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Onze glyphes noirs, peints sur 192 millimètres de haut, au centre du mur est d’une chambre enterrée dans la forêt du nord-est du Guatemala. Neuf d’entre eux enchaînent 2 920 jours de calculs mêlant les cycles de Vénus et de Mars. Les deux derniers ne comptent rien : ils portent une phrase et un nom. « Ainsi dit Sak Tahn Waax », « Renard à poitrail blanc ». C’est, selon l’étude parue le 14 juillet 2026 dans la revue Antiquity, le seul exemple connu d’un mathématicien maya de la période classique crédité directement pour son travail.
Une chambre devenue atelier de calcul
Le lieu s’appelle Xultun. En 2010, des fouilles y ont ouvert une petite construction de maçonnerie, la structure 10K-2 : une porte au sud, une banquette de pierre, des murs peints de portraits d’hommes assis et agenouillés, chacun accompagné de son titre, taaj, « obsidienne ».

Ce que les archéologues ont trouvé sur le mur est ne ressemble pourtant pas à une fresque de gloire. Environ 52 textes, souvent minuscules, peints par-dessus les figures et sur des rustines d’enduit réappliqué. Une table lunaire, des nombres géants, des cycles emboîtés. Les auteurs parlent sans détour des « brouillons » de mathématiciens mayas. Des outils de fabrication de papier retrouvés sur place, datés d’une occupation allant d’environ 650 à 950 de notre ère, les poussent vers une hypothèse : cette chambre était un atelier où l’on fabriquait des livres, et sans doute où l’on apprenait le calendrier.
Ce que dit la formule : 2 920 jours emboîtés
Le texte, baptisé Text 19 par les chercheurs, se lit en L inversée. Il déroule cinq dates séparées par des intervalles, dans un total de 2 920 jours. Le nombre n’a rien d’arbitraire : c’est le plus petit multiple commun de la période synodique de Vénus, 584 jours, et de l’année solaire maya, le Haab, de 365 jours. Huit années solaires, cinq passages de Vénus, et la planète retrouve la même position par rapport au soleil.
L’intérêt de l’auteur n’était pas ce total, connu de tous les scribes de son temps. C’était sa façon de le découper, en quatre intervalles qui ne sont justement pas les cycles de Vénus qui l’engendrent.

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Un uinal de 20 jours, un tzolkin de 260 jours, deux années de Mars de 780 jours, trois tuns de 360 jours : additionnez, vous retombez exactement sur 2 920. Six cycles célestes et calendaires tiennent ainsi dans neuf glyphes, un chiffre que les auteurs jugent probablement délibéré, tant le neuf compte dans la pensée maya.
Plus troublant encore, et les chercheurs le posent avec prudence : les coefficients se suivent. Un uinal, un tzolkin, deux Mars, trois tuns, cinq Vénus. Un, un, deux, trois, cinq, ce que nos mathématiques appellent une suite de Fibonacci. Les auteurs le notent, puis précisent aussitôt que la mesure dans laquelle les mathématiques mayas anciennes intégraient ce motif reste inconnue. Nous en resterons là, nous aussi.
« Ainsi dit » : les deux glyphes qui changent tout
Restent les deux signes qui ne calculent rien. Le premier se lit che-he-na, cheheen, une particule de citation que l’on traduit par « ainsi dit ». Le second épelle SAK-TAHN-wa-xi, Sak Tahn Waax, « Renard à poitrail blanc ». Un nom de personne, au bout d’une opération.
Les chercheurs proposent d’y lire une attribution, et le disent avec prudence : Sak Tahn Waax a peut-être calculé et peint ce texte de sa main, ou bien le scribe citait le nom d’un autre, quelque mathématicien-astronome réputé. Dans les deux cas le geste reste le même, unique dans le corpus maya connu : un travail intellectuel rattaché à une personne. « Mathématicien » et « astronome » sont d’ailleurs nos mots, pas ceux des Mayas de l’époque classique.
La date est elle aussi une reconstruction. La peinture a souffert des racines et de l’eau. En partant du segment le mieux conservé, les chercheurs estiment que la meilleure correspondance place la séquence au 7 novembre 781 dans le calendrier julien, le 11 novembre en grégorien. Une proposition argumentée, pas un fait gravé.
Un des quatre livres mayas survivants dort à Paris
Voilà où la France entre dans l’histoire, de plein droit. Les auteurs le soulignent : il ne subsiste que quatre livres mayas antérieurs à la colonisation, tous fabriqués plus de cinq siècles après cette fresque, aucun documenté par l’archéologie. La Bibliothèque nationale de France en conserve un.
C’est le Codex Peresianus, ou Codex de Paris, coté Manuscrits, mexicain 386. Selon la BnF, de longues bandes d’écorce de ficus de 1,45 mètre, pliées en accordéon, peintes de glyphes, de dieux et d’animaux. Au verso, un almanach de prédictions et un calendrier zodiacal de 364 jours. La BnF précise qu’il fut découvert par le chercheur Léon de Rosny au milieu du 19e siècle, et que sa date exacte reste inconnue. Il est feuilletable en entier sur Gallica, depuis votre canapé.

Le rapprochement n’est pas décoratif. Xultun montre l’envers de ces livres : les brouillons, les ratures, la mécanique qu’aucun monument ne laisse voir. La même curiosité nous fait aujourd’hui rouvrir la plus vieille épave de Singapour pour lire une économie dans une cargaison.
Reste la question que les chercheurs posent sans y répondre : pourquoi celui-là a-t-il signé, et pas les cinquante et un autres textes de la pièce ? Peut-être parce qu’il était complet, réutilisable, une façon personnelle de plier 2 920 jours. Nous ne saurons jamais si Sak Tahn Waax l’a fait par fierté, par habitude ou par jeu. Nous savons seulement qu’un soir de novembre 781, quelqu’un a regardé Vénus, en a tiré une jolie chose, et a tenu à ce qu’on sache que c’était lui.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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