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Sommaire
Vérification
Vous l’avez appris comme une évidence : si les colonnes du Parthénon sont légèrement bombées, c’est pour corriger une illusion d’optique. Alain Goriely, mathématicien à l’université d’Oxford, soutient l’inverse dans Royal Society Open Science, le 16 septembre 2026, sous un titre sans détour : « there are no optical corrections in the Parthenon ». Sa démonstration tient à un chiffre minuscule et à une absence de preuve.
En bref
- Les courbes du Parthénon sont réelles et mesurées ; c’est leur intention qui est contestée.
- Le galbe des colonnes plafonne à 18 millimètres sur 10,4 mètres de fût.
- À 25 mètres, l’œil ne repère une courbe qu’à partir de 1,5 centimètre d’écart.
- Le soubassement ne se bombe que de 6 centimètres environ, de quoi faire glisser l’eau de pluie.
L’affirmation« Les colonnes et la plateforme du Parthénon sont courbées pour corriger les illusions d’optique de l’œil humain. »
Notre verdictNon démontré
Une doctrine née d’un Romain et d’un Anglais
Le Parthénon n’a presque aucune ligne droite. Sa plateforme se bombe, ses colonnes penchent vers l’intérieur d’environ 0,4 degré, leurs axes se rejoindraient à 2,2 kilomètres au-dessus du sol, et les colonnes d’angle sont plus épaisses que les autres : 1,947 mètre de diamètre contre 1,905. Ces écarts sont réels, mesurés, incontestés.
C’est leur motif qui pose problème. La source la plus ancienne est Vitruve, « un écrivain important mais notoirement obscur », résume l’étude. L’architecte romain décrit les raffinements grecs des siècles après l’achèvement du temple, et « he provided no evidence that these refinements were intended by the Greeks as optical corrections ». Le reste vient d’un Anglais, Francis Cranmer Penrose, qui releva les bâtiments d’Athènes au millimètre. Son enquête de 1851, rééditée en 1888, a fixé pour 175 ans l’idée que ces courbes corrigeaient la vision.
Le galbe, et ce que l’œil sait voir
Le galbe, c’est l’entasis : le renflement qui empêche un fût d’être un cône parfait. Sur le Parthénon, l’écart maximal à la ligne droite se situe à 5,02 mètres de hauteur. Mesuré à 18 millimètres sur 10,4 mètres de fût, soit 0,17 %, le galbe des colonnes du Parthénon équivaut à 3 millimètres sur une personne d’1,75 m (étude parue le 16 septembre 2026). Une simple règle de trois suffit.
Reste à savoir si l’œil le voit. Le texte de l’étude reprend les seuils de la science de la vision et aboutit à une estimation prudente : à 25 mètres, l’œil humain détecte une ligne qui s’écarte de la droite de 1,5 à 5 centimètres. Ces 18 millimètres tombent tout en bas de la fourchette. « The curvature is below our ability to be perceived from most distances », écrit le mathématicien. La correction serait donc invisible, et sans objet.
La théorie classique, elle, se raconte très bien en images, et c’est ainsi qu’elle a essaimé. Un court film de la chaîne publique américaine NOVA en déroule la version canonique, celle-là même que l’étude conteste.
Ce que l’étude propose à la place
L’argument le plus sévère ne porte pas sur les millimètres, mais sur l’illusion elle-même. « The assertion that straight-sided shafts appear concave lacks empirical support, and no such illusion has ever been scientifically demonstrated, even in controlled tests using three-dimensional reconstructions of temples », écrit Alain Goriely. Cette illusion n’a jamais été observée.
Pour le soubassement, l’étude ressort une explication très prosaïque, que Penrose avait écartée : l’écoulement de l’eau. « The small gradients help water to drain slowly and prevent the formation of puddles on the stylobate », note le papier, qui juge ce rejet injustifié. L’hypothèse a sa limite, et l’étude la pose : la même courbure se retrouve dans l’architrave. Cette poutre de marbre couronne les colonnes, loin de toute flaque.

Reste le goût. Des bâtisseurs sans théorie de la vision ni calcul d’ingénieur ont pu trouver ces courbes belles, tout simplement. C’est l’hypothèse la moins spectaculaire, et « one of the oldest and most enduring myths in human history » s’y réduit à une préférence esthétique.
Ce n’est pas la première certitude qui s’effrite sur ce temple : AAP vérifiait le 8 septembre 2026 que la pierre n’était pas blanche, mais peinte. Et pour juger sur pièce, nul besoin d’Athènes : le bloc 7 de la frise est, la plaque des Ergastines, dort salle 347 du Louvre, en marbre du Pentélique taillé entre 445 et 438 avant notre ère. De Vitruve à Oxford, il aura fallu deux mille ans pour s’apercevoir que personne n’avait fait le test.
Questions courantes
Entasis, stylobate : que désignent ces mots ?
L’entasis est le léger renflement du fût d’une colonne, qui l’empêche d’être un cône parfait. Le stylobate est la plateforme de marbre sur laquelle reposent les colonnes, celle dont la surface se bombe.
Ces courbes existent-elles sur d’autres monuments ?
Francis Cranmer Penrose ne s’est pas limité au Parthénon. Son enquête de 1851 porte sur les bâtiments antiques d’Athènes en général, et relève les mêmes écarts à la ligne droite sur plusieurs d’entre eux.
Où l’étude a-t-elle été publiée ?
Dans Royal Society Open Science, la revue en accès libre de la Royal Society britannique, volume 13, numéro 9, le 16 septembre 2026. Une version auteur du texte est également déposée sur arXiv.
Qui est Alain Goriely ?
Il enseigne les mathématiques à l’université d’Oxford, au Mathematical Institute. Son article applique à l’architecture les outils de la modélisation, de la science de la vision et du calcul de structures.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
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