Croûte de sel et lit exondé du Grand Lac Salé, avec d'anciennes terrasses de rivage horizontales sur les montagnes au loin.

Avant d’être une saumure, le Grand Lac Salé fut un lac d’eau douce dix fois plus vaste

Une carotte forée sous le Grand Lac Salé révèle deux lacs géants en 240 000 ans, dont Bonneville, d'eau douce. Le lac actuel a eu plus de la moitié de son lit à sec en janvier 2026.

Une colonne de boue tirée du fond du Grand Lac Salé garde la trace de deux mers intérieures disparues. Une équipe de l’université de Californie du Sud (USC) y lit deux épisodes où la « mer Morte américaine » de l’Utah fut un lac géant et bien moins salé, environ dix fois plus étendu qu’aujourd’hui. Le plus récent, le lac Bonneville, était d’eau douce il y a 30 000 à 16 000 ans environ. Il a tourné à la saumure quand le climat régional s’est réchauffé et asséché, selon l’étude parue le 11 août 2026 dans Paleoceanography and Paleoclimatology.

Le lac actuel descend la même pente. Le 19 janvier 2026, 54,2 % du lit du Grand Lac Salé étaient à sec, soit 3 019 kilomètres carrés de fond exposé. Le relevé, issu du Great Salt Lake Tracker qui compile des stations de l’USGS, est repris par la NASA avec une image satellite MODIS, prise alors que l’eau restait proche du plancher de novembre 2022.

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Une archive de 122 mètres sous la saumure

La carotte sédimentaire a été forée dans le lit du lac en 2000. Elle mesure environ 120 mètres, et ses couches remontent à quelque 236 000 ans. L’équipe a daté ces strates grâce à la désintégration radioactive de leurs minéraux. Elle a aussi traqué des molécules laissées par les micro-organismes qui peuplaient l’eau. Leur proportion varie avec le sel : elle indique si le lac était doux, saumâtre ou hypersalin.

Rachel So, autrice correspondante récemment docteure de l’USC, résume le résultat dans le communiqué de l’université. « Pendant l’essentiel des 240 000 dernières années, le lac a gardé à peu près la même taille, mais il est brièvement devenu dix fois plus grand à deux reprises », explique-t-elle. La carotte couvre deux cycles glaciaires et demi. Les deux lacs géants ont chaque fois fini en saumure quand le climat s’est réchauffé. L’Utah garde d’autres archives du froid sous ses cailloux : sur le mont Timpanogos, un glacier rocheux est encore fait de glace à 83 %.

Little Valley, l’aîné plus court et plus salé

Little Valley, le plus ancien des deux lacs, a existé il y a environ 140 000 à 135 000 ans. Il a atteint une profondeur comparable à celle de Bonneville, près de 1 000 pieds, soit environ 300 mètres. C’est à peu près la hauteur de la tour Eiffel sans ses antennes. Il a duré environ 5 000 ans, contre quelque 14 000 pour Bonneville. Little Valley est peut-être resté un peu saumâtre.

Sarah Feakins, professeure de sciences de la Terre à l’USC Dornsife et dernière autrice de l’étude, insiste sur cette comparaison. « Cela nous permet de comparer les deux épisodes d’eau douce, leur durée et leur douceur, pour voir à quel point ces moments sont fragiles et fugaces », déclare-t-elle, propos rapportés par ScienceAlert. Mis côte à côte, les deux lacs anciens et le lac actuel ne jouent pas dans la même catégorie.

ÉpisodeQuandDuréeProfondeurÉtendueEau
Little ValleyIl y a environ 140 000 à 135 000 ansEnviron 5 000 ansEnviron 300 mEnviron 10 fois le lac modernePeut-être un peu saumâtre
Lac BonnevilleIl y a environ 30 000 à 16 000 ansEnviron 14 000 ansPrès de 300 mPlus de 10 fois le lac moderneDouce
Grand Lac SaléAujourd’huiEn coursUn peu plus de 4 m en moyenne54,2 % du lit à sec (19 janvier 2026)Jusqu’à 10 fois plus salée que la mer par endroits

Un lac sans issue, à 2,5 mètres de son seuil de santé

Le Grand Lac Salé n’a pas d’exutoire : son eau ne repart que par évaporation. Il encaisse donc de plein fouet les écarts de température, de pluie et de débit des rivières. Les prélèvements agricoles et le changement climatique d’origine humaine accentuent ces pressions, souligne l’USC. Par endroits, l’eau est jusqu’à dix fois plus salée que la mer. Le lac ne fait en moyenne qu’environ 14 pieds de profondeur, un peu plus de 4 mètres.

L’Agence France-Presse filmait en octobre 2024 ces rives exondées, devenues « le défi environnemental de l’Utah conservateur ».

Vidéo : Agence France-Presse (Dailymotion)

Le 4 octobre 2026, la jauge de l’USGS à Saltair indiquait 4 189,7 pieds d’altitude, une valeur encore provisoire. Le plancher de novembre 2022, 4 188,5 pieds, n’est qu’à 1,2 pied, soit 37 centimètres. Le niveau minimal de bonne santé retenu dans les données de la NASA, 4 198 pieds, reste 8,3 pieds plus haut, soit environ 2,5 mètres d’eau manquants.

Les auteurs refusent pourtant qu’on lise leur archive comme une absolution. Bonneville et Little Valley ont rétréci sous un climat qui changeait sans l’aide de personne. « Aujourd’hui, nous réchauffons le climat à un rythme sans précédent », rappelle Sarah Feakins. Rachel So va plus loin.

« Il ne faudrait pas se retrancher derrière l’idée que “le climat a changé naturellement par le passé, donc le lac a rétréci” pour présenter le rétrécissement des lacs d’aujourd’hui comme normal ou naturel. »

Rachel So, autrice correspondante de l’étude (université de Californie du Sud)

Les relevés de la station de Saltair remontent à 1847.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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