
Le chiffre
Publié le 4 juillet 2026 · Mis à jour le 6 juillet 2026 à 16h02
Fermez les yeux et écoutez un fou rire, celui d’un enfant, d’un chimpanzé ou d’un orang-outan chatouillé. Le son diffère, mais le battement, lui, est le même : des salves qui reviennent à intervalles réguliers, comme les temps d’une mesure. Ce tempo partagé n’a rien de récent. Des chercheurs de l’université de Warwick le font remonter à l’ancêtre commun des grands singes, il y a environ 15 millions d’années.
15millions d’années d’un rire au même tempo
Le son ne se fossilise pas. Pour dater le rire, on ne creuse pas la terre, on compare les cousins vivants. En réunissant des enregistrements des quatre grands singes et de jeunes enfants, l’équipe de l’université de Warwick a mesuré, salve après salve, l’écart de temps entre deux éclats. Verdict : toutes ces espèces rient à un rythme régulier, ce que les scientifiques appellent l’isochronie. Le même battement chez l’orang-outan et chez l’enfant ne peut s’expliquer que par un héritage commun, remontant à la racine de la famille des hominidés.

Quinze millions d’années, c’est bien avant le genre humain, bien avant la première phrase prononcée. Cette horloge interne du rire précède donc largement la parole. Elle apparaît comme une brique très ancienne, jamais effacée par l’évolution parce qu’elle sert un signal universel de jeu et d’apaisement. Nous ne l’avons pas inventée, nous en avons hérité.
Espèces étudiées5
Salves analysées140
Unité : rythme du rire (isochronie). Échantillon : 17 individus (4 orangs-outans, 2 gorilles, 3 bonobos, 4 chimpanzés, 4 humains). Limite : datation estimée d’après l’ancêtre commun.
Ce chiffre repose sur un travail patient : 140 salves de rire, produites par seulement 17 individus, les jeunes grands singes étant rares en captivité. Chaque salve a été enregistrée pendant des moments de jeu et de chatouilles, les seules situations où les grands singes rient de façon fiable. Voici comment se répartissent ces enregistrements par espèce.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Mais le tempo n’est pas figé le long de l’arbre du vivant. Plus une espèce se rapproche de l’homme, plus son rire s’accélère et gagne en souplesse. Le nôtre est le plus rapide et le plus variable : nous sommes les seuls à changer de cadence selon le contexte. Les enfants étudiés étaient même les seuls à rire plus vite sous les chatouilles que pendant un simple jeu, une modulation absente chez les autres singes. Le battement de base est ancien, mais son affinage, lui, raconte l’histoire de notre voix.

Derrière ce 15 se cache donc une continuité plutôt qu’une rupture. Nos capacités vocales n’ont pas surgi d’un coup avec la parole : elles ont été peaufinées, salve après salve, pendant des millions d’années. La prochaine fois qu’un éclat de rire vous emporte, souvenez-vous que vous battez la mesure d’une très vieille partition, écrite bien avant que nos ancêtres ne sachent parler.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant - 2
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 3
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt
Nos dossiers
- France486
- Santé208
- Science207
- Prévention194
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

