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Sommaire
- En bref
- Vague de chaleur, canicule, pic : trois mots, trois mesures
- Les jours à 30 °C, département par département
- Les nuits, l’autre thermomètre
- L’eau : nappes basses, arrêtés locaux
- Dans l’assiette et sur la facture
- Lire un chiffre climat sans se faire avoir
- Ce qu’on ne sait pas encore mesurer
- Questions courantes
Dossier
Sous l’abri météo de Pontarlier dans le Doubs, le thermomètre touchait 30 °C moins de deux jours par an entre 1961 et 1990. Sur la décennie 2015-2024, la station en a compté 15,4 par an en moyenne, neuf fois plus. Le Doubs n’est pas un cas isolé.
Entre la normale 1961-1990 et la décennie 2015-2024, le nombre annuel de jours à 30 °C a été multiplié par 2,7 en médiane dans 92 départements français (série Climat vécu, relevés Météo-France). Le plus faible multiplicateur revient au Gers, avec ×1,55. Aucun des 92 départements de la série ne recule.
Ce dossier suit ce changement là où il se ressent : les journées, les nuits, l’eau des nappes, la vendange et la facture d’électricité. Il donne aussi le mode d’emploi des chiffres, parce qu’un « ×9 » à Pontarlier et un « ×1,9 » dans le Gard ne racontent pas la même histoire. Les définitions sont celles des dossiers climat de Météo-France. Les autres volets sont réunis dans le dossier climat d’Actu Alt Plus.
En bref
- Du Gers au Doubs, aucun des 92 départements suivis ne compte moins de jours à 30 °C qu’en 1961-1990 : le multiplicateur va de ×1,55 à ×9,06.
- La France a connu 54 vagues de chaleur depuis 1947, dont plus de la moitié depuis 2010. L’été 2026 en a totalisé 53 jours.
- Santé publique France estime à 5 764 les décès en excès toutes causes du 17 juin au 2 juillet 2026.
- Au 1er septembre 2026, 61 % des points d’observation des nappes étaient sous leur normale mensuelle.
- La vendange 2026 est estimée à près de 34 millions d’hectolitres, 17 % sous la moyenne 2021-2025.
Vague de chaleur, canicule, pic : trois mots, trois mesures
À l’échelle nationale, Météo-France parle de vague de chaleur. Le terme repose sur l’indicateur thermique national, la moyenne des températures minimales et maximales de 30 stations réparties sur le territoire. Il y a vague de chaleur quand cet indicateur atteint 25,3 °C au moins un jour et 23,4 °C au moins trois jours (définitions de Météo-France).
La canicule se juge à l’échelle du département, et Météo-France la définit comme un épisode de températures très élevées de jour comme de nuit, pendant au moins trois jours, susceptible de constituer un risque sanitaire. Chaque département a ses seuils : à Toulouse, il faut des maximales au-dessus de 36 °C et des minimales au-dessus de 21 °C, trois jours et trois nuits de suite. Deux départements voisins peuvent donc traverser la même journée sans partager la même alerte. Le pic de chaleur, enfin, ne dure que 24 à 48 heures.
Comptée avec ces règles, la vague de chaleur a changé de rythme. La France en a connu 54 depuis 1947 (Météo-France, 29 septembre 2026). Environ la moitié sont survenues avant 2010, en soixante ans. Plus de la moitié ont eu lieu depuis, en quinze ans. L’été 2026 en a enchaîné trois, du 17 juin au 19 août, pour 53 jours au total, « un fait inédit » selon le bilan de l’été 2026.
53 jours, sur 92 jours d’été.
Les jours à 30 °C, département par département
Pour Météo-France, 30 °C marque une journée très chaude, celle de la forte chaleur (seuils de 25 °C et 30 °C). La série Climat vécu compte ces journées depuis 1950 dans les relevés quotidiens de Météo-France, avec une station de référence par département. Elle compare la normale 1961-1990 à la décennie 2015-2024. Sa méthode et ses fichiers sont publics.
La carte des multiplicateurs
Plus le rouge est sombre, plus la décennie 2015-2024 a multiplié les jours à 30 °C par rapport à 1961-1990. Survolez un département pour son facteur et sa station.
< ×2×2 à 2,5×2,5 à 3×3 à 4> ×4non calculé (raison au survol)
Les plus forts multiplicateurs se trouvent là où l’été était frais. Pontarlier arrive en tête avec ×9,06, devant Langres (×6,84), Phalsbourg en Moselle (×5,85) et Chamonix (×5,57). Le graphique classe douze stations, de l’Est montagnard au littoral méditerranéen.

Le classement se lit avec une précaution, car un multiplicateur mesure l’écart à l’habitude, et le Gard le montre bien. Sa station de Saint-Christol-lès-Alès affiche ×1,89 seulement, mais 76,3 jours à 30 °C par an sur 2015-2024. Il y fait donc 30 °C cinq fois plus souvent qu’à Pontarlier, pendant que le Doubs change près de cinq fois plus vite. Les deux chiffres sont exacts et répondent à deux questions distinctes : où le climat change-t-il le plus vite, et où pèse-t-il le plus lourd ?
Le tableau donne les deux lectures pour dix-sept départements, du plus fort multiplicateur au plus faible.
| Département | Station | 1961-1990 (jours/an) | 2015-2024 (jours/an) | Multiplicateur |
|---|---|---|---|---|
| Doubs | Pontarlier | 1,7 | 15,4 | ×9,06 |
| Haute-Marne | Langres | 2,5 | 17,1 | ×6,84 |
| Moselle | Phalsbourg | 2,0 | 11,7 | ×5,85 |
| Haute-Savoie | Chamonix | 3,0 | 16,7 | ×5,57 |
| Alpes-Maritimes | Nice | 3,9 | 16,2 | ×4,15 |
| Bas-Rhin | Strasbourg-Entzheim | 9,2 | 29,6 | ×3,22 |
| Nord | Lille-Lesquin | 3,3 | 10,5 | ×3,18 |
| Paris | Paris-Montsouris | 6,4 | 19,7 | ×3,08 |
| Rhône | Lyon-Bron | 15,8 | 47,1 | ×2,98 |
| Bouches-du-Rhône | Salon-de-Provence | 25,6 | 66,4 | ×2,59 |
| Gironde | Sauternes | 15,9 | 40,3 | ×2,53 |
| Ille-et-Vilaine | Rennes-Saint-Jacques | 5,0 | 12,4 | ×2,48 |
| Loire-Atlantique | Nantes-Bouguenais | 7,2 | 17,3 | ×2,40 |
| Haute-Garonne | Toulouse-Blagnac | 21,3 | 46,0 | ×2,16 |
| Gard | Saint-Christol-lès-Alès | 40,4 | 76,3 | ×1,89 |
| Var | Toulon | 28,7 | 48,9 | ×1,70 |
| Gers | Maumusson | 24,4 | 37,7 | ×1,55 |
Une station de plaine et une station de montagne ne partent pas du même niveau. Chamonix comptait 3 jours à 30 °C par an sur 1961-1990, Lyon-Bron 15,8. Une station ne fait pas non plus un département entier. Celle de Ploumanac’h, sur la côte des Côtes-d’Armor, n’a vu que 0,5 jour à 30 °C par an sur 2015-2024, et l’intérieur des terres lui échappe. La Corse, les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis ne figurent pas dans ce comparatif de 92 départements. Pour un département donné, le chiffre se lit donc comme celui d’un lieu précis, pas comme une moyenne de tout son territoire.
Série AAP : le 7 septembre 2026, AAP mesurait à Pontarlier le multiplicateur le plus élevé de la série Climat vécu, dans l’épisode fondateur sur les jours à 30 °C.
Les nuits, l’autre thermomètre
Dans la nuit du 8 au 9 juillet 2026, à Vivès dans les Pyrénées-Orientales, la température n’est pas descendue sous 30,6 °C (bilan de l’été de Météo-France). Le seuil de référence se situe bien plus bas. Une nuit tropicale est une nuit où la température ne descend pas sous 20 °C (Insee, 21 mai 2024).
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 35 % des habitants vivaient déjà sur la période 1976-2005 dans une zone exposée à au moins 30 nuits tropicales par an. Ces zones couvraient 6 % du territoire régional, surtout sur le littoral. Pour 2021-2050, la projection Drias de Météo-France retenue par l’Insee porte cette part à 79 % de la population. Elle atteint 94 % dans le Var et les Alpes-Maritimes, dans un scénario d’émissions élevées (RCP 8.5).
La nuit compte dans le bilan sanitaire : c’est pour cela que les seuils de canicule portent aussi sur les minimales, comme les 21 °C de Toulouse. Du 17 juin au 2 juillet 2026, Santé publique France a estimé à 5 764 les décès en excès toutes causes (+36 %) dans les départements touchés. Les 75 ans et plus en représentent les deux tiers, avec au moins 3 719 décès. L’agence précise qu’il s’agit d’un excès de mortalité, et non d’un comptage de décès attribués à la chaleur.
L’eau : nappes basses, arrêtés locaux
Au 1er septembre 2026, 61 % des points d’observation des nappes phréatiques étaient sous leur normale mensuelle, et 90 % des niveaux étaient en baisse (BRGM, 8 septembre 2026). Un an plus tôt, 44 % des points étaient sous la normale. Cette sortie d’été se lit nappe par nappe dans le classement des nappes phréatiques.
Une nappe ne suit pas la pluie du mois. Elle se recharge de l’automne au début du printemps, quand la végétation est en dormance et que l’évapotranspiration est faible. En été, l’eau de pluie profite d’abord aux plantes et s’infiltre peu. Une averse d’août ne remplit donc pas une nappe vidée par juin et juillet.
Les restrictions suivent une autre géographie, celle des arrêtés. Le préfet peut limiter ou suspendre les usages non prioritaires selon quatre niveaux : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise (ministère de la Transition écologique). La vigilance se borne à inciter aux économies, l’alerte restreint l’arrosage des jardins, le remplissage des piscines et le lavage des véhicules, et la crise réserve l’eau aux usages prioritaires.
Les seuils qui déclenchent ces niveaux sont fixés localement. Une même sécheresse produit donc des arrêtés différents d’un département à l’autre. Les arrêtés en vigueur sont recensés sur la carte VigiEau, et le nombre de départements en restriction d’eau se suit chaque semaine sur l’observatoire de la sécheresse.
Dans l’assiette et sur la facture
La vendange 2026 est estimée à près de 34 millions d’hectolitres au 1er septembre (Agreste). C’est 6 % de moins qu’en 2025 et 17 % de moins que la moyenne 2021-2025, soit l’une des plus faibles récoltes des trente dernières années. Le service statistique du ministère de l’Agriculture avance deux causes : les surfaces de vigne en production reculent, et les rendements ont été pénalisés par la sécheresse et les canicules de l’été.
Moins de vignes, et moins de raisin par vigne.
La chaleur se paie aussi en kilowattheures dans les logements équipés d’un climatiseur. Au tarif réglementé, la Commission de régulation de l’énergie chiffre la facture moyenne à 1 072 € TTC par an pour 4,5 MWh consommés, après une hausse de 2,5 % au 1er août 2026 (CRE, 16 juillet 2026). Le kilowattheure revient ainsi à environ 0,24 €, abonnement compris.
À Paris-Montsouris, la décennie 2015-2024 a ajouté 13,3 jours à 30 °C par an à la normale 1961-1990. Climatiser ces seuls jours gagnés, huit heures par jour avec un appareil qui tire 1 kW, coûte environ 25,54 € par an. Le simulateur reprend ce calcul avec les jours gagnés de votre station, lisibles dans le tableau.
Climatiser les jours chauds gagnés, combien par an ?
Coût par an : 25,54 €
Exemple : 13,3 jours × 8 heures × 1 kW × 0,24 €/kWh = 25,54 €.
Calcul : jours gagnés × heures par jour × puissance électrique × prix du kWh. Jours gagnés à Paris-Montsouris entre la normale 1961-1990 et 2015-2024 (série Climat vécu, Météo-France). Prix moyen TTC au tarif réglementé, abonnement compris : 1 072 € pour 4,5 MWh par an (CRE, 16 juillet 2026).
Rapportée à la facture moyenne au tarif réglementé, la somme de l’exemple en représente 2,4 %. Elle change vite avec la puissance de l’appareil : un modèle de 2 kW double le montant.
Lire un chiffre climat sans se faire avoir
Un chiffre climat se lit avec les réflexes qui valent pour un chiffre sur l’océan : la référence, l’instrument, le périmètre. Cinq questions suffisent à les poser.
- Quelle normale ? L’été 2026 a atteint 24,0 °C de moyenne, soit 3,6 °C au-dessus des normales 1991-2020 selon Météo-France. La série Climat vécu part de 1961-1990, une référence plus fraîche. Un même été paraît donc plus anormal mesuré contre 1961-1990.
- Record ou tendance ? Le seuil de 40 °C a été franchi 178 fois sur le réseau de Météo-France à l’été 2026, un record. Un record décrit un été. Une moyenne sur dix ans, comme celle de 2015-2024, décrit une tendance.
- Multiplicateur ou niveau ? Un multiplicateur élevé peut partir de presque rien. Il faut toujours demander combien de jours il multiplie.
- Station ou territoire ? La station de Paris-Montsouris est installée dans un parc. Elle ne dit rien de la rue voisine ni du dernier étage d’un immeuble.
- Projection ou fourchette ? La trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation (TRACC), déclinée sur le portail DRIAS, retient une France à +2,7 °C vers 2050 et +4 °C en 2100. Météo-France y projette un nombre de jours de vague de chaleur multiplié par 5 dans le premier cas et par 10 dans le second, par rapport à 1976-2005.
Météo-France présente en vidéo le climat attendu en France vers 2050, première marche de cette trajectoire.
Ce qu’on ne sait pas encore mesurer
La nuit reste le premier angle mort des séries par département. Les relevés quotidiens de Météo-France contiennent les températures minimales, station par station. La nuit tropicale peut donc se compter comme les jours à 30 °C, avec la même normale et la même décennie de comparaison. La série Climat vécu ne la publie pas encore.
La santé vient ensuite : les 5 764 décès en excès de fin juin et début juillet restent une estimation provisoire. Santé publique France présentera une estimation consolidée pour tout l’été, vague par vague, à l’issue de la période de surveillance.
Le troisième angle mort tient à l’échelle : une station par département ne voit ni la cour d’école goudronnée ni l’appartement sous les toits. Ces effets très locaux n’ont pas encore de série de soixante-seize ans derrière eux.
En attendant, le Doubs de la décennie 2015-2024 compte presque autant de jours à 30 °C que Lyon-Bron sur la normale 1961-1990.
Questions courantes
Comment savoir si ma commune est soumise à une restriction d’eau ?
La plateforme publique VigiEau, mise à jour chaque jour, permet de saisir une adresse. Elle affiche le niveau de restriction en vigueur et l’arrêté préfectoral qui s’applique, pour les particuliers comme pour les professionnels.
Pourquoi les normales climatiques changent-elles de période ?
Une normale est une moyenne calculée sur trente ans. Météo-France compare aujourd’hui ses bilans à la période 1991-2020, déjà plus chaude que 1961-1990 : contre la référence récente, un même écart paraît plus faible.
Où trouver les relevés de la station la plus proche de chez soi ?
Météo-France publie ses données climatologiques quotidiennes en accès libre sur data.gouv.fr, station par station. La série Climat vécu en retient une station de référence par département, avec ses fichiers téléchargeables.
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