
Sommaire
Panorama
En bref
- Le suivi satellite de l’université de Floride du Sud a mesuré 38 millions de tonnes de sargasses dans l’Atlantique tropical en juin 2025, contre 22 millions de tonnes en juin 2022, précédent maximum : le record a bondi de 58 % en trois ans.
- 2026 ne desserre pas l’étau. En juin, le total observé restait à 10 % seulement sous le record de 2025, et le golfe du Mexique a presque doublé son propre record mensuel avec 5 millions de tonnes.
- À terre, la préfecture de Martinique avait comptabilisé 2 257,7 tonnes ramassées depuis le 1er janvier 2026 au 2 avril, dont 40,6 tonnes sur la seule semaine du 30 mars.
- Les seuils français d’exposition à l’hydrogène sulfuré sont publics et gradués : information dès 0,07 ppm en moyenne sur 24 heures, éloignement recommandé à toute la population au-delà de 1 ppm.
- Une enquête du CHU de Martinique portant sur 154 patients décrit des troubles neurologiques chez 80 % d’entre eux, des troubles respiratoires chez 69 %.
Vu du satellite, l’objet a presque de la tenue : une écriture dorée qui court d’une rive à l’autre de l’Atlantique tropical, visible depuis l’orbite, suivie sans interruption depuis 2011. Sauf que cette calligraphie pèse 38 millions de tonnes, qu’elle finit en couche brune sur les plages de Marie-Galante et du François, et qu’en se décomposant elle libère de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac.
Le chiffre circule beaucoup cet été, souvent recollé à la saison en cours. Il mérite d’être remis à sa date, parce que la série complète raconte autre chose qu’une mauvaise année isolée. Si vous partez aux Antilles en août, la suite vous donne les compteurs, les seuils officiels et ce qu’ils permettent réellement de décider.
38 millions de tonnes, et à quelle date exactement
Le compteur vient du Sargassum Watch System, opéré par le laboratoire d’océanographie optique de l’université de Floride du Sud. Le principe : trois familles de capteurs (MODIS sur Terra et Aqua, à 1 000 mètres de résolution et couverture quasi quotidienne, VIIRS à 750 mètres, Landsat 8 à 30 mètres avec un repassage tous les seize jours), puis deux indices optiques, le Floating Algae Index et le Color Index, qui séparent les nappes d’algues flottantes du reste de la surface. Un bulletin mensuel en sort depuis 2011, avec des cartes de distribution année par année.
Le maximum documenté est de 38 millions de tonnes dans l’Atlantique tropical en juin 2025, contre 22 millions de tonnes en juin 2022 pour le précédent record, soit une hausse de 58 % en trois ans, selon le décompte relayé par ABC News. Les chercheurs cités, parmi lesquels Brian Barnes à l’université de Floride du Sud, Brian Lapointe et Barry Rosen en Floride, avancent une explication en deux temps : les sécheresses amazoniennes de 2023 et 2024 auraient accumulé azote et phosphore sur les bassins versants, que des pluies extrêmes ont ensuite relâchés d’un coup vers l’océan. Les concentrations les plus fortes se situent là où l’Amazone se jette dans l’Atlantique.
Retenez donc la date : 38 millions de tonnes, c’est juin 2025, pas la semaine dernière. Ce qui ne rend pas 2026 clémente, au contraire.
2026, deuxième année la plus lourde depuis le début du suivi
Le bulletin de juin 2026 est explicite : la masse totale du mois n’était inférieure que de 10 % au record historique de 2025. Dans le golfe du Mexique, le total a atteint 5 millions de tonnes, soit près du double du record de 2025 pour un mois de juin. La mer des Caraïbes, elle, restait à un niveau record pour un mois de juin.
Le bulletin du 31 juillet 2026 marque le tournant de la saison : la quantité totale a commencé à baisser dans toutes les régions suivies, les motifs de distribution restant stables. Le golfe demeure à un record pour un mois de juillet, les autres régions se placent au deuxième rang depuis 2011. À ce moment de l’été, les sargasses couvraient 0,4 % de la surface de l’océan observée. Le laboratoire anticipe une décrue jusqu’en novembre, avec des échouements qui continueront mais moins violents que le pic de juin et juillet, et projette 2026 comme la deuxième année la plus forte jamais mesurée, derrière la seule 2025.
Une réserve, écrite noir sur blanc dans le bulletin : ces cartes ne doivent pas servir à prévoir l’état d’une plage précise. Elles décrivent des bassins entiers, pas une anse.

Ce que les Antilles ramassent vraiment
C’est l’autre compteur, celui du sable. Au 2 avril 2026, la préfecture de Martinique recensait 2 257,7 tonnes de sargasses collectées depuis le début de l’année, dont 40,6 tonnes sur la seule semaine du 30 mars au 2 avril, d’après le décompte préfectoral relayé mi-avril. Un bulletin de Météo-France daté du 9 avril prévenait qu’aucune accalmie n’était anticipée à court terme.
Mettez les deux échelles côte à côte et l’ordre de grandeur saute aux yeux : quelques milliers de tonnes retirées sur une île, des dizaines de millions de tonnes flottant sur le bassin. La comparaison ne dit pas que le ramassage est vain, puisque la masse en mer se répartit sur tout l’Atlantique tropical et qu’une fraction seulement touche une côte donnée. Elle dit en revanche que le dimensionnement des moyens à terre ne se joue pas dans le même ordre de grandeur que le phénomène qui les alimente.
Pour ce panorama, nous avons croisé trois compteurs publics jamais lus ensemble : les 38 millions de tonnes mesurées par satellite, les 2 257,7 tonnes ramassées en Martinique et la grille officielle des seuils sanitaires.
La progression, elle, est nette. L’enquête de Reporterre relève 4 500 tonnes collectées en Martinique en trois mois en 2025, contre 1 500 tonnes sur la même période en 2024. La charge est aussi très inégalement répartie : Marie-Galante reçoit jusqu’à 42 % des échouements de la Guadeloupe. Sur le terrain, l’est de Basse-Terre, le nord-est de Grande-Terre, La Désirade et Les Saintes encaissent, quand la côte caraïbe et le nord de Grande-Terre restent épargnés. En Martinique, ce sont les façades atlantiques qui prennent vague après vague.
H2S et ammoniac : les repères que l’État a fixés
Les sargasses fraîches ne sentent rien. Ce sont les tas laissés en décomposition qui produisent de l’hydrogène sulfuré (H2S), à l’odeur d’oeuf pourri, et de l’ammoniac (NH3). L’État a fixé pour les Antilles une grille graduée, en moyennes calculées sur 24 heures, publiée par les recommandations sanitaires de la préfecture de Martinique et reprise dans les mesures de gestion en Guadeloupe. Elle n’interdit presque rien : elle informe, puis recommande, puis déconseille fortement.
| Concentration mesurée | Ce que recommandent les autorités | Qui est visé en premier |
|---|---|---|
| H2S de 0,07 à 1 ppm (NH3 sous 8,3 ppm) | Information des communes touchées et diffusion des consignes sanitaires | Personnes vulnérables : enfants, personnes âgées, personnes souffrant de troubles respiratoires |
| H2S de 1 à 5 ppm (NH3 sous 8,3 ppm) | Éloignement recommandé à toute la population, avis médical conseillé en cas de symptômes | Population générale |
| H2S au-dessus de 5 ppm ou NH3 au-dessus de 8,3 ppm | Accès aux zones à risque fortement déconseillé, ne pas se placer sous le vent des émanations | Population générale, et travailleurs équipés de détecteurs individuels à alarme |
La consigne pratique tient en une ligne : s’éloigner des zones où l’odeur est perceptible et se placer au vent. C’est peu spectaculaire, mais c’est exactement ce que l’échelle officielle demande. Pour les riverains, l’affaire n’a rien d’anecdotique : en mai 2025, l’école François-Duval, au François, a fermé 24 heures.
Ce que rapportent les patients
Reste la question que les cartes satellitaires ne traitent pas : qu’est-ce que les habitants exposés déclarent réellement. Une enquête du CHU de Martinique, publiée le 24 juin 2025 et portant sur 154 patients suivis pendant un an, en donne la répartition.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
La lecture est moins intuitive qu’attendu : ce ne sont pas les troubles respiratoires qui dominent, mais les troubles neurologiques, maux de tête en tête, devant les troubles digestifs. Le classement compte autant que les niveaux, parce qu’il oriente ce qu’un médecin cherche en consultation.

Ce qui est tenté, et ce qui manque
Le levier principal reste la collecte, en mer de préférence, avant que les algues n’atteignent le rivage et ne commencent à fermenter. La mise en service de nouveaux moyens maritimes en Martinique l’illustre : le Sargator 3, inauguré le 5 mars 2026, construit localement, 12 mètres de long pour 4,5 mètres de large et 450 chevaux, collecte plus de 100 tonnes de sargasses par jour avec un capitaine et deux marins. L’État a financé 480 000 euros pour ce navire et 240 000 euros pour la barge Toupiti, dans le cadre d’une subvention couvrant 70 % du coût via le fonds maritime. Il rejoint la barge Michel Morin, en service depuis 2024, et la Sargabox depuis 2023, sur les zones du Robert et du François.
Face à cela, les ordres de grandeur budgétaires restent modestes. Le plan sargasses précédent portait 36 millions d’euros sur quatre ans pour l’ensemble des départements et régions d’outre-mer, quand la Martinique dépensait 1,8 million d’euros pour la seule année 2024. Frederick Voyer, du groupement d’intérêt public Sargasses, évalue à 10 à 15 millions d’euros par an le coût des seules opérations en haute mer. La Guadeloupe, elle, ne dispose d’aucun groupement dédié.
Les barrages flottants, eux, tiennent inégalement. Une barrière de type Polmar installée en mai 2023 dans la baie de Pompierre, à Terre-de-Haut, a été franchie par les algues le 18 mars 2026. Comme pour la courbe de la sécheresse ou pour les méduses en bord de plage, le sujet appelle moins un geste spectaculaire qu’un suivi chiffré tenu dans la durée. Les bulletins mensuels de Floride du Sud, la comptabilité préfectorale à la tonne près et la grille de seuils forment déjà ce suivi. Ils sont publics, gratuits, et personne ne les lit ensemble.
Questions courantes
Les sargasses sont-elles dangereuses quand elles flottent en mer ?
Le risque décrit par les autorités concerne les algues échouées et laissées en décomposition, qui dégagent hydrogène sulfuré et ammoniac. En mer, la gêne signalée relève surtout de la navigation et de la baignade.
À partir de quel seuil faut-il vraiment s’éloigner d’une plage ?
La grille officielle recommande l’éloignement de toute la population entre 1 et 5 ppm d’hydrogène sulfuré en moyenne sur 24 heures, et déconseille fortement l’accès au-delà de 5 ppm, ou au-delà de 8,3 ppm d’ammoniac.
La saison 2026 est-elle pire que 2025 aux Antilles ?
Non selon le suivi satellite : 2026 devrait finir comme la deuxième année la plus chargée depuis 2011, derrière 2025. En juin, le total mesuré restait toutefois à 10 % seulement du record de l’an dernier.
Pourquoi les quantités augmentent-elles depuis 2011 ?
Les chercheurs cités évoquent la hausse des températures de l’air et de l’océan, la modification des courants et un apport accru de nutriments, notamment azote et phosphore relâchés par le bassin amazonien après les sécheresses de 2023 et 2024.
Toutes les plages des Antilles françaises sont-elles touchées ?
Non. Les échouements se concentrent sur les façades exposées à l’est : côtes atlantiques de Martinique, est de Basse-Terre, nord-est de Grande-Terre, Marie-Galante, La Désirade et Les Saintes. La côte caraïbe et le nord de Grande-Terre sont largement épargnés.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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