Dalle de verre encastrée dans le sol d'un supermarché, laissant voir des fondations de pierre en contrebas, entre deux rayons de produits ménagers.

Dublin : le Lidl où l’on fait ses courses au-dessus d’une fouille du XIe siècle

Sous le sol d'un supermarché d'Aungier Street, deux dalles de verre donnent sur une structure hiberno-norroise du XIe siècle et sur la trappe d'un théâtre du XVIIIe. Mode d'emploi du lieu, et ce que la France fait de ses propres vestiges sous les commerces.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce qu'on voit à travers le verre
  3. Six siècles d'église, hors de vue
  4. Le chantier qui n'a pas été rebouché
  5. Et sous nos magasins à nous ?
  6. Questions courantes

Récit

600 ans d’une paroisse médiévale tiennent sous les zones de service d’un supermarché de Dublin. Les fondations de l’église Saint-Pierre, qui a servi les paroissiens de la ville d’environ 1050 à environ 1650, y sont conservées. Côté clients, deux dalles de verre découpées dans le sol ouvrent sur le XIe et le XVIIIe siècle. C’est un Lidl, Aungier Street, ouvert le 15 octobre 2020.

En bref

  • Deux panneaux de verre encastrés dans le sol du Lidl d’Aungier Street donnent sur une structure hiberno-norroise du XIe siècle et sur une trappe de scène du XVIIIe.
  • Les fondations de l’église paroissiale Saint-Pierre, en service d’environ 1050 à environ 1650, sont conservées sous les zones de service, hors de vue.
  • La fouille a été menée par IAC Archaeology, sous la direction de Paul Duffy, avec Linzi Simpson comme archéologue consultante.
  • Le magasin a coûté 3 millions d’euros et emploie 24 personnes.
  • En France, l’archéologie préventive vise à « sauvegarder par l’étude » : c’est d’abord le savoir qui est conservé.

Ce qu’on voit à travers le verre

Deux dalles de verre posées dans le sol du Lidl d’Aungier Street, à Dublin, montrent depuis octobre 2020 une structure du XIe siècle et la trappe d’un théâtre du XVIIIe siècle.

La première est encastrée entre des rayons de produits ménagers, décrivent les bibliothèques de Dublin. Dessous, une structure à plancher abaissé, mise au jour pendant la fouille du terrain. Paul Duffy, d’IAC Archaeology, la qualifie dans le reportage de RTÉ de « structure unique pour Dublin ». Elle a été bâtie par les Hiberno-Norrois, ces Dublinois descendants des Vikings, mélange d’héritage scandinave et gaélique.

À quoi servait la pièce ? Duffy penche pour une habitation. Les bibliothèques de la ville avancent une autre lecture : trop petite pour un logement, elle aurait plutôt servi au stockage ou à l’artisanat. Les deux versions s’accordent sur un point : la pièce a tenu là où les maisons et les appentis voisins ont disparu, parce que son sol était en contrebas. Enterrée, donc sauvée.

Vue plongeante à travers un panneau de verre posé au sol, sur une fosse en briques abritant un mécanisme de trappe de scène en bois.
Près des caisses, la trappe qui faisait surgir les acteurs sur la scène du théâtre d’Aungier Street.

L’autre dalle est près des caisses. Elle donne sur une « pit trap » du XVIIIe siècle, un mécanisme de scène du théâtre d’Aungier Street. Linzi Simpson, archéologue consultante sur le chantier, en résume l’usage : c’était « le dispositif qu’on utilisait quand on voulait qu’un acteur monte et descende et apparaisse comme par magie sur la scène ». Le trucage attend désormais qu’on passe en caisse.

Six siècles d’église, hors de vue

Sous les zones de service du magasin, les fondations de l’église paroissiale Saint-Pierre ont elles aussi été conservées. Elle a accueilli les paroissiens de Dublin d’environ 1050 à environ 1650 : six cents ans de baptêmes et d’enterrements, sauvés mais invisibles depuis les rayons. Les bibliothèques de la ville signalent encore, dans le même bâtiment, l’escalier du théâtre d’Aungier Street et les arches de Longford Street.

Le compte est déséquilibré. Ce que le sol de verre expose tient sur deux panneaux ; ce qu’il recouvre court sur six siècles. On enjambe mille ans en poussant un caddie.

Le chantier qui n’a pas été rebouché

RTÉ chiffre le magasin à 3 millions d’euros et 24 emplois, dans une opération immobilière qui comprend aussi des logements étudiants. Ruth Johnson, archéologue de la Ville de Dublin, y voit un précédent : « J’espère que ce projet fixe un nouveau référentiel pour le traitement du patrimoine archéologique dans la ville. » Elle appelle Dublin à sortir de la méthode des années de boom du « Celtic Tiger », où l’on fouillait puis l’on bâtissait par-dessus.

Paul Duffy, lui, guette autre chose : « J’attends que les Dublinois trouvent un nom pour ce truc. » La ville a déjà affublé le Spire, l’aiguille de O’Connell Street, d’un surnom rimé et moqueur. Une fouille qui reçoit un sobriquet est une fouille adoptée.

Et sous nos magasins à nous ?

En France, la règle n’est pas de montrer, mais d’enregistrer. L’archéologie préventive a pour objectif la détection et l’étude scientifique des vestiges susceptibles d’être détruits par les travaux d’aménagement, et l’Inrap résume sa mission en une formule : sauvegarder par l’étude. L’institut chiffre à environ 20 % la part de ces surfaces effectivement étudiées. Le rapport de fouille prend la place du terrain.

Paris a bien son sol ouvert sur deux millénaires, mais il est en sous-sol et il se mérite : la crypte archéologique de l’île de la Cité, aménagée en 1980 sous le parvis de Notre-Dame, présente les vestiges des fouilles de 1965 à 1972, où l’antique, le médiéval et le classique se superposent. On y descend par un escalier, et on y passe par la billetterie.

Le vestige dublinois, lui, ne demande rien. On avait déjà vu un trésor viking danois quitter un jardin privé pour un musée. Ici, rien n’a bougé, ni d’un mètre ni d’un étage. À Paris, il faut un billet pour voir deux millénaires. À Dublin, il suffit d’avoir besoin d’essuie-tout.

Questions courantes

Faut-il un billet pour voir les vestiges ?
Non. Les deux panneaux sont posés dans la surface de vente : on y accède aux heures d’ouverture du magasin, comme n’importe quel client.

Où se trouve exactement ce magasin ?
Sur Aungier Street, dans le centre de Dublin, à courte distance du château de Dublin.

Qui a décidé de conserver la fouille sous verre ?
D’après les bibliothèques municipales de Dublin, la mise sous verre résulte d’un effort conjoint entre l’enseigne Lidl, la ville de Dublin et l’Irish Archaeological Consultancy.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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