Des bénévoles montent ensemble un mur en ossature bois et paille sur un chantier rural

Sa maison s’est effondrée près de Toulouse : chaque week-end, des inconnus venus de toute la France remontent les murs

Dans le Lauragais, Magali a vu le bâtiment de sa ferme s'écrouler. Plutôt que de renoncer, elle a ouvert sa porte à des bénévoles qu'elle ne connaissait pas.

Sommaire
  1. En bref
  2. Une ferme à terre, et une décision à contre-courant
  3. Le troc qui fait tenir le chantier
  4. Ce que cette entraide vient combler
  5. Questions courantes

On connaît tous ce moment où le quotidien bascule sur une mauvaise nouvelle, et la sensation de devoir s’en sortir seul. Dans le Lauragais, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Toulouse, Magali a vécu l’inverse. Le bâtiment de la ferme qu’elle avait achetée en 2019 s’est effondré, il a fallu repartir de zéro, et c’est à des inconnus qu’elle a demandé de l’aide. Depuis, chaque week-end, des bénévoles venus de toute la France, parfois de Belgique ou d’Espagne, montent les murs de sa future maison. Elle les loge, les nourrit, et leur apprend à construire. En échange, ils donnent leurs bras. C’est ce troc, gîte et savoir contre travail, qui fait tenir le chantier, et il existe pour des milliers de personnes en France.

En bref

  • Le réseau d’entraide Twiza revendique plus de 50 000 membres et plus de 600 organisateurs de chantiers participatifs en France.
  • Magali, dans le Lauragais, reconstruit sa maison après l’effondrement du bâtiment d’une ferme achetée en 2019.
  • Les bénévoles viennent de toute la France, et au-delà, le week-end ; ils sont logés, nourris et formés en échange de leur aide.
  • La méthode employée, la technique du GREB, vient du Québec et se prête à l’auto-construction.

Une ferme à terre, et une décision à contre-courant

L’histoire commence par une perte sèche. Magali achète une ferme en 2019, le bâtiment finit par s’écrouler, et la voilà devant un tas de gravats plutôt que devant un toit. La plupart d’entre nous, à cet instant, appelleraient l’assurance et compteraient leurs nuits blanches. Elle a fait un autre choix, raconté par la rédaction d’ICI Occitanie : transformer son chantier en lieu d’accueil. Ouvrir sa porte, son frigo et son terrain à des gens qu’elle n’a jamais vus, et leur proposer un marché simple. Vous venez, vous apprenez, vous repartez avec un savoir-faire ; moi, j’avance.

Le mur effondré d'une vieille ferme rurale, pierres et poutres tombées à terre
Le point de départ : un bâtiment de ferme à terre, et tout à rebâtir.

Le pari n’avait rien d’évident. Faire confiance à des inconnus pour vivre sous le même toit le temps d’un week-end, partager les repas, le travail et la fatigue, cela suppose de lâcher beaucoup. Et pourtant, ils sont venus. De plusieurs régions françaises, parfois de Belgique et d’Espagne, des bénévoles qui se relaient pour poser les murs.

Le troc qui fait tenir le chantier

Au cœur de l’affaire, il y a un échange sans argent. Pas de salaire, pas de facture : un toit pour la nuit, des repas chauds et une formation contre une paire de bras le samedi et le dimanche. Ce que les bénévoles viennent chercher dépasse souvent la bonne action. Beaucoup repartent avec une compétence concrète, celle de bâtir, et avec ce lien particulier qui se noue quand on porte ensemble une poutre. C’est la même logique, à plus petite échelle, qu’un simple coup de main entre voisins, où rendre service crée autant de valeur que le service lui-même.

La technique employée porte un nom qui ne dit rien au grand public : le GREB, pour Groupe de recherches écologiques de la Batture, mis au point dans un éco-hameau québécois dans les années 1990. Concrètement, on dresse une double ossature en bois léger, on glisse des bottes de paille entre les deux, et on coule un mortier de chaux dans les interstices. L’intérêt, c’est qu’elle est pensée pour les auto-constructeurs : peu de gestes techniques, des matériaux simples, un chantier que des débutants peuvent rejoindre sans tout casser. De quoi accueillir, justement, des volontaires qui n’ont jamais tenu une visseuse.

Le réseau Twiza revendique plus de 50 000 membres, plus de 600 organisateurs de chantiers participatifs, et un démarrage en 2014
Graphique Actu Alt Plus. Source : réseau Twiza.
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Ce cas isolé s’inscrit dans un mouvement plus large qu’on imagine. Le réseau Twiza, lancé en 2014 pour mettre en relation porteurs de projets et bénévoles, est devenu une coopérative et revendique aujourd’hui plus de 50 000 membres et plus de 600 organisateurs de chantiers participatifs sur tout le territoire. Derrière chaque ligne de ce compteur, il y a une Magali quelque part, et des inconnus qui ont dit oui.

Ce que cette entraide vient combler

Reste une question qui dérange un peu. Si autant de gens reconstruisent à la main, le week-end, avec l’aide d’étrangers, c’est aussi que le filet classique ne suffit pas toujours. Quand un bâti ancien s’effondre, l’assurance ne couvre pas forcément tout, et faire appel à des entreprises coûte des sommes hors de portée pour beaucoup. Le chantier participatif devient alors une économie parallèle de la reconstruction, faite de temps donné et de savoir partagé plutôt que de devis.

Cette entraide a fini par se structurer. Twiza, né en 2014, s’est transformé en coopérative et place noir sur blanc, dans ses statuts, des valeurs d’entraide et de partage des savoirs. Les chantiers y sont encadrés par une charte et une assurance pour les adhérents, signe que le bénévolat n’exclut pas le sérieux. On est loin du coup de main improvisé : c’est tout un écosystème, de l’organisateur au professionnel accompagnateur, qui s’est monté autour de cette idée simple, prendre soin de l’humain en même temps que des murs. Une forme d’entraide organisée qui rappelle d’autres systèmes où l’on échange du temps plutôt que de l’argent, comme les banques de temps.

Plusieurs personnes partagent un repas simple autour d'une table en bois après le chantier
Le repas partagé, l’autre moitié du troc : des bras le jour, du lien le soir.

Il y a, dans cette histoire, quelque chose qui répond à une inquiétude très actuelle : peut-on encore compter sur des gens qu’on ne connaît pas ? Le chantier de Magali ne donne pas de leçon. Il offre juste une preuve, posée week-end après week-end, brique après brique. Quand sa maison tiendra debout, elle ne devra pas seulement à ses propres mains. Elle aura, dans ses murs, un peu de plusieurs régions, et le souvenir de visages qu’elle ne connaissait pas il y a un an.

Questions courantes

Qu’est-ce qu’un chantier participatif ?
Un chantier où des bénévoles viennent aider un porteur de projet à construire ou rénover son logement. En échange de leur travail, ils sont généralement logés, nourris et formés à des techniques d’éco-construction. L’argent n’entre pas dans l’échange.

Comment Magali a-t-elle trouvé ses bénévoles ?
En lançant un chantier participatif ouvert à tous, dans le Lauragais près de Toulouse. Des volontaires de toute la France, et parfois de Belgique ou d’Espagne, viennent l’aider le week-end pour reconstruire sa maison.

La technique du GREB, c’est quoi ?
Une méthode d’éco-construction née au Québec dans les années 1990. On monte une double ossature en bois, on y insère des bottes de paille, puis on coule un mortier léger. Elle est réputée accessible aux auto-constructeurs débutants.

Comment participer à un chantier participatif en France ?
Des plateformes comme Twiza ou le réseau Oïkos mettent en relation les organisateurs de chantiers et les bénévoles. On y trouve les projets en cours, les dates et les techniques employées, partout en France.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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