Sol sableux d'une grotte calcaire avec un petit sondage archéologique montrant de fines couches de sédiment, lumière rasante venue de l'entrée

25 000 ans d’herbes brûlées dans une grotte australienne : la preuve tient dans 18 % de cristaux fondus

Dans une grotte du sud-est de l'Australie, des cristaux de silice laissés par des graminées documentent un geste répété pendant 25 000 ans. Ce que sont les phytolithes, pourquoi 18 % d'entre eux prouvent une main humaine, et pourquoi cette fouille a été demandée par la communauté GunaiKurnai.

Sommaire
  1. Ce qu'est un phytolithe, et pourquoi il survit au feu
  2. Pourquoi 18 % de cristaux fondus signent un apport humain
  3. Une pierre de 28 centimètres, 73 couches de cendres
  4. Une fouille demandée par la communauté, pas subie
  5. Un laboratoire savoyard dans la liste d'auteurs

Des cristaux de silice invisibles, extraits du sol d’une grotte du sud-est de l’Australie, racontent un geste répété pendant 25 000 ans : poser des herbes sèches, puis y mettre le feu. Jusqu’à 97 % de ces microfossiles viennent de graminées, et jusqu’à 18 % sont fondus ou brûlés, indique le communiqué de Frontiers du 22 juillet 2026. C’est ce second chiffre qui fait preuve. Et la fouille n’a pas été menée sur une communauté aborigène : elle a été demandée par elle.

Ce qu’est un phytolithe, et pourquoi il survit au feu

C’est un moule de silice laissé par une plante. Les végétaux absorbent la silice dissoute dans le sol et la déposent dans leurs tissus. Quand la plante disparaît, ces corps microscopiques restent dans le sédiment. Voyez-les comme le squelette minéral d’une herbe : ils se comptent, et ils tiennent.

C’est leur avantage décisif sur le pollen. Celui-ci se dégrade au-delà de 350 °C : dans un sol brûlé et rebrûlé, il ne reste presque rien à lire. Les phytolithes, eux, traversent le feu et en gardent la trace. À Cloggs Cave, l’équipe en a identifié 29 types différents sur 33 échantillons de sédiment.

Très gros plan de tiges d'herbe sèche et de cendre fine posées sur un sédiment sombre de grotte, lumière latérale rasante
Des herbes et de la cendre : la matière brute dont les 29 types de phytolithes ont été extraits.

Ce tri autorise la question suivante : ces herbes ont-elles poussé là, ou les a-t-on apportées ?

Pourquoi 18 % de cristaux fondus signent un apport humain

Parce que rien, dans une grotte, ne fond tout seul. Le vent, l’eau ou un animal peuvent y introduire des brins d’herbe, mais aucun ne les chauffe. Or un phytolithe passé par le feu change de couleur, se déforme, puis fond quand la température monte.

« Jusqu’à 18 % des phytolithes étaient fondus ou brûlés, ce qui signifie qu’ils ont été apportés intentionnellement par des personnes », résume le communiqué. Dans l’article publié dans Frontiers in Environmental Archaeology, ces cristaux altérés valent indicateur sans équivoque d’une activité humaine liée aux plantes dans la grotte. La démonstration tient à un écart lu au microscope.

Le reste de l’assemblage va dans le même sens : les graminées écrasent tout, les plantes ligneuses sont rares ou absentes. Ce qui brûlait ici n’était pas du bois.

Une pierre de 28 centimètres, 73 couches de cendres

Le geste s’est concentré sur un point précis. Il y a environ 2 000 ans, des herbes ont été brûlées autour d’une petite pierre dressée de 28,1 centimètres plantée dans le sol, et l’opération s’est répétée sur quelque 400 ans.

Autour de cette pierre, les archéologues ont dénombré 73 fines couches cendreuses, déposées par des humains entre environ 4 400 et 1 600 ans avant aujourd’hui. Chacune correspond à une nappe de végétation enflammée sur place. Une stratigraphie de gestes, pas de catastrophes.

La séquence remonte bien plus haut : les niveaux les plus anciens sont datés entre 27 390 et 24 760 ans avant le présent, soit un millier de générations. Une continuité rare, comme celle de cette peinture rupestre galloise.

Une fouille demandée par la communauté, pas subie

Les campagnes de 2019 et 2020 ont été conduites à la demande de la GunaiKurnai Land and Waters Aboriginal Corporation. Des représentants de la communauté ont pris part à la conception de l’étude, au terrain, à l’interprétation des résultats et à leur diffusion.

L’écart avec l’histoire du site est net : la première fouille de Cloggs Cave, dans les années 1970, s’était faite sans l’autorisation des GunaiKurnai, rappelle le magazine Smithsonian. Cinquante ans plus tard, ce sont les propriétaires traditionnels qui décident de ce qui se creuse et de ce qui se publie.

La corporation documente elle-même ce patrimoine sur sa chaîne officielle, où elle présente des objets rituels.

Vidéo : Gunaikurnai Ritual Sticks

Le cadrage est le sien : c’est la communauté qui choisit ce qu’elle montre.

Ce que l’étude dit des rituels tient en peu de mots, et c’est délibéré. Les feux de la grotte sont rattachés aux pratiques des « mulla-mullung », ces femmes et ces hommes savants dont les rituels comprenaient la guérison, la magie et les sorts jetés. Le reste ne figure pas dans l’article, et il n’y a pas lieu de le deviner.

Un laboratoire savoyard dans la liste d’auteurs

L’étude a été menée par une équipe australienne, française et néo-zélandaise. Côté français, un seul nom parmi les onze auteurs : Jean-Jacques Delannoy, du laboratoire EDYTEM, à l’Université Savoie Mont Blanc. Les datations viennent du laboratoire de radiocarbone de l’université de Waikato.

Ce laboratoire, l’un des rares en France à rassembler une dizaine de spécialistes des grottes, a relevé la morphologie de la grotte Chauvet pour replacer les oeuvres dans leur contexte géologique, comme le détaille l’Université Savoie Mont Blanc. Même logique d’un continent à l’autre : lire le sol et les parois avant les objets, comme dans ces foyers d’une grotte pyrénéenne.

Nous en retenons un renversement d’échelle. Pendant 25 000 ans, personne n’a laissé ici de monument : de l’herbe posée, allumée, recommencée. Il aura fallu apprendre à lire la silice, et accepter que les propriétaires du lieu tiennent le crayon, pour que ce presque rien devienne une archive. Reste une question : combien de grottes fouillées au siècle dernier gardent ce genre de trace sous des sédiments jugés stériles ?

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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