Gros plan sur un fragment de relief en marbre blanc dont les plis sculptés conservent des résidus de pigments, révélés par une lumière rasante.

Du Parthénon à Amiens, la pierre était peinte : ce que les pigments prouvent

Sculptures antiques et portails gothiques ont été peints, et les analyses le mesurent. Reste à séparer ce que les pigments établissent de ce que les restitutions colorées supposent.

Sommaire
  1. Ce que disent les faits
  2. À Amiens, le laser a rendu la couleur
  3. Ce qui reste incertain
  4. Questions courantes

Vérification

Éclairez d’une lumière rouge un fragment du fronton du Parthénon, et le marbre répond : par plaques, il se met à luire. Ce halo trahit du bleu égyptien, invisible à l’œil nu, et une équipe menée par Giovanni Verri l’a cartographié sur onze sculptures du fronton et une figure de la frise conservées au British Museum, dans une étude parue en octobre 2023 dans la revue Antiquity.

L’affirmation« Les temples grecs et les cathédrales gothiques nous sont parvenus tels qu’ils étaient : de la pierre nue, blanche. »
Notre verdictFaux

Le blanc des musées est un état de conservation. Ce qu’on peut affirmer derrière lui se lit à trois niveaux : ce qui est mesuré, ce qui est restitué, ce qui reste hypothèse.

Ce que disent les faits

La couleur, sur ces pierres, ne se voit plus : elle se mesure. L’équipe du British Museum a croisé l’imagerie de luminescence induite par le visible, qui fait briller le bleu égyptien sous éclairage rouge, la spectroscopie de réflectance à fibre optique, la fluorescence X, la microscopie électronique à balayage et la spectroscopie Raman. Elle en tire un colorant pourpre et du bleu égyptien, ce dernier employé abondamment pour peindre des motifs figuratifs élaborés sur les étoffes sculptées.

Le cas n’est pas isolé. Au Liebieghaus de Francfort, Vinzenz Brinkmann et Ulrike Koch-Brinkmann travaillent la polychromie de la sculpture grecque et romaine depuis plus de quarante ans ; leur exposition « Gods in Color » a été présentée en 2008, puis dans une version élargie en 2020. La sculpture antique parle par sa matière, comme ces bagues grecques au fer météoritique.

Reste à expliquer d’où vient le blanc. Dans la revue ¿ Interrogations ?, des chercheurs rappellent que des nettoyages ont longtemps été pratiqués « à l’aide de techniques corrosives telles que des acides et des brosses à récurer », afin de retrouver « sous les taches de couleurs la surface uniforme du marbre » ; s’y ajoute « la fabrication de moulages dont la blancheur dépasse celle des originaux », diffusés partout au moment où le néoclassicisme copie l’antique.

Le British Museum a filmé l’expérience : sous lumière rouge, le pigment s’allume en blanc sur l’écran de la caméra.

Vidéo : British Museum, le bleu égyptien sous lumière rouge

À Amiens, le laser a rendu la couleur

Du bleu égyptien a été détecté sur 11 sculptures du fronton du Parthénon et une figure de la frise conservées au British Museum (revue Antiquity, octobre 2023) ; en France, c’est le nettoyage laser des années 1990 qui a révélé la polychromie du portail de la Mère-Dieu, à la cathédrale d’Amiens. Sur la façade occidentale de la cathédrale d’Amiens, le nettoyage laser des années 1990 a révélé l’existence de polychromie, notamment sur le portail de la Mère-Dieu : des couleurs vives et des contrastes surprenants, relève la Ville d’Amiens, tels que « l’intensité du regard, la carnation du visage, le blond vénitien de la chevelure par opposition au drapé bleu ».

Trois chantiers, trois façons de retrouver la couleur (sources : Antiquity, octobre 2023 ; Ville d’Amiens ; Liebieghaus)
SiteCe qui a été retrouvéMéthodeDate
Parthénon, British Museumbleu égyptien et colorant pourpre sur 11 sculptures du fronton et 1 figure de la friseluminescence induite par le visible, réflectance à fibre optique, fluorescence X, microscopie électronique, Ramanétude parue en octobre 2023
Cathédrale d’Amiens, portail de la Mère-Dieupolychromie : carnation, blond vénitien, drapé bleunettoyage laserannées 1990
Liebieghaus, Francfortpolychromie restituée de la sculpture grecque et romainerestitutions colorées « Gods in Color »expositions 2008 puis 2020

Le Laboratoire de recherche des monuments historiques instruit ces surfaces avec sa propre boîte à outils : thermographie infrarouge stimulée, spectroscopie sur plasma induit par laser, spectroscopie Raman in situ. Son pôle peinture murale et polychromie a travaillé le portail central de la cathédrale d’Angers et celui du narthex de Vézelay.

Détail d’un portail gothique en pierre calcaire où subsistent des traces rouges et bleues au creux des plis sculptés.
À Amiens, c’est un nettoyage au laser, dans les années 1990, qui a fait réapparaître la couleur du portail de la Mère-Dieu.

Ce qui reste incertain

Le désaccord s’est déplacé : il porte désormais sur la restitution. Les auteurs de l’étude parue dans Antiquity le disent eux-mêmes : les indices, « quoique considérablement élargis, restent insuffisants pour reconstituer une œuvre aussi vaste et aussi complexe ». On sait qu’il y avait du bleu, on sait où il était posé ; on ignore de quel bleu total le fronton était vêtu.

Les reconstitutions colorées assument leur statut. Le Liebieghaus présente les siennes comme l’image la plus exacte possible de la statue d’origine, « toujours soutenue par la recherche scientifique » : une hypothèse argumentée, révisable à chaque analyse nouvelle. Une salle d’exposition ou une façade éclairée montrent une proposition.

La méthode, elle, ne change pas d’un site à l’autre : c’est la chimie du pigment qui parle. AAP suivait le 30 juillet 2026 la datation des pigments noirs de la grotte de Font-de-Gaume ; d’Athènes à Amiens, ce sont les mêmes questions posées à quelques milligrammes de matière.

Questions courantes

Où voir ces couleurs restituées ?
Au Liebieghaus de Francfort : l’exposition « Gods in Color » tourne dans le monde depuis vingt ans et a réuni plus de trois millions de visiteurs. À Amiens, le spectacle nocturne Chroma redonne aux statues leurs polychromies médiévales, le temps d’une projection.

La couleur retrouvée sur un portail est-elle toujours celle d’origine ?
Pas nécessairement. Le Laboratoire de recherche des monuments historiques établit l’historique des différentes interventions polychromes d’une œuvre, afin de distinguer la technique d’origine des repeints plus tardifs.

Ce laboratoire travaille-t-il aussi à l’intérieur des édifices ?
Oui. Il a par exemple étudié les Sibylles de la cathédrale d’Amiens, peintures murales du XVIe siècle de la chapelle Saint-Éloi, en caractérisant les sels et l’humidité présents sous les panneaux peints.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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