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Le chantier d’un palais de justice tchèque s’est arrêté sur un tapis d’os. Plus de 3 500 restes d’animaux, dont au moins vingt mammouths laineux, ont été dégagés sur environ 1 000 mètres carrés à Bukov, quartier d’Ústí nad Labem, en Tchéquie, entre novembre 2024 et juin 2025. L’étude qui décrit le dépôt est parue le 12 septembre dans Journal of Archaeological Science: Reports. Elle y voit un camp de chasseurs du Gravettien récent.
Dix-neuf mâchoires et une dent isolée
Compter des mammouths, c’est compter des mâchoires. L’équipe en a relevé dix-neuf, et une dent isolée porte le total à vingt individus au minimum. Le même sol a rendu du rhinocéros laineux, du cheval, du renne et un lièvre. Quatre datations radiocarbone, prises sur des charbons de deux foyers, situent l’occupation entre 28 800 et 25 600 ans avant aujourd’hui.
Vingt mammouths au même endroit, cela ne se lit pas comme un accident. Les auteurs décrivent une chasse sélective et des retours répétés sur le même lieu. L’étude range Bukov dans la famille des grands dépôts gravettiens d’Europe centrale, et pousse ce phénomène vers le nord-ouest.
La fouille a commencé le 4 novembre 2024, dès que la surveillance archéologique du chantier a rencontré les premiers ossements, et s’est achevée en juin 2025. L’institut de protection du patrimoine archéologique de Bohême du Nord-Ouest, à Most, a conduit l’opération avec l’Institut d’archéologie de l’Académie tchèque des sciences de Brno. Le chantier a été piloté par son directeur, Petr Lissek.
L’inventaire tient en quelques lignes.
| Élément | Relevé |
|---|---|
| Restes d’animaux dégagés | plus de 3 500 |
| Surface fouillée | environ 1 000 m² |
| Mammouths laineux (minimum d’individus) | 20, d’après 19 mandibules et une dent isolée |
| Mammouths âgés de 13 à 27 ans | 13 sur 20 |
| Datations radiocarbone | 4, de 28 800 à 25 600 ans |
| Autres espèces identifiées | rhinocéros laineux, cheval, renne, lièvre |
| Foyers nets sous la couche d’os | 3 |
| Durée de la fouille | novembre 2024 à juin 2025 |
Les traces de découpe tranchent un vieux débat
Depuis les fouilles du XIXe siècle, la même question revient : ces amas viennent-ils de la chasse, ou du ramassage de carcasses déjà sèches ? À Bukov, les os post-crâniens portent des marques de découpe et de boucherie. « La viande de mammouth a été exploitée à des fins alimentaires », résume Soňa Herčíková, coautrice de l’étude, dans ScienceAlert. Les auteurs concluent à une accumulation d’origine humaine, formée sur des carcasses fraîches.

Le profil d’âge pousse dans le même sens. Treize des vingt mammouths avaient entre 13 et 27 ans environ, une estimation calée sur le développement de l’éléphant d’Afrique. La plupart étaient sexuellement matures mais encore en croissance. Ces bêtes-là ne meurent pas seules.
L’outillage complète la scène. Lamelles à dos, pièces coupantes, un couteau de type Kostienki, des fragments qui pourraient être des armatures de projectile : la panoplie est celle du Gravettien récent. Trois foyers nets reposaient sous la couche d’os.
Le dépôt est aussi un intrus sur la carte. Ce genre d’accumulation est connu de Moravie, de Basse-Autriche et du sud de la Pologne. « De tels dépôts d’os ne sont connus que de quelques sites de renommée mondiale », relevait l’équipe à la clôture du chantier. Rien d’équivalent n’avait été documenté en Bohême, et la découverte montre que les chasseurs circulaient aussi par le nord du pays.
Et chez nous ?
À Solutré, une maison particulière a ouvert 270 mètres carrés
La France connaît le scénario. À Solutré-Pouilly, en Saône-et-Loire, la construction d’une maison particulière a déclenché une fouille de l’Inrap du 19 octobre 2015 au 25 avril 2016, sur 270 mètres carrés. Le chantier tchèque en a ouvert près de quatre fois plus, l’équivalent de quatre courts de tennis. Même mécanique des deux côtés : un permis de construire, un diagnostic, et le Paléolithique qui remonte.
Le rapprochement va plus loin qu’un hasard de calendrier. Au pied de la roche de Solutré, l’amas d’ossements de chevaux dit Crot du Charnier a été repéré en 1866 par Adrien Arcelin, au cours d’une promenade. Le Gravettien y est attesté, vers 28 000 ans, la fenêtre exacte de Bukov. Un siècle et demi plus tard, ce ne sont plus les promeneurs qui trouvent les gisements : ce sont les pelleteuses. Une tonne de fer celte était sortie de la même façon d’une gravière du Danube.
La livraison du palais de justice, ses 48 salles d’audience et ses 828 agents, annoncée pour le premier semestre 2027, est repoussée à mai 2028. Vingt mammouths auront fait reculer un tribunal d’un an.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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