Trois poses astronomiques en niveaux de gris du même objet, affichées côte à côte sur un large écran, dans une salle sombre.

29 filtres pour une photo NASA colorisée, et pourtant rien n’y est inventé

Webb et Hubble ne renvoient que des images en noir et blanc. Sur les sept étapes de traitement décrites par le STScI, une seule attribue la couleur : voici ce qu’elle change, et ce qu’elle ne change pas.

Sommaire
  1. En bref
  2. Le capteur ne voit pas en couleur
  3. Bleu pour le plus court, rouge pour le plus long
  4. Sept étapes, une seule qui colore
  5. Ce que l’image publiée ne dit pas
  6. Questions courantes

Vérification

Vous avez sûrement lu ce commentaire sous la dernière image de Webb : « colorisée, donc truquée ». Le Space Telescope Science Institute (STScI), qui prépare ces images pour la NASA et l’ESA à chaque publication, décrit sept étapes de traitement dont une seule pose la couleur : le télescope, lui, ne renvoie que du noir et blanc.

L’affirmation« Les images de Webb et de Hubble sont colorisées, donc truquées. »
Notre verdictFaux

En bref

  • Les deux télescopes renvoient des poses en noir et blanc : la couleur est attribuée au sol, filtre par filtre.
  • L’attribution suit l’ordre des longueurs d’onde : le plus court en bleu, le plus long en rouge.
  • Sur les sept étapes de traitement décrites par le STScI, une seule pose la couleur ; les six autres rendent la mesure lisible.

Le capteur ne voit pas en couleur

« Webb ne prend pas d’images en couleur comme le ferait un appareil argentique. Les images renvoyées vers la Terre sont en noir et blanc », écrit l’ESA sur sa page de traitement. La raison n’a rien d’esthétique : les filtres restreignent la lumière qui atteint le détecteur à une plage de longueurs d’onde très précise pour chaque pose. C’est cette précision qui rend la mesure exploitable, et elle interdit par construction la photographie couleur d’un seul coup.

NIRCam, la caméra du proche infrarouge, porte 29 filtres ; MIRI, l’instrument de l’infrarouge moyen, en porte 9. Chaque pose donne une image grise correspondant à une tranche du spectre. Les images de Hubble, précise de son côté l’observatoire européen, sont des données scientifiques plutôt que des photographies, « retravaillées et optimisées à la main afin de révéler le plus de données possible ».

Des mains gantées manipulent une roue à filtres circulaire d’instrument infrarouge dans une salle blanche, visages hors cadre.
Chaque filtre ne laisse passer qu’une tranche du spectre : c’est de là que vient l’image grise.

Bleu pour le plus court, rouge pour le plus long

L’attribution des teintes n’est pas laissée au goût du jour. « La couleur est appliquée de façon chromatique : les longueurs d’onde les plus courtes reçoivent le bleu, celles un peu plus longues le vert, et les plus longues le rouge », pose le STScI. L’ESA décrit la même convention et parle d’image en « couleur représentative » : la progression des couleurs suit le même ordre que les longueurs d’onde de la lumière visible.

Aucune couleur d’une image de Webb n’est celle qu’un œil humain verrait : le télescope observe l’infrarouge à travers 29 filtres sur NIRCam et 9 sur MIRI, dont l’imageur MIRIM a été construit en France, et la teinte est attribuée du bleu au rouge selon la longueur d’onde (NASA/STScI, page mise à jour le 3 septembre 2025).

La différence avec un trucage tient là. Une teinte inventée serait décorrélée de la mesure ; ici, elle en est la traduction ordonnée. Les zones sombres montrent le vide de l’espace ou des nuages moléculaires denses, les zones brillantes les régions qui émettent de la lumière, « telles que Webb les a vues », résume l’agence européenne.

Sept étapes, une seule qui colore

Le STScI publie le déroulé complet, du téléchargement des fichiers bruts jusqu’à la diffusion. Étape par étape, la question utile est de savoir ce qui est touché.

ÉtapeCe qu’elle faitLa mesure est-elle modifiée ?
Téléchargement des fichiers brutsRécupération des données dans l’archive MASTNon
Définition des images brutesÉtirement du contraste, mise à la même échelle et à la même résolutionNon, la lisibilité seulement
Retrait des artefactsRayons cosmiques, striations, cœurs d’étoiles saturésRetire ce qui ne vient pas de l’objet
Attribution précise de la couleurUne teinte par filtre, du bleu au rougeOui, la couleur est ajoutée ici
Montage et compositionÉquilibre, orientation, recadrageCadrage seulement
Relecture scientifiqueContrôle du rendu avec les scientifiquesNon
PublicationDiffusion de l’image finaleNon

Une ligne mérite un mot : le retrait des artefacts. Les rayons cosmiques, ces particules chargées qui pleuvent sur le Système solaire, sont captés par les détecteurs et y laissent des traces qui n’appartiennent pas à l’objet observé. Les effacer n’enlève rien à la cible, cela enlève le bruit du voyage.

Ce que l’image publiée ne dit pas

Une image de presse et un jeu de données ne sont pas le même objet : la première a été recadrée, réorientée et équilibrée pour tenir dans une page. Les règles d’usage de l’agence américaine demandent de créditer la NASA et interdisent de laisser croire à son soutien, mais n’encadrent pas les retouches de tiers. D’où la circulation de versions recoupées et resaturées, qui nourrissent ensuite l’accusation de trucage.

Côté français, un repère aide à s’y retrouver : l’imageur MIRIM embarqué dans MIRI a été développé par le CEA avec des équipes du CNRS (IAS, LESIA et LAM), sous la responsabilité du CNES. Le même travail de filtre et de contraste vaut pour les sondes planétaires, quand un rover renvoie la Terre derrière Phobos, ou pour les instruments au sol conçus pour photographier une autre Terre. Quand une image porte la mention MIRI, la donnée est passée par une roue à filtres assemblée en France.

Questions courantes

Hubble fabrique-t-il ses images de la même manière que Webb ?
Le STScI indique que le procédé d’application de la couleur aux images de Webb est remarquablement proche de celui utilisé pour Hubble, alors même que les deux télescopes n’observent pas les mêmes longueurs d’onde.

Que voit MIRI que les autres instruments de Webb ne voient pas ?
MIRI est l’instrument de l’infrarouge moyen : il observe au-delà de 5 micromètres, là où s’arrêtent les autres instruments du télescope, indique le CNES. Ses filtres ont été fournis par l’Observatoire de Stockholm.

Peut-on réutiliser librement une image de Webb ?
Les contenus de la NASA ne sont généralement pas soumis au droit d’auteur aux États-Unis. Médias, écoles et auteurs de manuels peuvent les utiliser sans autorisation explicite, à condition de citer la NASA comme source et de ne pas suggérer un soutien de l’agence.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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