
Sommaire
- En bref
- Un détail de nature morte qui tient de la scène de chasse
- La grande noctule, plus grande chauve-souris d'Europe
- Ce que la science a mis quatre siècles à confirmer
- La reconstitution d'une chasse à plus de 400 mètres
- Quand une toile devient une source de données
- En France, une géante des forêts anciennes
- Questions courantes
Décryptage
Approchez-vous de la toile intitulée L’Air, que Jan Brueghel l’Ancien a peinte en 1611, et un détail finit par accrocher l’oeil. Au milieu de plus de soixante oiseaux, une petite chauve-souris file dans les airs, un passereau serré dans la gueule. On aurait pu n’y voir qu’une fantaisie de peintre. Sauf qu’une étude publiée dans la revue PNAS vient d’y reconnaître un comportement bien réel, filmé pour la première fois seulement en 2025. Entre ce coup de pinceau et sa preuve scientifique, nous avons compté 414 ans.
En bref
- 414 ans séparent la scène peinte par Brueghel en 1611 de sa première démonstration directe par des biologistes, en 2025.
- Le tableau L’Air réunit plus de 60 espèces d’oiseaux et 3 espèces de chauves-souris, dont une noctule tenant un petit passereau en plein vol.
- En 2025, des capteurs miniatures ont enregistré une grande noctule capturant un rouge-gorge, puis le dévorant 23 minutes sans se poser.
- La grande noctule, plus grande chauve-souris d’Europe, vit aussi en France, où elle est protégée.
Un détail de nature morte qui tient de la scène de chasse
Le tableau n’a rien d’un bestiaire imaginaire. L’Air, l’un des volets d’une série sur les éléments, se lit comme un inventaire naturaliste : selon les auteurs de l’étude, Jan Brueghel l’Ancien y a représenté plus de soixante espèces d’oiseaux identifiables, et trois espèces de chauves-souris.
C’est l’une d’elles qui intrigue. Peinte en vol, un petit passereau dans la gueule, elle correspond sans ambiguïté, pour les chercheurs, à une noctule. Aucune autre toile de l’époque ne documente une telle scène avec cette précision.

Les auteurs restent prudents : la manière dont la proie est tenue ne colle pas tout à fait à ce que l’on observe aujourd’hui. Mais la spécificité de la scène, écrivent-ils, trahit une certaine familiarité du peintre avec ce comportement rare.
La grande noctule, plus grande chauve-souris d’Europe
Derrière ce détail se cache un animal hors norme. La grande noctule (Nyctalus lasiopterus, son nom savant) est la plus grande chauve-souris d’Europe, et l’une des trois seules espèces au monde connues pour chasser des oiseaux en plein vol.
Sa cible : les passereaux qui migrent de nuit, par milliards, à haute altitude au-dessus de nos têtes. Un garde-manger immense, mais presque impossible à atteindre pour un prédateur, tant ces oiseaux sont vifs et de bonne taille.
Longtemps, ce régime carnivore a paru si improbable qu’il a nourri les controverses entre spécialistes. Comment une chauve-souris, guidée par ses ultrasons, pourrait-elle rattraper en vol un oiseau aussi rapide qu’elle ? La réponse manquait d’yeux et d’oreilles pour la voir se produire.
Ce que la science a mis quatre siècles à confirmer
Jusqu’à récemment, ce régime alimentaire ne reposait que sur des indices indirects : des plumes de passereaux retrouvées dans les crottes des chauves-souris. Deux décennies d’analyses avaient bien révélé des pics de consommation d’oiseaux calés sur les périodes de migration, mais l’acte lui-même restait invisible. Personne n’avait vu la scène se dérouler.
Tout a changé en octobre 2025. Une équipe menée par Laura Stidsholt a équipé quatorze grandes noctules de minuscules capteurs, sortes de boîtes noires enregistrant l’altitude, l’écholocation et les mouvements. Sur l’un des vols, le micro a capté les cris de détresse d’un rouge-gorge capturé, puis les bruits de mastication de la chauve-souris, qui a continué de voler.
Mettez les deux dates côte à côte, et l’écart donne le vertige.

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Quatre cent quatorze ans séparent l’oeuvre de Brueghel de cette captation. Le peintre avait saisi à main levée ce qu’il aura fallu des capteurs, un micro et de l’ADN pour établir noir sur blanc.
La reconstitution d’une chasse à plus de 400 mètres
Le détail des enregistrements dessine une chasse d’une précision de rapace. Les noctules montaient au-dessus de 400 mètres avant de repérer une proie, puis plongeaient en piqué, multipliant les salves d’écholocation pour ne pas la perdre.
| Ce que révèlent les données | Mesure | Source |
|---|---|---|
| Grandes noctules équipées de capteurs | 14 | Science 2025 |
| Altitude atteinte avant l’attaque | plus de 400 m | Science 2025 |
| Salves d’écholocation par poursuite | plus de 40 | Science 2025 |
| Oiseau dévoré en plein vol, sans perdre d’altitude | 23 min | Science 2025 |
| Espèces d’oiseaux figurées sur la toile de 1611 | plus de 60 | PNAS 2026 |
| Espèces de chauves-souris sur la toile | 3 | PNAS 2026 |
Après la capture, les chercheurs ont retrouvé au sol des ailes d’oiseaux portant des marques de morsure caractéristiques. La chauve-souris arrache les ailes en vol pour alléger sa proie et la manoeuvrer plus facilement, une technique digne de la chasse aux gros insectes.
Quand une toile devient une source de données
C’est là que l’histoire bascule du côté de la méthode. Pour les auteurs, une peinture assez précise peut fonctionner comme une archive naturaliste, l’instantané d’un comportement animal capté quatre siècles avant nos instruments.
L’idée n’est pas anecdotique. À mesure que les musées numérisent leurs collections et que les outils d’analyse progressent, ces oeuvres deviennent des gisements de données longtemps restés sous nos yeux, difficiles à exploiter et souvent négligés.
La prudence reste de mise : un tableau n’est pas une photographie, et l’intention d’un artiste n’est pas un protocole. Mais quand la scène est aussi spécifique, elle cesse d’être un simple ornement pour devenir un indice, à recouper avec le reste.
En France, une géante des forêts anciennes
Cette chasseuse des hauteurs n’est pas une curiosité lointaine : elle vole aussi chez nous. En France, la grande noctule est une espèce protégée, rare et discrète, surtout détectée au sud d’une ligne Nantes-Besançon, des Landes au Massif central jusqu’en Corse. Faute d’observations, elle demeure mal connue, au point d’être classée comme espèce à données insuffisantes à l’échelle nationale.
Sa survie tient à un fil : elle niche dans les cavités des vieux arbres, en lisière de forêt ou dans d’anciens parcs. Sans grands arbres à trous, pas de gîte. C’est un rappel utile au moment où l’on recense les chauves-souris jusque dans nos villes, comme le recensement mené à Paris.

Reste cette image, tenue par un fil de peinture. En 1611, un artiste flamand a regardé le ciel nocturne avec assez d’attention pour y voir ce que personne ne saurait prouver avant quatre siècles. La prochaine découverte dort peut-être déjà, immobile, dans le coin d’un tableau.
Questions courantes
Que montre le tableau L’Air de Jan Brueghel l’Ancien ?
Peinte en 1611, cette toile réunit plus de 60 espèces d’oiseaux et 3 espèces de chauves-souris. L’une d’elles, identifiée comme une noctule, est représentée en vol avec un petit passereau dans la gueule.
Une chauve-souris peut-elle vraiment manger un oiseau en plein vol ?
Oui. En 2025, des capteurs embarqués ont enregistré une grande noctule capturant un rouge-gorge puis le consommant durant 23 minutes sans cesser de voler, première preuve directe de ce comportement.
Qu’est-ce que la grande noctule ?
Nyctalus lasiopterus est la plus grande chauve-souris d’Europe. C’est l’une des trois seules espèces au monde connues pour chasser des passereaux migrateurs en vol, la nuit et à haute altitude.
Combien de temps sépare le tableau de la preuve scientifique ?
414 ans : la toile date de 1611 et la première démonstration directe par capteurs embarqués a été publiée en 2025, avant que l’étude sur la peinture ne paraisse dans PNAS en 2026.
La grande noctule vit-elle en France ?
Oui, mais elle y est rare et protégée. On la détecte surtout au sud d’une ligne Nantes-Besançon, des Landes au Massif central et en Corse, avec des colonies de reproduction connues depuis 2012.
Comment un tableau peut-il servir la science ?
Une oeuvre assez précise fixe un comportement à une date donnée. Numérisées et analysées, ces peintures deviennent des archives naturalistes qui complètent, sans les remplacer, les observations modernes.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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