Une jeune éléphante d’Asie marche sur une route de montagne alpine, accompagnée à distance par un petit groupe de marcheurs.

Une éléphante de zoo a traversé les Alpes pour vérifier la route d’Hannibal

Le 20 juillet 1959, une équipe britannique quitte Pontcharra avec une éléphante prêtée par le zoo de Turin, pour savoir si les pachydermes d’Hannibal pouvaient vraiment passer par là. Le col visé n’a pas été celui franchi.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une idée lancée dans un foyer de Birmingham
  3. Un col visé, un autre franchi
  4. Le vrai débat se joue toujours sur la carte
  5. Questions courantes

Récit

Sur la route de Pontcharra, au petit matin, une éléphante d’Asie prend la direction des cols alpins. Nous sommes le 20 juillet 1959, et une équipe britannique emmenée par l’ingénieur John Hoyte veut vérifier une hypothèse d’historien : Hannibal a-t-il pu faire franchir les Alpes à ses éléphants par ce versant ?

L’éléphante s’appelle Jumbo. Le zoo de Turin la prête sans rien facturer : son directeur, Arduino Terni, a dit oui après un coup de fil du consul britannique de la ville, M. Bateman, rapporte St John’s College. Marchent avec elle un professeur de médecine vétérinaire, une trésorière qui fait aussi la cuisine, un photographe, un chauffeur de camion et un cornac. Il ne manque qu’un général carthaginois.

En bref

  • Une expédition britannique s’élance de Pontcharra, en Isère, à l’été 1959, avec une éléphante prêtée par le zoo de Turin.
  • Elle veut savoir si les éléphants d’Hannibal pouvaient physiquement gravir le col du Clapier, en Maurienne.
  • Des éboulements renvoient la colonne vers le col du Mont-Cenis, qu’elle franchit jusqu’à Suse, en Italie.
  • L’itinéraire réel du général carthaginois reste disputé, entre le Clapier et le col de la Traversette.

Une idée lancée dans un foyer de Birmingham

Tout part d’une conversation, en septembre 1958, au YMCA de Birmingham, entre Hoyte et un ami prénommé Joe. L’homme n’en est pas à son premier Hannibal. Ancien étudiant de St John’s College, à Cambridge, il avait pris part à l’expédition universitaire de 1956, celle qui a désigné le col du Clapier comme passage probable. Elle se faisait à pied. La suivante serait plus encombrante.

L’équipe se constitue à la mi-juin 1959. Richard Jolly, son meilleur ami de Cambridge, tient le secrétariat. John Hickman, professeur de médecine vétérinaire, veille sur l’animale. Car personne, à l’époque, ne sait ce que vaut un éléphant en altitude. « On connaît peu de chose des capacités d’escalade d’un éléphant au-dessus de 5 000 pieds », soit environ 1 500 mètres, note un membre de l’expédition cité par l’université de St Andrews. On connaissait déjà mieux leur oreille que leurs mollets, puisque les éléphants s’entendent à dix kilomètres.

Un col visé, un autre franchi

La colonne remonte la vallée de l’Arc, en Maurienne, vers ce fameux Clapier, perché à quelque 2 400 mètres. Les éboulements en décident autrement. Prudente, l’équipe renonce à quelques kilomètres du sommet plutôt que de risquer sa monture. Elle redescend dans la vallée et bascule par le col du Mont-Cenis, « un autre passage proposé pour la route d’Hannibal par nul autre que l’empereur français Napoléon », écrit Hoyte.

Jumbo pesait un peu plus de deux tonnes et demie au départ, le poids d’une camionnette chargée. À l’été 1959, une éléphante du zoo de Turin a franchi les Alpes en dix jours depuis l’Isère, en perdant plus de deux cents kilos sur le parcours. Elle « envahit » Suse, en Italie, selon le mot du chef d’expédition.

Les actualités filmées suivent le convoi pas à pas. British Pathé titre sobrement « Elephants Cross The Alps », pendant que British Movietone sort sa version sonore.

Vidéo : British Pathé, « Elephants Cross The Alps », 1959

Le verdict de l’expédition tient en une ligne : la performance de Jumbo montre que « la route supposée serait tout à fait compatible avec les capacités d’escalade des éléphants d’Hannibal ».

Un sentier caillouteux monte vers un col alpin encore tacheté de névés, entre deux crêtes rocheuses.
Les éboulements sur la montée du Clapier ont renvoyé l’expédition vers le col du Mont-Cenis.
L’expédition de 1959 bout à bout, d’après St John’s College, John Hoyte et l’université de St Andrews.
ÉtapeCe qui s’est passé
Départle 20 juillet 1959, de Pontcharra, en Isère
Col viséle Clapier, vers 2 400 mètres, abandonné à quelques kilomètres du sommet
Col franchile Mont-Cenis, passage déjà défendu par Napoléon
ArrivéeSuse, en Italie, après dix jours
Jumboonze ans, un peu plus de deux tonnes et demie au départ, plus de 200 kilos perdus

Le vrai débat se joue toujours sur la carte

Le mystère, lui, a survécu à l’expédition. Le Clapier garde ses partisans chez les historiens. Une équipe internationale menée par Bill Mahaney a pourtant défendu en 2016 une autre hypothèse : le col de la Traversette, à environ 3 000 mètres, sur la frontière au sud-est de Grenoble, déjà avancé un siècle plus tôt par le biologiste Gavin de Beer.

Les chercheurs y ont mis au jour, dans une tourbière, un dépôt massif d’excréments saturé de bactéries Clostridia. L’analyse isotopique du carbone le situe autour de 200 avant notre ère, tout près des 218 av. J.-C. des textes antiques. La troupe en cause comptait 30 000 hommes et bêtes, dont 37 éléphants et plus de 15 000 chevaux, détaille l’équipe.

Trois cols français ou frontaliers se disputent donc un épisode vieux de vingt-deux siècles : le Clapier et le Mont-Cenis côté Savoie, la Traversette bien plus au sud. Les Romains, eux, finiront par équiper ces montagnes de leurs propres routes.

L’expédition avait emprunté une éléphante pour approcher la réponse. La piste la plus sérieuse, aujourd’hui, est un tas de crottin daté au carbone.

Questions courantes

Qui a payé le voyage de l’éléphante ?
Le propriétaire du zoo de Turin s’est proposé de lui-même et est devenu le premier financeur de l’expédition, le zoo prenant en charge les dépenses directes de l’animale.

Quel âge avait Jumbo au moment de la traversée ?
Onze ans, selon l’université de St Andrews. C’était une éléphante d’Asie.

Où lire le récit complet de l’expédition ?
John Hoyte en a tiré deux livres, Trunk Road for Hannibal et The Persistence of Light, conservés à la bibliothèque de St John’s College, à Cambridge, et consultables en ligne.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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