Trois hauts mégalithes de grès dressés dans un champ herbeux du Yorkshire, sous une lumière rasante de fin de journée.

Du ruban adhésif a résolu l’énigme des « Flèches du Diable », mégalithes de 25 tonnes

Les trois mégalithes des Flèches du Diable ne doivent rien aux glaciers : des bâtisseurs les ont tirés sur 18 kilomètres depuis Brimham Rocks vers 2000 av. J.-C. La preuve tient dans des grains de minéraux décollés au ruban adhésif.

Trois blocs de grès plantés dans un champ du Yorkshire passaient pour un caprice des glaciers. Une étude de la Curtin University et de l’université d’York établit qu’ils ont été tirés sur au moins 18 kilomètres depuis Brimham Rocks jusqu’à Boroughbridge vers 2000 av. J.-C., pour dresser l’alignement des « Flèches du Diable ».

Les trois mégalithes des « Flèches du Diable », à Boroughbridge (Yorkshire), pèsent plus de 25 tonnes chacun et ont parcouru au moins 18 kilomètres depuis Brimham Rocks vers 2000 av. J.-C., selon une étude de la Curtin University annoncée le 9 septembre 2026. Le travail paru dans Proceedings of the Royal Society A tranche un débat resté ouvert sur la provenance de ces pierres.

Des grains de minéraux prélevés au ruban adhésif

La démonstration tient à un geste : coller une bande adhésive sur la pierre, la décoller, garder les grains restés dessus. Pas de carotte, pas d’éclat, aucune marque sur un monument protégé. Les chercheurs ont ensuite daté les cristaux de zircon et d’apatite contenus dans ces grains, dont les âges couvrent du Paléozoïque à l’Archéen, puis comparé cette signature aux affleurements candidats de la région.

Un seul répond : Brimham Rocks, un chaos de Millstone Grit sculpté par le vent, à 18 kilomètres à l’ouest du monument. Le même jeu de données écarte l’hypothèse d’un transport naturel par les glaces, puisque les écoulements régionaux descendaient des Pennines vers le sud et non vers l’est.

Une main gantée applique une bande de ruban adhésif transparent sur la surface rugueuse et couverte de lichen d’un bloc de grès.
Le prélèvement au ruban rapporte des grains de zircon et d’apatite sans laisser de trace sur la pierre.

Pourquoi Brimham plutôt que Plumpton

La fiche patrimoniale du monument retenait jusqu’ici Plumpton Rocks, plus proche, comme source probable. L’étude la contredit, et l’écart ne relève pas du détail : les bâtisseurs avaient du grès plus accessible sous la main, et sont allés le chercher ailleurs.

« Notre étude montre que ces pierres n’ont pas simplement été prises à la source disponible la plus proche : elles ont été délibérément choisies dans un paysage difficile, à 18 kilomètres de là », résume Anthony Clarke, premier auteur, dans le communiqué de Curtin. « Ces communautés faisaient des choix délibérés et signifiants sur la provenance de leurs pierres », ajoute son coauteur Jim Leary.

Le geste n’est pas isolé. Anthony Clarke le rapproche des pratiques repérées à Stonehenge et sur d’autres monuments néolithiques, où les carrières semblent avoir été retenues pour ce qu’elles signifiaient plutôt que pour leur commodité.

L’alignement lui-même s’étire sur 174 mètres, orienté nord-nord-ouest / sud-sud-est. La pierre sud est le deuxième mégalithe le plus haut de Grande-Bretagne, derrière le monolithe de Rudston, et la pierre centrale arrive troisième. Une quatrième a été débitée et réemployée, d’après les sources anciennes.

Remis à plat par ces mesures, le monument se résume à quelques ordres de grandeur.

Les « Flèches du Diable » après l’étude de provenance. Sources : Curtin University et Proceedings of the Royal Society A, septembre 2026.
DonnéeValeur
Pierres encore debout3, sur un alignement de 174 mètres
Hauteurjusqu’à 7 mètres
Poids unitaireplus de 25 tonnes
RocheMillstone Grit
Origine établieBrimham Rocks, à 18 km à l’ouest
Origine supposée jusqu’iciPlumpton Rocks
DatationNéolithique final ou âge du bronze ancien, vers 2000 av. J.-C.

Additionnées, les trois pierres encore debout représentent au moins 75 tonnes de grès déplacées sur ces 18 kilomètres. « Déplacer chacune de ces pierres exigeait une planification, une coordination et un savoir-faire d’ingénieur considérables », note Anthony Clarke.

Une méthode transposable

L’équipe veut appliquer ce prélèvement non destructif à d’autres pierres dressées dont l’origine reste discutée. Le principe vaut partout où une roche a laissé sa signature minérale : il faut un affleurement candidat, un comparateur, et une bande adhésive.

Série AAP : mégalithes. Troisième pierre dressée suivie cet été. Le 12 août, des archéologues ont retourné un menhir « à la mode du Néolithique » en Haute-Vienne, devant le public, pour en lire la face cachée : notre reportage.

À Boroughbridge comme à Brimham Rocks, les chercheurs annoncent maintenant des fouilles ciblées aux deux extrémités du trajet, pour dater le chantier et en reconstituer le déroulé.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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