Un métier à tisser en bois dans un atelier de cottage anglais, une prothèse de bras à crochet de fer posée sur l’établi près d’une navette.

Il a enterré son propre bras et s’est battu vingt-deux ans pour trois pence de plus

Amputé en 1814, Shadrack Byfield a enterré son bras dans un cercueil de planches et s’est battu vingt-deux ans pour trois pence de pension en plus. Son autobiographie de 1851, retrouvée à Cleveland, raconte la vie que sa légende avait effacée.

Sommaire
  1. En bref
  2. Le bras qu’il n’a pas laissé sur le fumier
  3. Neuf pence par jour, vingt-deux ans de démarches
  4. Un crochet de forgeron pour reprendre le métier
  5. L’exemplaire de Cleveland
  6. Questions courantes

Récit

Neuf pence par jour. C’est ce que la Couronne britannique accorde à Shadrack Byfield après lui avoir scié le bras gauche sous le coude, en 1814, sur le front canadien de la guerre de 1812. Un infirmier a jeté le membre sur un tas de fumier ; le soldat est allé le récupérer, a cloué quelques planches en guise de cercueil et l’a enterré.

Deux siècles plus tard, une seconde autobiographie de Byfield refait surface à Cleveland, dans l’Ohio, et défait la statue. L’historien Eamonn O’Keeffe, aujourd’hui à Memorial University de Terre-Neuve, en tire un article paru le 19 janvier 2026 dans le Journal of British Studies, annoncé par l’université de Cambridge : derrière le tisserand stoïque du Wiltshire se tenait un homme en douleur chronique, à court d’argent, et décidé à harceler l’administration militaire pendant vingt-deux ans.

En bref

  • Shadrack Byfield (1789-1874), tisserand du Wiltshire engagé dans la milice à 18 ans, perd son avant-bras gauche en 1814 au Canada avec le 41e régiment d’infanterie.
  • Sa pension d’invalidité de 9 pence par jour équivaut à 13,69 livres par an, quand les officiers amputés touchaient de 50 à 400 livres annuelles.
  • Il obtient 1 shilling par jour en mai 1836, après l’intervention de l’officier à la retraite Sir William Napier.
  • Son autobiographie de 1851, retrouvée à la Western Reserve Historical Society de Cleveland, corrige l’image du vétéran sans plainte.

Le bras qu’il n’a pas laissé sur le fumier

Né en 1789 près de Bradford-on-Avon, dans le Wiltshire, Byfield entre dans la milice du comté à 18 ans, en 1807, puis embarque pour le Canada en 1809 avec le 41e régiment d’infanterie. La balle de mousquet qui lui fracasse l’avant-bras gauche arrive cinq ans plus tard. L’amputation se fait sous le coude, sans anesthésie.

Vient ensuite le geste que la postérité a retenu, en le prenant pour de la bravoure tranquille. Voir son bras finir sur un tas de fumier avec les rebuts du poste de secours met Byfield en colère. Il le reprend, assemble une caisse de planches, l’enterre. L’étude y lit autre chose qu’une anecdote macabre : la revendication, par un simple soldat, d’un corps qui reste le sien.

Neuf pence par jour, vingt-deux ans de démarches

La pension d’invalidité de Shadrack Byfield, soldat britannique amputé du bras gauche en 1814, valait 9 pence par jour, soit 13,69 livres par an : jusqu’à 29 fois moins que les 50 à 400 livres annuelles versées aux officiers amputés, selon l’étude parue le 19 janvier 2026 dans le Journal of British Studies. La conversion suit l’ancienne monnaie britannique, 240 pence pour une livre sterling ; l’écart va de 3,7 fois en bas de la grille d’officier à 29 fois en haut.

Byfield a jugé la somme insuffisante et l’a fait savoir. Il écrit, sollicite, se cherche des protecteurs. Il finit par convaincre Sir William Napier, officier à la retraite, de plaider sa cause : en mai 1836, sa pension passe à 1 shilling par jour. Vingt-deux ans de démarches pour trois pence de plus, et un écart avec le sommet de la grille d’officier qui se resserre d’un quart. L’obstination d’un homme seul finit parfois par déplacer une institution, comme on l’a vu récemment à New York.

Ce que touchait un amputé selon son grade, armée britannique, années 1810 à 1840. Source : Journal of British Studies (2026). Équivalent annuel calculé sur 365 jours, base 240 pence pour une livre.
BénéficiaireMontant accordéSoit par an
Byfield, soldat amputé, à partir de 18149 pence par jour13,69 livres
Byfield, après la révision de mai 18361 shilling (12 pence) par jour18,25 livres
Officiers amputés50 à 400 livres par an50 à 400 livres

En France, les amputés des guerres napoléoniennes avaient les Invalides et son architecture d’État. Byfield, lui, avait un forgeron de village et des lettres à écrire.

Un crochet de forgeron pour reprendre le métier

Il rêvait d’un « instrument » qui lui rende son métier à tisser. Il commande à un forgeron du village un bras artificiel terminé par un crochet de fer, et se remet au travail. Le tissage à domicile faisait vivre les villages du Wiltshire, un demi-siècle avant que les ouvriers d’Amérique du Nord ne se donnent leur fête du travail.

Le crochet reparaît une seconde fois dans les archives, et pas pour tisser. En juin 1853, à 63 ans, Byfield est au cœur d’une rixe dans la chapelle baptiste particulière de Hawkesbury Upton : il aurait entaillé l’œil et le visage d’un adversaire avec sa prothèse. Le vétéran modèle des livres d’histoire militaire n’avait rien d’un homme apaisé.

L’exemplaire de Cleveland

Byfield publie en 1840 A Narrative of a Light Company Soldier’s Service, le récit qui a fait sa réputation : un soldat consciencieux, sobre dans la plainte, cité depuis par les historiens et les documentaires. Onze ans plus tard paraît History and Conversion of a British Soldier, où il se raconte en pécheur racheté. Ce second livre avait disparu de la circulation.

Un petit livre relié du XIXe siècle ouvert sur un berceau de conservation, dans la salle de lecture d’un centre d’archives.
L’autobiographie de 1851 dormait dans une société historique de Cleveland, dans l’Ohio.

L’unique exemplaire retrouvé dormait à la Western Reserve Historical Society, à Cleveland, dans l’Ohio, loin du Londres où il avait été imprimé. C’est lui, croisé avec les registres de pension et les archives judiciaires, qui a permis de reconstituer la vie civile du soldat. Le chercheur, qui a présenté ses travaux au National Army Museum, résume l’enjeu : le récit de guerre de Byfield est bien connu, « mais l’homme derrière le mémoire est resté insaisissable ». Shadrack Byfield est mort en janvier 1874, à 84 ans, soixante ans après avoir enterré son bras.

Questions courantes

Byfield a-t-il été condamné après la rixe de 1853 ?
Non. Poursuivi pour coups et blessures, il n’a jamais été condamné, mais son camp a perdu le contrôle de la chapelle de Hawkesbury Upton.

Sa pension était-elle son seul revenu d’ancien combattant ?
Non. Le Lloyd’s Patriotic Fund lui a versé 15 livres en 1819, il a touché 4 livres et 1 shilling de parts de prise en janvier 1843, et Sir William Napier lui a ensuite servi une allocation annuelle.

Combien de livres Shadrack Byfield a-t-il publiés ?
Trois. Le récit de 1840, l’autobiographie de 1851 retrouvée à Cleveland, et The Forlorn Hope en 1867, dont aucun exemplaire ne subsiste.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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