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Sommaire
Récit
Sur une colline près de Phonsavan, dans le nord du Laos, une géologue française fouille une grotte noircie par le feu. Au début des années 1930, Madeleine Colani y ramasse des os humains calcinés. Elle en tire l’idée qui tient encore : les jarres de pierre géantes semées sur le plateau voisin servaient aux morts.
Elle a alors près de 65 ans. Née à Strasbourg en 1866, docteure ès sciences, passée par le Service géologique de l’Indochine, elle est rattachée depuis 1929 à l’École française d’Extrême-Orient (EFEO). Avec sa sœur Éléonore, elle fouille, mesure et nomme les sites. Ses conclusions paraissent en 1935, en deux volumes : Mégalithes du Haut-Laos.
Selon elle, la grotte aurait servi d’incinérateur lors des funérailles, puis les cendres auraient été déposées dans les jarres. Depuis juillet 2019, l’UNESCO protège 1 325 jarres de pierre réparties sur quinze composantes du Xieng Khouang, au Laos.
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Qui a taillé les jarres de la plaine des Jarres ?
Aucun texte ne nomme le peuple qui a creusé ces cylindres dans la roche. L’étude publiée dans PLOS ONE en mars 2021 y voit l’une des cultures archéologiques « les plus mystérieuses et les moins comprises » d’Asie du Sud-Est.
Les jarres mesurent de 1 à 3 mètres de haut. Les plus massives dépasseraient 30 tonnes, selon les auteurs. La carrière de Phou Keng, le site 21, se trouve à environ 8 kilomètres au nord-ouest du site 1, l’ensemble voisin de Phonsavan.
Faute de pouvoir dater la pierre, les chercheurs ont daté ce qui l’entoure, et les grains de zircon de la roche ont désigné la carrière probable.
Les jarres étaient-elles vraiment funéraires ?
Oui, et sur une durée que Colani n’imaginait pas. Les datations publiées en mars 2021 par l’équipe de Louise Shewan et Dougald O’Reilly croisent trois méthodes. La luminescence des sédiments placés sous les jarres situe leur pose entre 1240 et 660 avant notre ère. Colani pensait à l’âge du fer, entre 500 avant et 500 après J.-C. Les jarres auraient jusqu’à sept siècles de plus qu’elle ne l’estimait.
Les os racontent une autre époque : le radiocarbone date les restes humains enterrés autour des jarres du IXe au XIIIe siècle de notre ère. Le projet archéologique lao-australien, mené de 2016 à 2020, a confirmé au site 1 des inhumations secondaires : des ossements regroupés après la décomposition du corps.
Pourquoi la plaine des Jarres reste dangereuse
De 1964 à 1973, en pleine « guerre secrète » américaine, quelque 270 millions de sous-munitions ont été larguées sur le Laos, et 30 % n’ont pas explosé, selon l’ONG Legacies of War. La plaine a été pilonnée de 1964 à 1969, d’après la synthèse de Wikipédia sur le site, et ces engins ont longtemps fermé le terrain aux archéologues.
Le danger n’a rien d’historique : le 11 octobre 2024, les Nations unies au Laos comptaient plus de 20 000 personnes tuées ou mutilées à vie par ces engins depuis la fin de la guerre. Pour 2024, 47 victimes étaient déjà recensées à cette date ; plus de 60 % des victimes sont des enfants. Près de deux millions d’engins ont été retirés, sur 918 km² dépollués.
Peut-on visiter la plaine des Jarres ?
Oui, sur les sites déminés. Entre 2004 et 2007, des opérations de dépollution coordonnées par l’UNESCO ont ouvert sept sites aux visiteurs. Parmi eux, les sites 1, 2 et 3, au sud de Phonsavan, et le site 52, plus à l’est, où l’étude de 2021 compte 415 jarres. Hors de ces sept sites, le reste du plateau n’offre pas cette garantie.
Le classement a été décidé à Bakou, lors de la 43e session du Comité du patrimoine mondial, a annoncé l’agence de presse lao KPL. La fiche UNESCO du site le nomme « sites mégalithiques de jarres du Xieng Khouang ». Les jarres protégées ne sont qu’une partie des plus de 2 100 recensées sur le plateau.
Les jarres du Xieng Khouang autour de Phonsavan
- Phonsavan — la ville-étape du plateau, point de départ des visites
- Site 1 — la grotte fouillée par Madeleine Colani, inhumations secondaires confirmées
- Site 21, Phou Keng — la carrière d’où venait la pierre
- Site 2 — site déminé ouvert aux visiteurs
- Site 3 — site déminé ouvert aux visiteurs
- Site 52 — 415 jarres selon l’étude de 2021
Madeleine Colani est morte à Hanoï le 2 juin 1943, vingt et un ans avant que les bombes ne tombent sur ses jarres.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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