
Sommaire
- En bref
- Ce que le juge a écrit noir sur blanc
- 90 heures par mois : le calcul que le jugement ne fait pas
- Règle du juge, conseil français : la colonne qui change tout
- Ce que la France a rendu obligatoire, et ce qui a calé
- Ce que ces remèdes disent du design des applications
- Ce qu'un parent peut en reprendre chez lui
- Questions courantes
Décryptage
Si vous avez déjà essayé de poser une règle d’écran à la maison, vous savez comment elle finit : elle tient une semaine, la négociation reprend, et plus personne ne se souvient de ce qui avait été décidé. Un juge du Nouveau-Mexique vient d’écrire cette règle à la place des parents, pour Facebook et Instagram, et il l’a chiffrée au mois près.
Le procès contre Meta a déjà été raconté. Ce qui est nouveau, et beaucoup moins commenté, tient dans les pages du jugement rendu le 6 août 2026 : une liste de mesures techniques, datées, contrôlées, valable cinq ans. Lue d’ici, cette liste ressemble moins à une sanction qu’à un contrat familial, celui que la France recommande depuis des années sans jamais l’imposer.
En bref
- Le juge Bryan Biedscheid a condamné Meta le 6 août 2026 à verser 567 millions de dollars, portant le total à 942 millions avec la pénalité de mars, soit environ 817 millions d’euros.
- Pendant cinq ans, les comptes de mineurs du Nouveau-Mexique sont plafonnés à 90 heures par mois sur Facebook et Instagram, notifications coupées de 22 h à 7 h et de 8 h à 15 h en période scolaire.
- Rapporté à l’année, ce plafond représente 1 080 heures, soit 15 % de plus que les 936 heures d’enseignement obligatoire d’un collégien français.
- Presque chaque mesure existe en France sous forme de recommandation. Aucune n’est contraignante pour les plateformes.
- Le jugement ne s’applique qu’au Nouveau-Mexique et Meta a annoncé faire appel.
Ce que le juge a écrit noir sur blanc
La décision est tombée tard le 6 août 2026, rendue par le juge Bryan Biedscheid, de la First Judicial District Court de Santa Fe, au terme de la seconde phase du procès opposant l’État du Nouveau-Mexique à Meta. Le communiqué du procureur général a formalisé le jugement final le lendemain. Meta est condamnée pour « nuisance publique » à verser 567 millions de dollars, qui s’ajoutent aux 375 millions de pénalités civiles décidées par un jury en mars : 942 millions au total, soit environ 817 millions d’euros au taux de référence BCE du 7 août 2026.
Sur ce montant, 420 millions de dollars financent des soins pour les jeunes du Nouveau-Mexique, le reste allant à la prévention, au dépistage et à la formation, sur cinq ans. Mais l’argent n’est que la moitié de la décision. L’autre moitié est une liste d’obligations techniques imposées aux comptes de mineurs pendant la même durée, assortie de rapports de conformité déposés devant le tribunal deux fois par an, les 30 juin et 31 décembre. Meta a annoncé faire appel.
90 heures par mois : le calcul que le jugement ne fait pas
Le chiffre qui circule depuis deux jours est un plafond : pas plus de 90 heures par mois sur Facebook et Instagram pour les moins de 18 ans. Sur un mois de trente jours, cela fait exactement trois heures par jour, sur deux applications seulement. Présenté ainsi, le seuil paraît sévère. Rapporté à l’année, il pèse 1 080 heures, et c’est là qu’il devient parlant pour un parent français.
Un collégien suit 26 heures d’enseignement hebdomadaire, sur une année scolaire qui compte « trente-six semaines au moins » selon l’article L521-1 du code de l’éducation, soit 936 heures de cours obligatoires. Autrement dit, selon nos calculs, le plafond que Meta juge excessif au point de faire appel laisse 15 % de temps de plus qu’une année entière de collège. Il reste en revanche sous le temps d’écran moyen mesuré en France chez les 6-17 ans, 4 h 11 par jour hors temps scolaire selon l’étude Esteban de Santé publique France, soit environ 1 527 heures par an, tous écrans confondus.

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La comparaison a ses limites : le chiffre français agrège télévision, jeux et téléphone, quand le plafond américain ne vise que deux applications. Elle donne quand même l’ordre de grandeur d’une limite « stricte » posée par un tribunal.

Règle du juge, conseil français : la colonne qui change tout
Prises une par une, les mesures ordonnées à Santa Fe ne sont pas des inventions. Presque toutes figurent déjà dans les recommandations françaises, parfois mot pour mot. Ce qui change, c’est la troisième colonne du tableau ci-dessous : celle qui dit si la règle oblige quelqu’un.
| Ce que le juge impose (5 ans) | L’équivalent français | Contraignant ? |
|---|---|---|
| Plafond de 90 heures par mois sur Facebook et Instagram pour les moins de 18 ans | « Limiter son temps devant les écrans » et « planifier des créneaux dédiés » (Assurance maladie) | Oui au Nouveau-Mexique / non en France |
| Notifications coupées de 22 h à 7 h, tous les jours | Arrêter les écrans « idéalement 1 à 2 heures avant le coucher », « désactiver les notifications inutiles » (Assurance maladie) | Oui / non |
| Notifications coupées de 8 h à 15 h pendant l’année scolaire | Téléphone rangé toute la journée au collège (« Portable en pause », généralisé rentrée 2025) et notifications des ENT suspendues de 20 h à 7 h | Oui / oui, mais sur l’appareil et l’outil scolaire, pas sur les applications |
| Compteurs de « j’aime » masqués par défaut sur les comptes de mineurs | Aucune règle nationale | Oui / non |
| Comptes de moins de 18 ans privés par défaut, non recommandés aux adultes | Aucune obligation en droit français | Oui / non |
| Vérification d’âge renforcée pour les utilisateurs du Nouveau-Mexique | Majorité numérique à 15 ans votée le 7 juillet 2023 | Oui / non appliqué, aucun décret publié |
| Rien sur l’âge d’entrée : le juge s’est déclaré incompétent | Pas de téléphone avant 11 ans, réseaux sociaux à partir de 15 ans (rapport remis le 30 avril 2024) | Non / non |
| Rapports de conformité publics deux fois par an | Aucune obligation de reporting équivalente | Oui / non |
Le détail des mesures comprend aussi l’interdiction de recommander des comptes de mineurs à des adultes et une limitation par défaut des demandes d’amis sur Facebook. Rien d’inaccessible techniquement : ce sont des réglages.
Ce que la France a rendu obligatoire, et ce qui a calé
La France n’est pas restée les bras ballants, mais elle a agi sur l’objet plutôt que sur l’application. Le téléphone est interdit dans l’enceinte des écoles et des collèges, et le dispositif « Portable en pause » a été généralisé à la rentrée 2025 : boîtes collectives, pochettes individuelles, casiers. Le ministère a même prévu de suspendre par défaut les notifications de ses propres espaces numériques de travail de 20 h à 7 h et du vendredi soir au lundi matin. Une coupure nocturne existe donc bien en droit français, mais elle porte sur l’outil scolaire, pas sur les réseaux sociaux.
Sur les plateformes, la marche a été manquée. La loi du 7 juillet 2023 instaurant une majorité numérique à 15 ans n’a jamais reçu de décret d’application. Interrogé par un député, le gouvernement a reconnu en mai 2025 que le texte n’avait « pas pu prospérer en raison de frottements avec le droit de l’Union européenne » : la Commission avait signalé dès le 14 août 2023 une procédure d’adoption non conforme à la directive 2015/1535 et une méconnaissance du principe du pays d’origine. Trois ans après le vote, la majorité numérique reste une intention, pendant que la vérification d’âge avance surtout du côté des systèmes d’exploitation.
Ce que ces remèdes disent du design des applications
Il faut regarder ce que le juge n’a pas ordonné pour comprendre ce qu’il a fait. Il a explicitement refusé d’imposer une collecte de données personnelles supplémentaire aux enfants et a rappelé, dans les mots de la décision, que « les solutions réglementaires à ces problèmes relèvent des pouvoirs exécutif et législatif », en citant la Section 230 et la loi fédérale COPPA comme bornes de sa compétence.
Ce qui restait à sa portée, ce sont les réglages : la fréquence des sollicitations, la visibilité des compteurs sociaux, l’ouverture par défaut d’un compte. Trois leviers qui visent le design d’engagement plutôt que l’accès. C’est exactement le vocabulaire du rapport remis à l’Élysée le 30 avril 2024, qui recommandait une progression par paliers, pas de téléphone avant 11 ans, pas de réseaux sociaux avant 15 ans, et pointait les mécaniques de captation de l’attention. Deux ans plus tard, ces paliers n’ont été inscrits nulle part dans la loi.

Ce qu’un parent peut en reprendre chez lui
Le jugement ne s’applique pas en France, et il n’a pas vocation à devenir un manuel d’éducation. Mais il offre quelque chose que les recommandations françaises n’ont jamais eu : une formulation écrite, chiffrée, opposable. Un plafond mensuel plutôt qu’une limite quotidienne renégociée chaque soir. Deux fenêtres sans notifications, la nuit et pendant les cours, plutôt qu’une consigne générale de modération. Un compteur de « j’aime » qu’on masque une fois pour toutes dans les réglages de l’application.
Les trois se paramètrent aujourd’hui, gratuitement, sans attendre ni décret ni appel. La page de l’Assurance maladie dit d’ailleurs la même chose depuis juillet 2025 : sortir les appareils de la chambre, couper les notifications inutiles, arrêter une à deux heures avant le coucher. Elle ne fixe simplement aucun chiffre. Le juge de Santa Fe, lui, en a écrit un, et c’est peut-être son apport le plus utile aux familles qui n’ont jamais osé en poser un. Pour le reste du paysage, notre dossier enfance suit ce qui bouge côté français.
Questions courantes
Ce jugement change-t-il quelque chose pour les adolescents français ?
Non. Les mesures ne visent que les comptes de mineurs situés au Nouveau-Mexique, pour une durée de cinq ans, et Meta a annoncé faire appel. Aucune de ces règles ne s’applique en France.
90 heures par mois, c’est beaucoup ou c’est peu ?
Cela revient à trois heures par jour sur trente jours, sur Facebook et Instagram uniquement. Rapporté à l’année, cela fait 1 080 heures, soit davantage que les 936 heures d’enseignement obligatoire d’un collégien français.
Existe-t-il une durée d’écran officiellement recommandée en France pour les adolescents ?
Non. L’Assurance maladie ne fixe aucun plafond horaire au-delà de 6 ans. Elle conseille de planifier des créneaux, de sortir les appareils de la chambre et d’arrêter les écrans une à deux heures avant le coucher.
Où en est l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans en France ?
La loi a été votée le 7 juillet 2023 mais aucun décret d’application n’a été publié. La Commission européenne a signalé dès août 2023 une procédure d’adoption non conforme au droit de l’Union, et le gouvernement a confirmé en mai 2025 que le texte n’avait pas pu prospérer.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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