
Sommaire
Décryptage
Le bison peint de Font-de-Gaume a été tracé entre 13 461 et 13 162 ans avant le présent. Le masque voisin, lui, a été repris trois fois : en remettant les quatre intervalles publiés dans l’ordre, nous mesurons de 6 128 à 7 391 ans entre son premier trait et son dernier. Pendant cent vingt-cinq ans, aucun de ces chiffres n’existait, parce que ces noirs passaient pour purement minéraux, donc indatables. Une équipe française y a trouvé du charbon.
En bref
- Remis dans l’ordre, les quatre intervalles donnent la mesure du chantier : de 6 128 à 7 391 ans séparent le plus ancien épisode du plus récent sur une même figure, d’après le communiqué du CNRS.
- Le bison est daté entre 13 461 et 13 162 ans calibrés avant le présent : première datation directe d’une peinture paléolithique en Dordogne.
- La méthode tient en deux temps : une imagerie repère du charbon dans un noir réputé minéral, puis un micro-prélèvement part au carbone 14.
- Avant, la grotte était rattachée par le style au Magdalénien moyen, soit 18 000 à 16 000 ans. Les dates directes tombent plus près de nous.
Le résultat est une chronologie, pas une date. Et c’est la manière de l’obtenir qui mérite d’être racontée.
Pourquoi une paroi reste indatable pendant un siècle
Font-de-Gaume a été reconnue le 12 septembre 1901 par l’instituteur Denis Peyrony, aux Eyzies, en Dordogne. Environ 230 figures y sont recensées, dont 84 bisons, selon la fiche officielle du site. Classée au titre des monuments historiques dès 1902, la grotte a été relevée, photographiée, décrite. Jamais datée.
La raison tient à ce que mesure le carbone 14 : un isotope radioactif, c’est-à-dire une variante instable du carbone, présente dans tout ce qui a vécu et qui se désintègre à un rythme connu une fois l’organisme mort. La méthode ne marche donc que sur de la matière biologique. Pas sur un caillou.
Or les peintres du Paléolithique disposaient de deux noirs. L’oxyde de manganèse, minéral broyé, est muet. Le charbon de bois est bavard. Dans toute la Dordogne, Lascaux comprise, aucune figure au noir de carbone n’avait été identifiée, rappelle la radiotélévision belge. Le Périgord était donc daté par le style, par ressemblance avec des objets qui, eux, se datent.

Le verrou n’était pas dans la paroi. Il était dans ce que l’on croyait savoir du noir.
Voir le charbon avant de toucher la paroi
L’équipe menée par Ina Reiche, chercheuse au CNRS, a commencé par ne rien toucher. Deux imageries ont été promenées sur les traits noirs de deux figures, un bison et un masque.
La première est l’imagerie hyperspectrale : là où un appareil photo retient trois canaux de couleur, elle enregistre pour chaque point le spectre complet de la lumière renvoyée. Deux noirs identiques à l’oeil se séparent alors nettement. La seconde est la microspectrométrie Raman : on éclaire un point minuscule au laser et on lit le décalage infime que les molécules impriment à la lumière renvoyée. Ce décalage est une signature.
Il y avait bien du charbon. Restait une objection : une grotte fréquentée depuis un siècle et demi accumule suies de lampes et graffitis. Les chercheurs ont répondu par la géographie du signal, homogène tout le long des traits, comme un ingrédient de la peinture, et non en dépôts localisés.
C’est seulement alors qu’une autorisation exceptionnelle de micro-prélèvement a été accordée. Les échantillons sont partis à l’accélérateur Artemis de Saclay, décrit par les laboratoires du CEA : la spectrométrie de masse par accélérateur y compte les atomes de carbone 14 un par un, ce qui autorise des quantités infimes.
Quatre intervalles, et une figure reprise sur des millénaires
Un dernier passage sépare la mesure du résultat : la calibration. La teneur en carbone 14 de l’atmosphère ayant varié au fil des millénaires, l’âge brut doit être converti par une courbe de référence. De là viennent le sigle calBP, pour années calibrées avant le présent, et la fourchette. Une date sans son intervalle n’est pas une date.
Le bison tombe entre 13 461 et 13 162 calBP, une fenêtre de 299 ans. Le masque en livre trois : 15 981 à 15 121, 15 297 à 14 246, et 8 993 à 8 590 calBP, attribuées par les reprises détaillées du papier aux deux lèvres et à l’oeil gauche.

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Trois épisodes se tiennent dans un même monde glaciaire. Le quatrième bascule ailleurs : entre 8 993 et 8 590 calBP, nous ne sommes plus au Paléolithique, terminé vers 11 700 ans avant le présent, mais au Mésolithique.
Cette valeur demande de la prudence, et l’équipe le dit. Environ 5 % de carbone moderne suffisent à rajeunir un échantillon de mille ans. Deux lectures restent ouvertes : une retouche venue cinq mille ans plus tard, ou une contamination. Le papier ne tranche pas.
Ce que ces dates changent dans la lecture du site
Avant mars 2026, Font-de-Gaume était rattachée au Magdalénien moyen, phase de la fin du Paléolithique supérieur définie par ses outils, placée ici autour de 18 000 à 16 000 ans. Cette attribution reposait sur des comparaisons de formes, pas sur une mesure.
Les dates directes la déplacent : nous avons calculé l’écart, le bison est plus jeune de 2 539 à 4 838 ans que l’estimation stylistique, selon les bornes retenues. Le papier publié dans PNAS insiste surtout sur la confirmation de l’ancienneté paléolithique de l’ensemble.
Le vrai changement est ailleurs. Une figure portant trois dates, ce n’est plus une oeuvre : c’est un palimpseste, une surface reprise par des mains qui ne se sont jamais rencontrées. Nous avions croisé cette idée avec une grotte pyrénéenne fréquentée pendant deux millénaires, et avec des rituels australiens datés sur vingt-cinq mille ans.
Reste la portée technique. Si des noirs réputés minéraux contiennent du charbon, le tri fait depuis un siècle entre parois datables et indatables est à refaire, et l’on peut espérer ailleurs des chronologies aussi serrées que celle obtenue pour la plus vieille peinture galloise.
Les chiffres du dossier, rassemblés, tiennent en un tableau.
Font-de-Gaume, ce que disent les mesures
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Bison, datation directe | 13 461 à 13 162 calBP | CNRS / PNAS |
| Masque, épisode le plus ancien | 15 981 à 15 121 calBP | CNRS / PNAS |
| Masque, deuxième épisode | 15 297 à 14 246 calBP | CNRS / PNAS |
| Masque, épisode le plus récent | 8 993 à 8 590 calBP | CNRS / PNAS |
| Écart du premier au dernier épisode | 6 128 à 7 391 ans | calcul Actu Alt Plus |
| Estimation antérieure, par le style | 18 000 à 16 000 ans | RTBF |
| Jauge de visite aujourd’hui | 78 en 6 visites | Sites préhistoriques Vézère |
| Parution de l’étude | 9 mars 2026, PNAS 123(12) | DOI 10.1073/pnas.2524751123 |
Tableau Actu Alt Plus. Sources : CNRS, CEA, PNAS (9 mars 2026), RTBF et Sites préhistoriques de la vallée de la Vézère. Les datations et la jauge disent la même contrainte : une paroi que l’on protège en la touchant le moins possible ne se laisse mesurer qu’à doses infimes.
Une grotte originale ouverte à 78 personnes par jour
Font-de-Gaume est l’une des dernières grottes ornées polychromes originales encore ouvertes au public. Propriété de l’État depuis 1902, gérée par le Centre des monuments nationaux, elle figure depuis 1979 au patrimoine mondial de l’Unesco, avec les sites préhistoriques de la vallée de la Vézère.
Sa fréquentation a fondu par paliers : environ 1 500 personnes par jour dans les années 1960, 650 en 1970, 340 en 1979, 200 au début des années 1990, et 78 aujourd’hui en 6 visites guidées, indique la page sur la protection de la grotte. Surveillance climatique, contrôles biologiques, temps de présence limité : ce régime explique qu’un micro-prélèvement exige une dérogation.
France 3 Nouvelle-Aquitaine est entrée dans la cavité au moment de l’annonce.
On y voit ce que les chiffres ne disent pas : l’exiguïté, l’humidité, la lenteur des gestes.

Il aura fallu cent vingt-cinq ans pour apprendre que la réponse était dans la peinture depuis le début, et qu’aucun instrument ne savait la voir. Nous avions classé ces parois comme indatables ; elles étaient illisibles, ce qui n’est pas la même chose. Il reste beaucoup de noirs à réexaminer.
Questions courantes
Pourquoi ces peintures étaient-elles réputées indatables ?
On croyait leurs noirs faits d’oxydes de fer et de manganèse, minéraux sans carbone d’origine biologique. Or le carbone 14 ne mesure que de la matière ayant vécu, comme du charbon de bois.
Que signifie calBP, et pourquoi toujours une fourchette ?
calBP veut dire années calibrées avant le présent. La teneur en carbone 14 de l’atmosphère ayant varié, l’âge brut doit être converti par une courbe de référence : cette calibration produit un intervalle, jamais une date unique.
Comment repère-t-on du charbon sans toucher la paroi ?
Par deux imageries. L’hyperspectrale enregistre pour chaque point le spectre complet de la lumière renvoyée, ce qui sépare deux noirs identiques à l’oeil. La microspectrométrie Raman éclaire un point au laser et lit le décalage propre à chaque molécule.
Comment savoir que ce charbon n’est pas une pollution moderne ?
Par sa répartition, homogène tout le long des traits, comme un ingrédient de la peinture, et non en dépôts de surface localisés comme le seraient des suies de lampes ou des graffitis.
Quelles dates ont été obtenues, exactement ?
Le bison entre 13 461 et 13 162 calBP. Le masque en livre trois : 15 981 à 15 121, 15 297 à 14 246, et 8 993 à 8 590 calBP. Ces quatre intervalles sont le résultat complet, marges comprises.
L’épisode le plus récent est-il fiable ?
Il demande de la prudence : environ 5 % de carbone moderne suffisent à rajeunir un échantillon de mille ans. Retouche postérieure ou contamination, le papier ne tranche pas pour l’intervalle 8 993 à 8 590 calBP.
Cela change-t-il l’âge admis de la grotte ?
Il le déplace sans le bouleverser. L’attribution par le style plaçait ces figures autour de 18 000 à 16 000 ans ; les dates directes sont plus récentes, de 2 539 à 4 838 ans pour le bison.
Peut-on encore visiter Font-de-Gaume ?
Oui, en nombre très restreint. Gérée par le Centre des monuments nationaux, elle accueille 78 personnes par jour en 6 visites guidées, contre environ 1 500 dans les années 1960. La réservation est indispensable.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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