plus. Sources : musées et travaux cités.
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On mesure d’un regard l’exception de Temasek : près de sept siècles au fond, bien plus que la Mary Rose ou le Vasa, ce qui en fait une capsule d’autant plus précieuse.

La cargaison de l’épave de TemasekDonnéePrécision
Navireune jonque chinoisepartie du port de Quanzhou
Périodeentre 1340 et 1352dynastie Yuan
Porcelaine bleu-et-blanc≈2 350 piècesun record pour une épave
Tessons de céramique≈3,5 tonnesfouille 2016-2019
Ce que ça prouveTemasek, port florissantbien avant la colonisation
Sources : Archaeology Magazine, phys.org.

Ce que la France cherche, et ce qu’elle a inspiré

Le détour par la France n’a rien d’artificiel, à deux titres. D’abord, ces porcelaines bleu-et-blanc ont déclenché une obsession européenne : faute de percer le secret chinois, les Européens les ont imitées, d’abord à Delft, puis en perçant enfin la porcelaine dure, jusqu’aux manufactures de Sèvres et de Limoges. Les bols de l’épave de Temasek appartiennent à la mode qui, des siècles plus tard, fera la fortune du Limousin.

Ensuite, l’archéologie sous-marine de ces cargaisons asiatiques porte une signature française : comme le rappelle phys.org, ces jonques chargées de céramique sont le terrain où s’est illustré Franck Goddio, l’archéologue français aujourd’hui célèbre pour avoir aussi retrouvé L’Orient, le vaisseau amiral de Napoléon coulé à Aboukir en 1798. La France a ses propres introuvables, comme la Marie la Cordelière d’Anne de Bretagne, explosée au large de Brest en 1512 et jamais localisée malgré des campagnes de recherche relancées jusqu’à nos jours. Sous chaque mer, le même mélange d’archives, de technologie et de patience décide qui resurgit et qui reste légende.

Le gros plan de bols anciens en porcelaine bleu-et-blanc empilés, à motifs floraux
Le bleu-et-blanc chinois inspirera plus tard Delft, Sèvres et Limoges.

Pourquoi certaines remontent et d’autres jamais

Une épave ne se trouve pas, elle se cherche. Il faut des archives qui situent à peu près le drame, des sonars capables de balayer de vastes fonds, un financement au long cours et beaucoup de chance. L’épave de Temasek a parlé parce qu’on a su lire sa cargaison ; d’autres, faute d’un seul de ces ingrédients, garderont leur secret. La même intuition guide les fouilles à terre, quand un chantier met au jour une cité antique sous une base navale à Toulon ou un toit romain effondré depuis 1 900 ans. Le passé attend, il ne disparaît pas.

En bref

Qu’a-t-on trouvé au large de Singapour ?
L’épave de Temasek, première épave ancienne des eaux singapouriennes : une jonque chinoise du XIVe siècle et environ 2 350 pièces de porcelaine bleu-et-blanc Yuan, un record pour une seule épave.

Pourquoi est-ce important ?
La cargaison datée prouve que Temasek, ancêtre de Singapour, était un port commercial florissant bien avant la colonisation, et non un simple village de pêcheurs.

Combien d’épaves restent à découvrir ?
L’UNESCO estime à plus de 3 millions le nombre d’épaves dans le monde ; une infime partie a été localisée, souvent des siècles après le naufrage.

Quel est le lien avec la France ?
La porcelaine bleu-et-blanc a inspiré les manufactures européennes jusqu’à Limoges et Sèvres, et l’archéologue français Franck Goddio s’est illustré sur ces jonques asiatiques comme sur l’épave de L’Orient, navire de Napoléon.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Malik » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Monde & Pop Monde : l’actualité internationale reliée à la France, avec ce qu’elle change ici.

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