![]()
Sommaire
Décryptage
À l’université de Wuppertal, des psychologues allemands ont fait sonner le téléphone d’adolescents jusqu’à sept fois par jour pendant quatorze jours. La question était toujours la même : à cet instant précis, te sens-tu seul ? Publiée le 27 mars 2026 dans Development and Psychopathology, l’étude a recueilli 27 503 réponses auprès de 294 jeunes de 12 à 21 ans. AAP mesurait le 9 septembre 2026, sur un échantillon de taille voisine, 304 enfants de 10 à 17 ans dont 66 % avaient reçu au moins un message d’inconnu relevant du grooming : deux enquêtes de même ampleur sur ce que les adolescents rapportent de leur vie en ligne.
Elle en tire une hiérarchie que les questionnaires rétrospectifs ne voient pas. La solitude ressentie recule en présence d’amis proches, d’un partenaire amoureux ou de la famille. Avec des camarades de classe ou des collègues, elle ne bouge pas. Et c’est pendant les échanges en ligne qu’elle monte le plus haut.
En bref
- Une équipe de l’université de Wuppertal a suivi 294 adolescents de 12 à 21 ans pendant quatorze jours, avec sept alertes par jour et un questionnaire du soir.
- La solitude mesurée sur l’instant baisse nettement auprès d’amis proches, d’un partenaire ou de la famille, et pas du tout auprès de camarades de classe ou de collègues.
- Les niveaux les plus élevés sont relevés pendant les échanges en ligne, devant le temps passé avec des colocataires ou des inconnus.
- Passer beaucoup de temps seul ne va pas de pair avec une solitude plus forte sur l’ensemble des quatorze jours.
- En France, 24 % des personnes interrogées par le Crédoc en juillet 2025 déclarent se sentir seules, avec un écart entre grandes villes et communes rurales.
Ce que voit une alerte qui tombe sept fois par jour
La méthode porte un nom : l’échantillonnage d’expérience. Plutôt que de demander en fin de trimestre si l’on s’est senti seul ces derniers mois, on interrompt la vie ordinaire et on note ce qui s’y passe. Le protocole prévoyait sept sollicitations par jour, six le dimanche, plus un questionnaire du soir, pendant quatorze jours consécutifs. Sur les 32 340 alertes envoyées, 85,1 % ont reçu une réponse, précise l’étude préenregistrée signée Cara Luisa Wicher, Susanne Buecker, Paula Philippi et Aleksandra Kaurin.
Rapportées au nombre de participants, ces réponses représentent environ 94 réponses par adolescent en quatorze jours, soit près de sept par jour. Un questionnaire classique pose la question une fois et demande de résumer des mois de vie sociale. Ici, elle a été posée quatre-vingt-quatorze fois à chaque jeune, pendant un cours, dans un bus, devant un écran, un dimanche après-midi. La solitude n’est plus un souvenir que l’on reconstruit, c’est une mesure prise pendant qu’elle a lieu. Ce déplacement explique pourquoi les résultats ne ressemblent pas à ceux des enquêtes déclaratives habituelles.
Amis proches, camarades de classe, écran
Sur les 27 503 mesures recueillies auprès de 294 adolescents allemands de 12 à 21 ans, la solitude instantanée recule en présence d’amis proches, ne bouge pas avec des camarades de classe et atteint son niveau le plus haut pendant les échanges en ligne, selon l’étude de l’université de Wuppertal publiée le 27 mars 2026 dans Development and Psychopathology.
L’écart ne tient pas au nombre de personnes présentes, mais à leur place dans la vie du jeune. Les auteurs séparent les liens forts, amis proches, partenaire amoureux, famille, des liens faibles, camarades de classe et collègues. Seuls les premiers font baisser la mesure. Une salle de classe pleine, une équipe sportive, un groupe de travail : la présence y est constante, l’effet sur la solitude nul. AAP relevait à la rentrée que les classes se desserrent dans la plupart des académies. Le nombre d’élèves autour d’une table ne dit rien du nombre d’amis qui s’y trouvent, et c’est exactement ce que la mesure allemande vient séparer.

En ligne, la mesure monte
« Les adolescents ont rapporté les niveaux de solitude instantanée les plus élevés lorsqu’ils interagissaient avec des personnes sur internet », résume la reprise de l’étude signée Karina Petrova sur PsyPost le 13 septembre 2026. Viennent ensuite, dans le classement des contextes, le temps passé avec des colocataires ou des inconnus.
Une précaution s’impose sur ce que cette ligne ne dit pas : l’étude observe des moments, elle ne démontre pas que l’écran fabrique la solitude. Un adolescent qui se sent seul un samedi après-midi ouvre son téléphone, et l’alerte le trouve là. Le résultat contrarie tout de même l’intuition qui fait du fil d’actualité un pansement social. Pour un parent qui compte les contacts de son enfant, la donnée utile est celle-ci : le moment où l’adolescent est le plus relié est aussi celui où il se déclare le plus seul. La conversation en ligne occupe sans nourrir, et elle occupe beaucoup.
Être seul et se sentir seul ne se confondent pas
Deuxième résultat contre-intuitif : les jeunes qui ont passé le plus de temps seuls sur les quatorze jours ne déclarent pas, au total, davantage de solitude que les autres. Le moment de solitude pèse, la quantité de solitude non. Ce qui pèse, en revanche, ce sont deux dispositions de personnalité que les auteurs mesurent en parallèle. Le détachement, c’est-à-dire le retrait social, va de pair avec plus de temps passé seul et des pics de solitude plus fréquents. L’affect négatif, lui, intensifie la solitude ressentie pendant ces moments seuls.
Chez les adolescents qui cumulent ces traits, la solitude ressemble moins à une réaction de circonstance qu’à un état installé, indépendant de la quantité de contacts réels. Une analyse exploratoire ajoute un maillon : la satisfaction à l’égard de ses relations explique en partie le lien entre le temps passé seul et la solitude ressentie. La qualité perçue des liens pèse davantage que leur décompte.
En France, un quart des personnes interrogées se disent seules
Aucune enquête française ne mesure la solitude des adolescents avec ce protocole. La photographie disponible porte sur l’ensemble de la population : l’étude Solitudes publiée le 20 janvier 2026 par la Fondation de France, appuyée sur une enquête du Crédoc menée en juillet 2025 auprès de plus de 3 000 personnes résidant en France, place 32 % des Français en situation d’isolement relationnel et 24 % à déclarer se sentir seuls.

Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :
Une ligne de cette enquête entre en résonance avec le résultat allemand : le sentiment de solitude est plus répandu là où les occasions de croiser quelqu’un sont les plus nombreuses.
| Lieu de résidence | Se sentent seules |
|---|---|
| Villes de plus de 100 000 habitants | 28 % |
| Ensemble des personnes interrogées | 24 % |
| Communes rurales | 21 % |
Les deux enquêtes ne mesurent ni la même chose ni la même population, et l’une porte sur des adultes quand l’autre suit des adolescents. Elles pointent pourtant dans la même direction : la densité de contacts n’est pas de la compagnie.
Ce qu’un parent peut regarder
Le levier que donne cette étude tient à la place de deux ou trois liens forts, pas à un temps d’écran à plafonner. Les contextes qui font reculer la mesure sont nommément ceux-là : les amis proches, le partenaire amoureux, la famille. Ce sont aussi ceux qui demandent une logistique, un trajet, un créneau tenu dans un agenda de lycéen. Les liens faibles, eux, se produisent tout seuls, à l’école comme au travail, et n’ont aucun effet mesurable.

Un mot sur les réglages, puisqu’ils occupent les conversations de famille : AAP a comparé l’âge minimum des IA les plus utilisées par les adolescents. La question posée aux jeunes de Wuppertal portait sur ce qu’ils ressentaient pendant qu’ils étaient en ligne, pas sur le temps qu’ils y passaient. Cara Luisa Wicher mène ce travail à l’unité de psychologie de l’enfant et de l’adolescent de Wuppertal, où elle étudie les facteurs sociaux et émotionnels des conduites auto-agressives chez les jeunes. La solitude y figure au même rang que le lien aux pairs et la régulation des émotions.
Questions courantes
Quel âge avaient exactement les jeunes suivis ?
Les 294 participants avaient entre 12 et 21 ans, pour une moyenne de 17,5 ans, et 58,5 % étaient des filles. L’étude ne publie pas de découpage des résultats par tranche d’âge à l’intérieur de cet intervalle, ce qui interdit de dire à quel âge précis la solitude culmine.
Ces résultats valent-ils pour des adolescents français ?
L’échantillon est allemand et 86,7 % des participants sont nés en Allemagne. Aucune enquête française n’a appliqué le même protocole à des adolescents, si bien que la transposition reste une hypothèse raisonnable plutôt qu’un fait établi.
Que veut dire « traits de personnalité inadaptés » ?
Il s’agit de dimensions mesurées sur un continuum, comme le détachement ou l’affect négatif, et non d’un diagnostic. Un score élevé décrit une tendance plus marquée que la moyenne du groupe, pas un trouble constitué.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion - 2
Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés - 3
Steam Frame, 72 heures pour acheter après le tirage au sort - 4
Nouveau félin : le tilcayo, premier chat décrit depuis un siècle - 5
Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre
Nos dossiers
- France395
- Science272
- Culture193
- Consommation173
- Patrimoine165
- IA162
- Santé publique161
- Sport159
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

