Plateau de tournage désert la nuit : caméra sur rails de travelling, clap posé sur une caisse en bois, deux projecteurs allumés, aucune personne.

62,4 % des jeunes jugent le sexe inutile à l’intrigue : ce que l’enquête mesure

Un réalisateur américain dit avoir coupé la nudité de son film après les projections-tests. Une enquête de l'UCLA mesure un mouvement voisin, mais pas celui qu'on lui prête. Et en France, cinq professionnelles seulement sont diplômées pour encadrer ces scènes.

Will Gluck a passé une projection-test à regarder ailleurs que l’écran. Le réalisateur de « One Night Only » observait les fauteuils : dès qu’une scène de nu arrivait, les spectateurs se tournaient vers leur voisin. Il est retourné au montage et il a coupé. Il dit avoir retiré « so much nudity » de son film et résume l’effet auprès de Variety : cela « takes you out of the movie », ça vous sort du film. Sa conclusion de monteur, rapportée par AV Club : les bénéfices ne compensaient pas les inconvénients.

Un réalisateur, un film, une salle : le fait est mince. Ce qui l’est moins, c’est qu’une enquête universitaire mesure depuis quatre ans un mouvement voisin chez les moins de 30 ans. Encore faut-il regarder précisément ce qu’elle mesure, parce qu’elle est presque toujours citée de travers.

Ce que l’enquête de l’UCLA mesure, et ce qu’elle ne mesure pas

« Teens & Screens » est conduite chaque année par le Center for Scholars & Storytellers, laboratoire rattaché à l’UCLA. Pour l’édition 2024, 1 644 personnes de 10 à 24 ans ont été interrogées aux États-Unis au mois d’août, sur un échantillon calé sur le recensement de 2020. Le résultat le plus repris, détaillé par l’université elle-même : 62,4 % estiment que le contenu sexuel n’est pas nécessaire pour faire avancer l’intrigue des séries et des films, contre 47,5 % l’année précédente. L’écart entre les deux éditions, que nous avons calculé, atteint 14,9 points en douze mois, soit près d’un tiers de hausse en valeur relative.

La formulation compte. L’enquête ne demande pas si le nu met mal à l’aise, ni s’il faudrait en montrer moins. Elle demande si le sexe sert l’histoire. Et la demande qui progresse le plus vite est formulée en positif, pas en refus : 63,5 % des mêmes jeunes réclament davantage de récits centrés sur l’amitié et les relations platoniques (51,5 % un an plus tôt), et 46 % veulent voir plus de personnages aromantiques ou asexuels. L’édition 2025, menée auprès de 1 500 jeunes du même âge, va dans le même sens : 60,9 % souhaitent des relations amoureuses davantage fondées sur l’amitié que sur le sexe. Ce n’est pas un inventaire de ce qu’il faut retirer, c’est une commande de récits.

Trois limites devraient voyager avec le chiffre. L’échantillon est américain. Les réponses sont déclaratives : elles disent ce que l’on souhaite voir, pas ce que l’on regarde. Et la tranche d’âge commence à 10 ans, ce qui n’est pas le public d’un film classé adulte. L’enquête ne dit rien, enfin, de la différence entre une salle et un canapé, le terrain même sur lequel Gluck fonde sa décision.

Salle de cinéma vide vue du fond : rangées de fauteuils rouges et faisceau du projecteur traversant l'obscurité vers un écran blanc.
L’enquête de l’UCLA porte sur ce que les jeunes veulent voir raconté, pas sur ce qu’ils regardent réellement en salle.

En France, le métier a désormais un diplôme, pas une obligation

Pendant que le débat se mène en salle de montage, la profession s’organise sur le plateau. Le 15 mai 2026, cinq professionnelles ont reçu les premières certifications du CQP « coordinateur·rice d’intimité », délivré par la CPNEF de l’audiovisuel avec la CST au terme de plus de 300 heures réparties sur dix mois. La fiche RNCP 40588 classe la certification au niveau 6 et l’enregistre jusqu’au 30 avril 2028 ; elle exige cinq ans d’expérience dans le secteur et une formation aux violences et harcèlements sexuels et sexistes en préalable. AAP suivait déjà ce métier le 2 juillet 2026, lors de la création du premier diplôme français.

Rapporté au volume de production, l’effectif reste symbolique : selon nos calculs, ces cinq diplômées représentent une certifiée pour 58 films, si on les rapporte aux 290 films agréés par le CNC en 2025 (dont 228 d’initiative française). Une deuxième session est annoncée pour le début 2027.

Reste la question que les producteurs posent en premier : est-ce obligatoire ? Pas au sens où on l’entend. Selon la fédération F3C CFDT, l’accord signé en mars 2025 dans la production audiovisuelle rend obligatoire la proposition d’un accompagnement par la production, pas la présence effective d’un coordinateur sur le tournage. La fonction n’est pas encore inscrite dans la convention collective : intitulé de poste, classification et salaire minimum sont en cours de négociation paritaire. En attendant, les coordinateurs sont embauchés sous des libellés approximatifs, à des rémunérations variables.

La bonne question n’est pas la quantité

Si vous cherchez le mouvement dans un décompte de scènes, vous ne le trouverez pas : personne ne tient ce compte. Gluck décrit une gêne collective devant un écran de dix mètres, pas un jugement moral ; la même séquence vue seul sur un téléphone ne produit pas cet effet de salle. Et côté plateau, la nouveauté n’est pas qu’on filme moins, c’est qu’on décide autrement : la scène se discute avant, s’écrit dans un accord, se chorégraphie comme une cascade, avec quelqu’un dont c’est le métier.

Vous entendrez cette histoire résumée ainsi : les jeunes ne veulent plus de sexe à l’écran. Les données disent autre chose. Ils réclament d’abord des histoires d’amitié, et jugent que le sexe, quand il arrive, doit servir à quelque chose. Le nu ne quitte pas les films. Il change de porte d’entrée : il passe désormais par une conversation avant le tournage, plutôt que par une coupe au montage.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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